- Concave !
- Et moi et moi ?
- Convexe !
- Et moi...?
- Drôle.
Il faut tout de suite comprendre que j'ai été voir un Asperger (Ausperger?) pour qu'il me donne insta(mment) la forme de mon cerveau.
Je ne suis pas le troisième, je suis le premier, le troisième étant un singe dont le crâne fut broyé par une pierre blanche.
Puisque la vie d'un homme en train de mourir est forcément passionnante. Je m'en vais vous donner la mienne, de toute façon je le fais déjà et ce depuis longtemps. Je vais donc raconter avec l'oeil du chien quelques péripéties dont je fus victime ces derniers jours. Je me permets cependant une modification d'ordre narratif èt logistique en ayant en plus de toutes mes babioles, un petit tournevis à manche jaune transparent dans mon sac. Vous comprendrez bien vite, pauvre élite, le pourquoi du comment.
Il ne faut pas venir avec moi en boîte ou nulle part ailleurs quand j'ai dit oui à la vodka. Non pas que je vomisse, même si ça peut arriver, simplement que je me mets à dégoupiller n'importe quelle phrase avec l'ironie tragique des cinglés de troisième zone. Je sais que ça arrive à tout le monde mais rien n'indique pour le moment, si ce n'est le style, mon caractère purement exceptionnel. Je partais donc d'un Paris dévasté par ma lettre, écrite à Gambetta, bar du Métro, QG de l'intelligenzia parisienne moderne. Une lettre pour celle que j'ai perdu et puis, il fallait simplement que ce que je pensais ne disparaisse pas pour toujours mais reste encore quelques années, au fond d'un tiroir ou sur une étagère. C'est là tout le jeu temporel de l'écrivain, il vient saigner la mort une dernière fois en devenant un nom, une farce ou pire une idée. J'ai un manteau qui me plaît divinement, il est gris, tu l'as vu d'ailleurs, trop grand peut-être mais il est bien charmant. Il me donne enfin une allure un peu plus adulte. Je traîne donc désormais avec un vicieux sourire sur le quai des métros près des filles qui doivent halluciner devant tant de prestance ! Elles ne doivent rêver que de ça mais je suis cheval prude, pas de folie ! En sortant et en poussant en faisant ma signature papale la porte automatique du métro à Gare du Nord et en empruntant le last escalator, que vois-je, là allongée comme un cadavre dans sa robe plastique, la tige verte et sèche d'une rose à la tête coupée. D'où le titre. Rien de plus.
Il ne s'est pas passé grand chose d'autre après tout ça, je me retrouve donc rue des Pluies, bordel dans la longue et large avenue de mon village, celle qui est toujours vide, je n'en fais que parler ! Je suis bien tranquille, j'écoute Mendelhson (autre orthographe admise), Maindèlsonne c'est une vraie teigne magique ! Il est capable de rendre n'importe lequel de vos actes si vous l'avez aux oreilles, il est capable de le rendre féérie ! Massacre pendant plus de trente-six heures d'une foule de barbares ! Mariage à la belle étoile ! Etc...Alors que je ne rentre que par le train du soir, que certes la nouvelle gare est toute jolie pomponette, mais quand même. Une voiture arrive à ma hauteur, à l'intérieur un visage gros au maquillage approximatif et étranger à toute douceur malgré la jeunesse des traits, un visage comme des millards dans cette foutue région où les seules belles filles le savent et vivent dans des donjons avec un harem de pompiers volontaires tous prêts à s'esquinter l'extincteur pour son minois de merde ! Je te jure, dans mon pays, les filles c'est pas ça, y'a trop de risques de tomber sur une conne, pire, y'a trop de risques de tomber sur une conne qui baise pas. Encore que je ne tombe sur rien. C'est que j'ai le cerveau concave vous savez. Alors donc ce visage me lance une phrase fenêtre arrière : " C'est où les putes ?" ...moment de panique évident, trouver quelque chose à dire, faire semblant de ne pas entendre, enlever ses écouteurs, avoir l'air ridicule...la voiture est comme suspendue à mes lèvres...mais de grâce elle file...sans doute pour s'emplafonner dans l'un de ses platanes obscurs qui n'attendent que ça. Résultat : du sang partout la vitre, une pauvrette qui gardera pendant plusieurs mois sur msn le sous-pseudo suivant : j'espèr que sa va mieux la-haut, je t'aime ; une famille jusqu'à lors bien contente qu'il s'alcoolise les veines et vrille à toute allure, c'est viril tu sais la conduite aggressive, mon fils, c'est pas un concave lui, c'est un convexe et il t'encule à sec, peine à jouir. Que de vitupérance chez vous homme-étron, je suis peut-être un peine à jouir mais moi au moins je suis vivant nah ! Combien de vies comme ça écrasées dans l'accident et tout ça pour la bonne cause ? Celle des honnêtes gens qui restent chez eux à boire du rhum ? Je ne bois pas de rhum, je vais aussi en alcool trip dans certains de ces lieux, sauf que je ne conduis ni le métro, ni le taxi. En région, on a pas le choix, soit on danse pas, soit on danse et on prend le risque d'embrasser le muret toutes dents dehors. Il faudrait banaliser les jet privés gratuits. Notre société est si empapaouter de que dalle ! Quand même quoi, quelle connerie dans tous les esprits criblés d'instincts de ces quelques bonzommes dans cette voiture : "Où sont les putes ?" Ils ont dû se marrer à poser cette question...
