Mon Dieu,
C'est Noël.
Pour fêter ça, j'ai fait un rêve.
Dans un amphi, Thomas est assis à côté de moi.
Une inconnue débarque, nous parlons un peu ensemble
Et très rapidement, comme pris de folie,
Nous commençons à nous embrasser.
Je pars avec elle et laisse Thomas seul.
Je reçois un message d'Olivier :
Quand on te voit, on voit bien que c'est pas moi que tu embrasses,
On se checke dans la brume à la rentrée pour notre rupture.
Putain, c'est chaud.
............................................................................;
Hier, j'ai créé un groupe : les Bonsaï Kitten
J'ai appris que la ville de Bielefeld n'existait pas
J'ai créé un autre groupe : les Good Luck Gorski
Mon Dieu, c'est Noël, il fait affreusement gris, de la liqueur de renne semble s'écouler au travers de mes synapses, je m'aperçois que cette page des rêves est devenu la page de mes ambitions, je m'aperçois que je dévie toujours de la route que je trace, je m'aperçois que je suis en train de faire un bilan...
vendredi 25 décembre 2009
samedi 12 décembre 2009
PARAGE
1 – La Tête :
Je ne sais pas vraiment par où commencer cette histoire, tant elle est invraisemblable et tant il me semble qu'il y aurait besoin de s'attarder sur les moindres petits détails de mon existence pour espérer peut-être la comprendre ne serait-ce qu'un peu mieux. Toujours est-il qu'elle est horrible et que c'est au prix de fièvres et autres vomissements sûrement récurrents (ne vous en faites pas, ici, il n'y aura que le récit, les quelques désagréments liés à sa conception vous seront épargnés) que je m'en vais vous la retranscrire le plus fidèlement qui soit. Encore qu'il faille se méfier de moi également tant mon esprit a du mal à se fixer ces derniers temps, il faut dire que je suis dans un état de nerfs relativement instable depuis la fin de cette histoire et que si je l'écris, c'est uniquement avec l'espoir que ça puisse faire cesser mes migraines incessantes. Mais mes maux de tête sont sûrement des préoccupations mineures pour vous et je m'en vais de ce pas entrer dans le vif du sujet. Je crois être le dernier témoin encore en état d'exprimer ce qu'il ressent vis à vis de tout cela alors je suis désolé si à cause de moi et de ma piètre qualité de rédacteur, vous vous sentez perdu parfois ou pire, si vous vous ennuyez. Peut-être que plus tard un auteur courageux reprendra mon récit pour le tremper dans une sauce plus commerciale mais je doute que quelqu'un veuille reprendre quelque chose d'aussi sale, quelque chose d'aussi dérangé, à moins de vouloir avoir du sang sur les mains ou être désireux de s'attirer l'amitié de quelques mauvais esprits. Car on ne sort pas indemne de ce manège-là, non croyez-moi mais je sais que vous êtes suffisamment habitué à l'horreur pour ne pas vous sentir totalement ravagé par cette lecture. Et puis après tout et comme je vous l'ai déjà dit, je ne fais ça que pour moi, en espérant que ça puisse m'aider à me sentir mieux, en espérant que le crachat de toute cette folie macabre réparera quelque chose en moi. Les psychologues ne comprendraient pas, j'ai perdu mes amis et mon frère, alors le livre.
Je vais tout d'abord m'attarder sur le premier fait plutôt traumatisant de mon existence car je pense qu'il a sa place, si non dans l'intrigue, au moins dans une certaine prédestination chez moi à être témoin de l'impossible. J'avais seize ans à l'époque, gamin plutôt réservé mais pas exclu, et même si je savais à ce moment-là très peu de choses sur moi ou sur les autres, ce dont j'étais absolument sûr, c'était que j'étais amoureux de Lisa Garland. Une fille comme en fait plus, sorte d'amalgame parfait entre le chat et la femme, petit être qui au travers de toutes ses attitudes, transportait quelque chose d'irrésistible. C'était la fille qu'il me fallait, elle me mettait du soleil dans les yeux sans même avoir à me regarder, elle semblait fragile et forte à la fois, elle semblait n'être capable que du meilleur, elle semblait avoir été conçu pour me faire du bien et uniquement du bien. Tous les jours j'espérais qu'elle remarque cette chose qui brûlait en moi, qu'elle devine derrière ma peau mon cœur transformé en un morceau de roche en fusion. Qu'elle lise dans mes yeux les cascades de feu qu'elle faisait naître, bref, qu'elle comprenne comme dans un rêve et sans qu'un seul mot soit dit car j'en étais incapable. Mais comme cette histoire prend plus l'allure du cauchemar dans sa finalité, elle ne le comprit pas et c'est tout naturellement qu'elle se tourna vers l'un de mes amis, l'intello de la classe, Stephen Nolan.
