mardi 14 avril 2009

Journal d'un petit bourgeois aux poches trouées

Aujourd'hui et comme pour toute cette semaine, j'ai avec moi, la clé (une clef très futuriste) de l'appartement de T. Ce qui fait que je vais dormir chez T. pendant toute cette semaine et ainsi pouvoir profiter "un petit peu plus complètement" des joies de la capitale. Le temps est doux et clair et semble pourtant abriter un orage, orage que j'aimerais bien vivre ici, parce que j'aime absolument les nuages qui se percent en avril et qui donnent tout un coup un aspect électrique et métallique à tout et toutes choses, si en plus, on a la chance de se tenir près d'un jardin, on pourra très facilement juste après le déluge, le sentir gonfler, exhalant au passage une myriade de parfums rares et capiteux, comme mettre sa main pour la première fois sous la jupe d'une fille. Au-delà de l'appartement, j'ai traîné selon les instructions d'une certaine sur les marches dégueulant de l'Opéra, celui-là même qui donne son nom à une station de métro bien connue des banquiers de tous poils. J'y ai vu le défilé habituel des touristes parisiens, du groupe d'américains gras et n'ayant pourtant à la main qu'une bouteille d'eau à moitié vide, aux couples de vieux japonais ayant toujours au poing la plus perfectionnée des caméras, en passant par la famille yiddish toujours prête quand il s'agit de lire l'hébreu dans la beauté du monde, et encore ces italiens gominés et foireux, ces allemands sans squelettes, ces petites parisiennes toutes jolies qui quoi qu'ils arrivent ne font toujours qu'attendre l'arrivée d'un groupe d'amies sans doute retenues par je ne sais quelle affaire très importante, ces faux clochards un peu à l'est qui font mille fois le tour de la place, ces parisiennes encore qui se reposent en fumant avec peine des clopes pas chères et qui ont toujours des sacs remplis d'un fourbi pas possible. Je ne supporte pas le sac des jeunes filles, autant je suis toujours (beaucoup de toujours) curieux des vêtements d'une femme, parce que, la séduction étant l'apanage du goût humain, l'habit est devenu plus qu'une deuxième peau, autant leurs sacs m'emmerdent allégremment. Je n'ai jamais trouvé un sac de femme à mon goût, je les ai toujours trouvé dégoûtants, sans doute aussi parce qu'elles n'en sortent jamais rien. Après une heure passée dans les regards touristiques d'autrui, après avoir laissé la fumée rentrer puis sortir, après être définitivement passé à côté de ce rendez-vous, je suis rentré en constatant avec délice que l'atmosphère orageuse du vingtième arrondissement de Paris était toujours là. Mes habitudes ne vont pas soudainement se métamorphoser mais je ressens un bien fou à écrire autre part, dans un temps et un lieu libéré, un bien fou aussi à écrire un petit peu autre chose. Je pense donc qu'il va vite devenir vital pour moi de devenir plus qu'à l'occasion un véritable parisien, car il y a tant de filles dehors, tant d'oiseaux et d'hommes au bord du gouffre que je ne peux pas sciemment les ignorer de suite. Aussi, je n'ai pas encore évoqué les tableaux de T. mais ce sont vraiment des chefs d'oeuvre, des choses qui vivent et qui respirent, comme s'il peignait avec son sang, sa pisse, son sperme et ses larmes, comme si là dans la pièce d'à côté qu'est son atelier, se tenait son âme, allongée aux quatre coins de la pièce. Comme on entendre peut-être parler de moi parce que je transpire le verbe par chaque pore et que sans cette sueur, je serai à l'asile, vous entendrez je l'espère bientôt parler de lui car c'est un homme, un vrai.

Dans le combat entre toi et le monde, seconde le monde.

Etre moderne aujourd'hui, c'est savoir écrire un livre sans se le voler avant.

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