Je retire ma diatribe si, en effet, il cherchait une professionnelle en vue de quelques exactions sexuelles payantes.
La nuit suivant mon retour, il ne s'est rien passé.
Mon matin, après quatre heures de sommeil, je l'ai délayé dans le mensonge horaire pour essayer de ne pas aller en cours, j'y suis allé pour OnzeHeure. Au miroir, j'avais le visage gros moi aussi, le cou plein, les joues graisseuses et lamentables (quoi que lamentable irait leur donner un peu de maigreur mais non !), je me trouvais gros, ma chemise n'allait pas (ces maudites chemises à poche trop grandes pour moi qu'il faut quand même porter...pour ne pas être nu)...j'ai peut-être une légère veine sur le haut du torse...une veine calorique sûrement...
Dans le métro, les glaces sont mieux, elles sont mauvaises, on n'y voit rien, je suis redevenu beau et à croquer, un Don Juan miniature à la langue parfaite ! Je vous conseille d'emmener vos petites cousines le jour où je me reproduis, elles verront quelqu'un d'absurde et bien membré ! Et puis mes cheveux quelle mélodie, des cheveux encore plus époustouflants que tous les saharas réunis, de la Volga au soleil mes cheveux, texture et forme : parfaites !
La HAUTE et
VASTE porte
Bleu marine
Condamnait l'arche : signe que mon université une fois plus allait devoir survivre à la grêve
J'ai un peu parlé du problème avec l'Angoisse (membre de l'établissement, appariteur qualifié, auquel je sers toujours un peu la main et que l'on surnomme l'Angoisse car du fait de son peu d'esprit, la plupart de ses conversations sont proprement angoisssantes, comment en sortir sans le choquer, voilà la question qu'on se pose le plus souvent avec lui, à fortiori quand il parle du Salon de l'Auto ou de Johann Gourcuff) et il m'a il me semble, certifié sur l'honneur que la fac serait fermée encore une semaine.
ALLELUIA
Je vais pouvoir dilapider ma jeunesse dans une barbarie visuelle et intellectuelle dégueulasse encore sept bons jours !
Mais je ne pouvais pas rentrer de suite, pas la loose totale le mec, je me rends au parc Monceau, le soleil de mars est au rendez-vous, soleil traquenard, je dois finir la lettre.
Une fois celle-ci
effectivement achevée, je décide de continuer ma ballade hypnotique dans ce parc en écoutant les Black Angels, album Passover en entier + Winter 78.
Je passe près des colonnades, sous une micro-arche vieillie par le graffiti, près de jambes nues étendues sur l'herbe (la pollution réchauffe le monde), au travers de l'haleine d'une dizaine de joggers plus ou moins cancéreux. Puis au fond premier choc ! (je cherchais à dire vrai, un banc pas trop loin d'une demoiselle qui aurait pu offrir à mes yeux le spectacle suffisant à mon non-endormissement et à la relève de quelques uns de mes fantasmes)
L'ARC de fucking TRIOMPHE se trouve en fait à deux pas !
J'ai passé 3years dans l'ombre de l'arc de Triomphe et sans le savoir, moi clopin clopant, ahah l'arc de Triomphe il est bien loin, c'est un autre monde, ahahah et pan ! Just over my head !