Stephen Nolan plutôt que moi, quelle déconfiture ! Il est pourtant normal qu'elle l'ai choisi lui car derrière ses bonnes notes obtenues sans même avoir eu l'air de réfléchir une seule fois, comme si tout était acquis, il était aussi assez bon orateur et avait la discussion facile. Bref, il parlait, il était tranquille, moi je ne parlais pas, j'étais tracassé. A cet âge-là, tout se résumait ainsi et il paraissait juste et ce malgré toute l'intensité et toute la lumière mise dans mon sentiment que Stephen reparte avec Lisa à la fin de la foire.
La foire en l'occurrence c'était l'année scolaire et sa fin approchait à grands pas, je ne devais pas avoir l'air très net à cette époque-là de cette année-ci. Je devais en vouloir énormément à Stephen sans pour autant lui avoir avouer quoi que ce soit concernant Lisa parce que c'était à elle et à personne d'autres que je devais le dire, je devais être irascible avec tout le monde sauf avec elle, une véritable lavette, un nounours sans âme. Le seuil critique était depuis longtemps atteint et j'étais en train de réaliser qu'il allait falloir que j' agisse si je voulais que la situation tourne en ma faveur. Un soir d'avril donc, après une journée, le jeudi, je m'en souviens parce que le jeudi j'avais trois heures d'affilée juste à côté de Lisa. Je m'étais dit : « Embrasse-la, à la fin de cette heure, tu l'embrasses » la sueur me montait, la passion me brûlait les tympans, ma gorge était sèche alors je me disais : « Tu ne vas pas l'embrasser avec la gorge sèche, elle va t'en vouloir toute ta vie pour ce baiser tout sec » alors j'attendais que ma bouche se réhydrate, je léchais mes lèvres tout en faisant bien attention à ce qu'elle ne remarque rien, elle était si belle, ce n'était pas humain, à mon âge, c'était normal de ne pas tenir et de ne pas savoir quoi faire, c'était comme si une créature s'était échappée du paradis et qu'il fallait la traiter comme les autres, c'était impossible, ange elle était, ange elle restera. Et les anges n'ont pas de sexe, la sonnerie, violente et salvatrice, vrilla dans toutes les classes et couloirs. Ce ne serait pas pour aujourd'hui, j'étais confus, à la fois malheureux de ne pas avoir osé , à la fois content d'avoir encore toutes mes chances. Elle, elle ne voyait rien de tout cet atermoiement, de toute ces folles machinations qui se faisaient dans mon esprit avec comme point de mire, le rose de ses lèvres. Elle partit sans me dire au revoir, j'étais affligé, je ne pouvais plus, il fallait que je le dise, il fallait que j'avoue mon amour pour elle. Je pris donc la décision d'en parler à Stephen après les cours, il finissait une heure après les cours, pas grave je l'attendrais.
Si toutes ces circonvolutions estudiantines à deux sous ne vous intéressent pas je n'y peux rien, j'ai besoin de souffler encore une dernière fois avant d'attaquer le dur et ces souvenirs, même cruels, me paraissent d'une douceur infinie comparée au reste.
Ma carcasse s'affala dans un couloir voisin. Tout n'était que bois et mauvais plâtre, enfin, ça n'était ni du bois ni du plâtre mais ça y ressemblait, des lattes au sol, aux murs, peut-être même au plafond, il n'y avait bien que des étudiants pour vivre là-dedans. Une demi-heure passa, mes émotions s'étaient au quatre coins de mon cerveau, j'avais un peu oublié ce qui s'était passé et pourquoi j'étais là, j'attendais Stephen et mon walkman balançait la compote à la mode de je ne sais plus quel groupe dans je ne sais plus quel genre. Comme souvent, j'arrivais à me distraire assez rapidement de la réalité abrupte des choses, j'arrivais à me foutre du baume au cœur grâce à telle ou telle branche rattrapée, je me disais que j'avais mal interprété l'un de ses regards et qu'elle aussi sans doute ne pensait qu'à m'embrasser cet après-midi, je me disais que rien n'était joué, que demain il se passerait quelque chose d'extrêmement limpide et que toutes mes peurs y seraient dépassées. Je me trompais, il n'y aurait pas de demain, Ilda s'installa à quelques mètres de moi. Mon cœur a bondi comme singe en cage,
elle était là pour moi, pour sa déclaration. Cette idée s'effaça aussi rapidement qu'elle était apparue pour laisser place à l'amère vérité, elle attendait Stephen elle aussi. Je n'avais donc plus aucune raison d'être dans ce couloir. Nous n'allions pas pouvoir être tous les trois ensemble. Je ne peux pas avouer mon amour pour Lisa si Lisa est juste à côté de moi. J'étais piégé, il me fallait maintenant un prétexte pour attendre Stephen sans pour autant devoir rentrer avec lui. Je rêvais que j'étais doué de super-pouvoirs et que je pouvais me volatiliser en un instant.
