mardi 17 mars 2009

Cancers Cream (reprise)

Sukiyaki Western Django / Suicide Club / Dead or Alive 2 de Takeshi Miike :

Avant de passer à une partie de l'oeuvre du cinéaste japonais, je vous signale (ou plutôt je me signale) que Max Payne de John Moore, est une ridicule adaptation d'un jeu vidéo à l'univers pourtant solide et marqué, les acteurs y sont tristes, les scènes d'action insipides, le scénario, creux comme jamais (rares sont les films où on se demande quand ça va réellement commencer à être mieux après une heure de film)(et ça ne commence jamais). En bref, si vous voulez d'un personnage sombre, torturé et sans morale, optez pour Payback avec Mel Gibson de je-ne-sais-plus-qui-mais-il-a-sûrement-pas-dû-faire-trop-de-chefs-d'oeuvre, ça c'est un polar noir avec un univers et non pas une bouse aseptisée (violence ? zéro) pour les kids acnéiques top hardcore.

Bien. Passons aux choses sérieuses. Comme il doit être difficile pour les observateurs européens de connaître en profondeur une oeuvre aussi dense que celle de Miike, ce dernier étant par exemple capable de pondre une dizaine de films à l'année. Cependant, et ce pour moi qui n'en ai pas vu beaucoup, certaines récurrences thématiques et esthétiques m'ont sautés aux yeux (ah non pas moi, ils sont si beaux), récurrences ...

Sukiyaki Western Django est comme sa queue de nom l'indique à mettre en rapport avec le western spaghetti de 66 de Sergio Corbucci, à ceci près que contrairement au "The Good, The Bad and The Weird" de Jee-Won, il s'agit là d'une préquelle et non d'un hommage calquant l'histoire. Quand le film s'est mis en route, j'ai tout bonnement halluciné, on y voit en effet Quentin Tarantino jouer du revolver comme personne face à des acteurs nippons dépliant la langue de Shakespeare avec un accent tout à fait révoltant. Le décor est celui d'un coucher de soleil en carton patte absolument magnifique, d'ailleurs et il le faut le signaler, tout le travail sur les décors dans ce film est assurément génial, que l'on passe des montagnes au désert, de chemins en cascades, tout y est superbe, une beauté encore une fois exagérée dans un plaisir fanatique (et pour fanatique) lors de la scène finale sous une neige qui dépose son lourd manteau en même pas 30secondes. Car oui on est bien en face d'un film ultra-référentiel et joyeusement poseur où les flingues et les katanas se côtoient sans grand peine et où chaque nouvelle scène est prétexte à un déluge d'action. Miike réussit néanmoins et ce comme son homologue Tarantino, à rendre tous ses personnages attachants et à glisser de réels moments de comédie et de drame. C'est donc un film audacieux, esthétique à souhait et absolument jubilatoire.

Scannant scrupuleusement les affres de la société japonaise, Suicide Club est avant tout un film sur une réalité : les japonais se suicident et ils sont contents. Bon o k, ils ne se suicident pas tant que ça et ils n'agissent pas selon les vélléités d'un groupe d'enfants tarés mais quand même, ils se suicident. Je suis un petit peu fatigué. C'est un film réussi en tous points, l'ambiance y est fantastique, la violence, l'horreur, provoque sans cesse un décrochement, et donc une accroche dans nos fonds de rétine usés par la commodité filmique. Parce que oui Miike est avant tout un cinéaste transgresseur, qui n'hésite pas à intégrer un détail de mise en scène burlesque au moment où toute la scène réclamait autre chose, c'est un cinéma qui contourne mais qui séduit malgré tout, parce que les moyens sont là et qu'il y a chez lui et ce même s'il tourne beaucoup, une apparente maîtrise de son sujet. Suicide Club par exemple est un film sur le fil de la folie, et toujours il y reste, même s'il est ponctué de scènes bizarroïdes (comme le tour de chant du Charles Manson de service), de plus il parvient dans ce terrible bordel sanglant à aménager au moment où on s'y attend le moins, une fine place pour une larme. Et elle passe, dans cette scène au téléphone, elle passe.

Deuxième volet de sa trilogie yakuza, Dead or Alive 2 nous compte le destin de deux amis d'enfance qui par le hasard de leur métier (tueurs à gages) se retrouvent 20ans après. Film d'île, de réflexion sur l'enfance avant d'être un film de gangsters, Dead or Alive 2 est un petit bijou d'ambiance, de douceur et de mort. A voir, à voir pour comprendre comment Miike s'y prend pour ne prendre à revers, pour contourner ce blas lancinant qui est le symbole de notre époque, à voir pour ses amis, plus que pour le sang.

" Tu sais, je pense qu'on ira en enfer. "
" Ouais...mais l'important ce n'est pas d'aller au paradis ou en enfer, c'est d'y aller ensemble. "

...je suis crevé.

Genesis de Nacho Cerda :

Poésie faite film (je déteste ce genre d'expression)(et puis j'écris trop de fois le mot film) dans cette adaptation libre (tout est adaptation libre)(ma vie est une adaptation libre de la vie de Wilder) du mythe de Pygmalion et Galatée, mérite d'être vue, pour ce qu'elle est, une tendresse muette, un amour de chair et de pierre.

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