Du reste, quelques masses humaines semblaient grouiller au fond du parc, dedans qui sait, des midinettes en extase devant mon exactitude capillaire et le charme dégoûlinant de ma prose...
PAN BIS !
Ce sont des masses d'enfants courant dans tous les sens. Leur cour de récréation ? Le fond du parc Monceau quand il est assez ensoleillé. Quel prodige que de s'asseoir là maintenant, tout près de ces oiseaux humains virevoltant en tous sens. Ils sont bien sûr, pour éviter l'anarchie, accompagnés de jeunes branleurs et branleuses de 25ans, trop feignants pour être professeurs et trop feignants pour être médecins urgentistes. Il y a bien évidemment la bonne femme, un peu boulotte et cheveux blonds passés qui trouvent tout le destin de sa vie en chuchotant avec une des petites qui sans doute, avait bobo au ventre ce jour-là. Il y avait presque une centaine de gosses dans ce petit périmètre, je vous jure c'était impressionnant. C'est toujours impressionnant d'être entouré par autant de personnes dont on est pas encore sûr qu'ils seront des ordures. On ne peut rien lire d'abject sur le visage d'un enfant, on y perçoit que des misères et des rires d'instant. Et puis quels jeux faut dire ! (sur le banc en face de moi, un pervers pépère avec son journal, il a trouvé le bon spot s'il veut...s'il veut...)(des autres personnes normales passent parfois à travers la foule enfantine avec gênes et agacement) DES JEUX UNIQUEMENT COMPOSES de ruades ! Je n'y aurais pas survécu c'est sûr, je serai resté toute ma vie à les attendre dans la salle de classe et je serai sans doute devenu écrivain. Et vas-y que je te bouscule, et vas-y que je touche terre, et vas-y que j'arrive à ne pas tomber je ne sais comment, et vas-y que de petits cailloux se soulèvent sous leur danse...Car ça avait de ça, de la danse vraiment, tous ces enfants et leurs ombres, toutes ces courses, tous ces sourires, ces complots, et surtout oui les ombres...je remercie le soleil et la vie pour ces ombres...c'était à croire en Dieu ces ombres, mouvements noirs sur le sol froid, mouvements qui tournent...mouvements de toutes formes, mouvements réinventés, l'ombre dans l'ombre dans l'ombre dans l'ombre...et les rires, les pépiements...l'ombre dans l'ombre, un rayon de soleil pour vous bercer le front, dans l'ombre dans l'ombre, fleur humaine, fleur dans l'ombre...et les pépiements...
Qui parmi ces kids crèvera d'une overdose avant sa majorité ?
Est-ce ce petit chinois avec son beau manteau qu'il porte sans mettre les manches ?
Est-ce ce blond aux yeux bleus qui, alors, qu'ils tournaient en cache cache autour de mon banc, avait du beau diable dans le regard ?
Est-ce ce petit brun dynamique ou bien celui à la peau halée, ou alors cette belle brunette déjà mannequine dans la petite cour, ou bien ce ventru aux airs de gangster anglais ?
Lequel d'entre eux sera là pour nous sauver de la crise (élevé à l'air frais) ou pour aller braquer ?
Lequel d'entre eux pour être adultère et acteur bankable ?
Lequel d'entre eux pour nettoyer les couches liquides des vieillards increvables ?
Lequel d'entre eux...pour être comme moi.
Je me suis mis à chercher l'enfant seul.
Celui qui ne bouge pas.
Près de la barrière oui, celui qui suce son pouce et fait peur aux pigeons.
C'est peut-être celui là, mon futur collègue, on se reverra aux prix de septembre, dans vingt ans,
Si je n'ai pas pipe cassée.
C'est peut-être celui là, il y a tellement d'enfants en pleine santé dans les maternelles parisiennes
Que ça en est presque agaçant !
Elle bouge et continue de rire la fleur dans l'ombre, l'ombre dans la fleur...
Et...j'ouvre la petite poche de mon sac, je le place dans ma paume, je referme mon sac et le plaque sur mon dos, je pars à travers la fleur, à travers les enfants qui bientôt seront ramenés dans leur classe nostalgie. Un coup éclair à la droite du cou. Je pars vers l'arc de Triomphe, le cri ne devrait pas tarder. Petit enfant qui suffoque le cou percé. Petit enfant qui suffoque le cou percé.
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