La sonnerie, encore plus violente qu'il y a une heure, se fit entendre, j'étais foutu. La porte de la classe s'ouvrit, inutile de dire que d'ici là ni Lisa ni moi ne nous étions adressé un seul regard. Frédéric Temple fut le premier à sortir le sourire jusqu'aux dents de me voir moi, son seul « ami » l'ayant attendu. En temps normal c'est à dire sans Lisa dans les parages, j'aurais tout fait pour qu'il disparaisse lui aussi et qu'on ne me voit pas à ses côtés mais l'occasion était trop belle. Il me sauvait la mise aux yeux de Lisa et j'étais sûr que Stephen ne m'en voudrait pas. La joie et la décontraction de cet heureux hasard furent cependant de courte durée car c'est par un baiser long et profond que Lisa et Stephen s'étaient rejoints. Ils s'embrassaient sous mes yeux, mon ami et la fille que j'aimais et je n'existais plus, ni pour eux, ni pour moi. Frédéric posa sa main sur mon épaule et dit : « Bon ben on va y aller non, faudrait pas déranger les amoureux ». Cette déclaration me fit encore plus mal que le spectacle salivaire auquel se livrait Monsieur et Madame car elle avait le tort de me sortir du choc, de la violence, de la putain d'impossibilité de tout cela en mettant des mots par dessus. C'était donc vrai, ma vie était foutue. Il faut malgré tout remercier Frédéric qui a toujours su alors que je le traitais comme un rien, que j'étais amoureux de Lisa et que j'en souffrirais et qui a veillé à ce qu'on fuit mon charnier passionnel le plus vite possible. Nous rentrâmes silencieux et ses rares tentatives d'apaisement échouèrent dans l'amertume, lourde mais anesthésiante, que je portais comme un manteau ce soir-là.
Il n'y avait plus d'avril, tout était mort, j'en étais sûr. Il n'y avait plus que l'inéluctable fait que personne en ce bas-monde n'oserait jamais m'aimer même pas un peu. Je me disais : « C'était la seule et elle n'est plus, tu aurais dû l'embrasser cette après-midi, ça aurait tout changé, pauvre idiot ! ». Il n'y avait pas place en moi pour le bonheur ou la faute des autres, bonheur d'oser entre eux, faute de ne pas voir que je risquais d'en pâtir sérieusement. Encore qu'ils ont dû le voir mais qui sont encore ces gens qui sacrifient un baiser presque acquis simplement parce qu'un troisième risque de mourir de ne jamais l'avoir. S'aimer, c'est forcément en faire souffrir un troisième. Que ce troisième soit connu ou non, juste ou non dans son amour.
D'ailleurs j'en profite ici pour dire et parce que ces histoires de cœur m'ont toujours attendri qu'un amour qui ne s'avoue pas n'est pas un amour juste, tant il est injuste vis à vis de l'amoureux et tant il est injuste vis à vis de celle qu'il aime (ou prétend aimer) car si jamais cet amour est le vrai, pourquoi ne pas le donner directement, elle ne doit attendre que ça.
