lundi 20 avril 2009

Réunion

Tout ce que je fais c'est écrire
A contre courant
Fouillant perles et débris pour l'émotion,
Je suis l'insecte aux pattes qui s'accrochent aux rebords de la baignoire
Cette araignée qui se relève même après un gros jet d'eau chaude en pleine figure,
Mais toujours l'eau revient comme un rideau de mort,
Tout ce que je fais c'est écrire
Des jardins que je n'ai jamais vu,
Des mains que je n'ai pas tenu,
Des souvenirs qui ne sont pas les miens,
J'écris des champs d'étoiles qui jamais ne brilleront au-dessus de ma tête
C'est peut-être pathologique tant d'imagination que ça m'en crève le coeur,
Que ça m'en soulève la peau, que ça m'arrache le front comme la languette d'une boîte de lait,
J'explore le grand désordre, la violence ordinaire de ces cités qui chutent loin de moi,
Je ne suis jamais autant chez moi que dans l'ailleurs,
A valser avec mes monstres, à les faire défiler mécaniquement devant le miroir,
Tant de brûlures, de cicatrices, de chairs grises qui se décomposent,
Tant de lambeaux, d'amputations, de bras en écharpe,
C'est la galerie millénaire des gueules défoncées,
Il faut que je procède moi-même à ma mutation, me joindre à eux pour l'ultime banquet,
Fuir l'escalator d'ivoire et les palaces opalescents, et glisser comme un chat vers la fosse
Où nous nous empileront et finiront par refouler gravement;
Os, cerveaux, articulations, jointures, toutes ces alchimies infestées par l'odeur,
Par la grouille abominable des larves en tout genre,
Foetus écrabouillés dans des sacs plastiques banals, flanqués à la décharge parmi nos corps mélangés, nos blessures suintantes qui, dans une orgie macabre, se joignent et s'entremêlent,
Ne donnant plus à voir qu'une grosseur sanguinolante, noirâtre, sublime,
L'union pacifique des corps désarmés dans l'unique certitude,
L'humanité enfin tranquille et débarassée du crime et de l'ambition,
Un pays où, comme le criquet explose sous la botte du voyageur détaché,
Mes dernières détresses s'éteignent avec délice.

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