Trêve d'enfantillages ! J'arrive chez moi et mécaniquement, je prends le téléphone. « Je peux passer...tu es seul ? » « Oui pas de problème ». Après un dîner à peine considéré, je vais par la rue, observé par les dernières sursauts d'orgueil de ce soleil couchant, rue qui me sépare de la maison familiale des Nolan, maison avec tout ce qu'il faut de perron et de blanches façades, maison dupliquée pendant plusieurs kilomètres, nous sommes dans une cité résidentielle banale dans une ville banale où malgré tout les cœurs arrivent à chavirer et où même pour les plus jeunes des merveilles de tragique peuvent apparaître. Je sonne, pas de réponse, la chambre de Stephen est allumée mais le reste est dans le noir, je sonne encore, toujours rien, je frappe à la porte, même résultat, les parents de Stephen doivent être sortis et cet idiot écoute encore la musique trop fort. Je pousse la porte, miracle, elle était déjà ouverte, j'appelle « Il y a quelqu'un ? Stephen ? », toujours rien. Je sens tout de même une présence sur ma droite dans le coin cuisine. C'est difficile à dire mais je sens qu'il y a quelque chose de vivant dans ce coin-là mais il fait déjà trop sombre pour y voir quoi que ce soit, comme si la nuit d'avril s'était changée en nuit de janvier. J'aperçois une ombre à ma droite, peut-être le chat ou un gros fruit. A tâtons et alors que je ne sais plus vraiment ce que je fais là, mes doigts arrivent à renverser l'un des interrupteurs simulant le jour dans la pièce vide.
Car il est sûr désormais qu'elle est vide, il n'y a personne dedans, il n'y a qu'une seule chose qui dénote c'est cette grosse masse sombre posée sur la table. Sans le vouloir vraiment mais curieux, voulant savoir, m'assurer que non ça ne peut pas être ça, je fais le tour de la table jusqu'à arriver en face de cette masse. Je regarde mes pieds tout d'abord, je viens de marcher dans une fine flaque de sang. Mes yeux remontent jusqu'à d'autres yeux, écarquillés et fous.
Je me recule, la masse sombre et comme vivante n'était rien d'autre qu'une tête tranchée et pas n'importe quelle tête, celle du père de Stephen. Je me dis : « Ce n'est pas possible, c'est sûrement une farce, ils ont dû confectionner ce masque eux-mêmes avec une citrouille et un peu de peinture », cette idée encore une fois ne tint pas longtemps devant la crudité de cette funeste découverte, on ne peut pas reproduire à l'identique toutes les rides, toutes les pliures, toutes les veines d'un visage humain, on ne peut pas. Après avoir bien détaillé ce visage épouvanté et détaché de son corps, mon sang froid s'éclipsa et je jugeais bon de faire de même.
Je n'eus même pas le temps de reprendre mon souffle que j'étais chez moi en sueurs, mon père me fixant d'un drôle d'œil.
« Tu es déjà de retour ? Il s'est passé quelque chose ? », à bout de force, je me suis contenté de reprendre à mi-voix « Rien de grave » et de monter dans ma chambre. L'odeur de meurtre était encore sur moi, et le sang ? Rien sous mes chaussures, le bitume, l'herbe et le tapis de l'entrée avaient dû les nettoyer.
Je restais assis sur mon lit, hagard, pendant plusieurs heures. Quelquefois je réussissais presque à croire que je n'avais fait que rêver cet incident, cette tête tranchée, que j'avais sonné, qu'il n'y avait personne et que j'étais revenu sur mes pas en courant pour faire passer la tristesse de l'après-midi. Cette falsification du réel ne durait qu'un instant, le temps de se dire qu'il serait peut-être possible pour moi de reprendre une vie normale, une vie avec le père de Stephen en bonne santé et non avec une futaie d'articulations sectionnées à vif. Peut-être qu'une bonne nuit de sommeil fera tout rentrer dans l'ordre, je me disais. Peut-être que cette nuit la tête ira retrouver son tronc et l'ensemble reprendra vie. Peut-être que j'ai juste flippé et que demain matin, j'aurais à nouveau les idées claires.
Je fermais les yeux, essayant de me rappeler avant toute chose de ce baiser langoureux entre mon meilleur ami et Lisa Garland, la fille de mes rêves, car au moins cette pensée évinçait l'autre, la plus ignoble, la rouge sang.
2 – Un coup de fil inattendu :
Alors que le sommeil, allié fidèle et indéfectible, tendait ses doigts vers moi, mon téléphone se mit à sonner sans discontinuer. Un peu comme ses réveils matin dont la mélodie braillarde s'achève uniquement quand on a appuyé sur le bon bouton, une efficacité maximale certes mais rageante à souhait. A moitié dans le rêve, j'ai décroché.
D'un geste vif, un peu comme l'ours attrapant d'un coup de patte son saumon à rebours de rivière, je saisissais le combiné et le fichais contre mon oreille. Au fond de celui-ci, une curieuse voix se fit entendre, une voix très faible, comme une voix de femme, comme la voix de quelqu'un qui a peur de parler ou qui n'en a plus l'habitude. Cette curieuse voix m'appelait par mon nom : « John ? John ? C'est toi ? ». Je laissais passer quelques secondes à la façon d'aborder cette conversation, devais-je décliner ma véritable identité à une voix et donc à une personne qui m'était tout à fait inconnue ? Je décidais de tenter le coup, n'ayant rien à craindre par téléphone. « Oui c'est bien moi mais vous qui êtes-vous, je vous connais ? » « Mais oui, tu me connais, c'est moi (à l'instant même où il me dit cette phrase, c'est moi, quelque chose se dégagea dans sa voix, elle s'éclaira tout à coup et je pus deviner aisément ce qui allait suivre) Léo ou si tu préfères, Léopold Midgar, ton ami d'université, tu te souviens de moi quand même ? » J'oubliais l'heure, inquiétante, et le jour, étrange, et me mis à parler comme si de rien était « Bien sûr que je me souviens de toi Léo, ça fait un bail alors qu'est-ce que tu deviens ? » Cet emballement fut de courte durée, Léo n'était pas à la fête et il voulait en toute apparence, me le faire savoir « Pas grand chose, après l'université et mes diplômes, j'ai réussi à devenir psychologue, un peu comme prévu, je me suis installé à Boston, chouette ville et j'ai rencontré celle qui allait être ma femme, Cybil, une bostonienne purement cinglée, une fille aux yeux perdus comme je les aimes tu sais...Cybil...Cybil est partie » Ma soif de rationalité fut contentée bien qu'un peu déçue par tant de banalité, mon frère ne revenait pas, ma mère n'était pas morte, Léo, mon bon Léo, venait simplement de se faire lourder par sa femme. Il bredouilla, sans doute pour faire semblant de ne pas m'avoir appelé uniquement pour m'exposer son problème, un : « ...et toi ? »
Après un rapide cours de rattrapage concernant nos vies sentimentales respectives, nous décidâmes de nous voir le lendemain en soirée, Léo étant à Providence depuis deux jours, soi-disant dans sa famille (alors que je ne lui en connaissais aucune à Providence même) cette dernière ayant bien voulu accueillir ses pleurs juste après sa rupture. Rupture qui selon lui et d'après l'espoir présent dans sa parole, semblait tout à fait impensable. C'est impossible que ce soit définitif, elle ne peut pas partir comme ça, elle veut revenir, je n'ai rien fait, je l'aime, elle le sait...voilà ce qu'il disait et voilà ce que disent tous les hommes les premiers jours.
Il est facile en effet de croire qu'elles reviennent, tant elles étaient là, tant l'union des âmes d'un couple dormant ensemble se doit être parfaite, tant la croyance que l'homme met dans l'amour et son éternité se réveille quand il est laissé. J'ai d'ailleurs toujours trouvé très suspect le fait que l'amour, les sentiments, se mettent à battre plus fort chez l'homme à partir du moment où on l'abandonne. Comme si ce n'était finalement que le départ et l'idée de se retrouver seule qui le motivait plutôt que l'identité tangible de la femme échappée. Moi aussi j'étais comme lui, au début, je me disais que ce n'était qu'une phase et qu'elle reviendrait après avoir réalisé qu'elle ne pouvait vivre sans moi. Le truc, c'est que même si c'est désagréable parfois, on est tous capable de vivre seul, du moins sans la présence d'un être humain inconditionnellement disponible pour tout acte d'ordre sexuel ou émotionnel. Mais on ne le comprend qu'à froid évidemment et cela aurait été ridicule de ma part d'avancer tout cela et de faire vaciller pièce après pièce l'édifice amoureux dont il était persuadé. Je me contentais donc de sourire et de loucher dans mon verre de bière tandis que son regard fou cherchait dans les miens une sorte d'acquiescement. Il voulait que je me rallie à sa cause, une cause que je savais perdue. Nous étions dans un bar que l'on peut qualifier de familial de par la grande variété de sa clientèle et de par ma bonne connaissance des actuels propriétaires. Ils étaient arrivés à Providence à peu près en même temps que moi et Adélaïde et pour l'ouverture, dans ce lieu presque désert, nous avions discuté et bu gratuitement. Depuis, on ne se regarde plus que d'un seul œil, s'envoyant un bonjour, une œillade ou un bonsoir quand on le peut sans jamais prendre trop de risque. Ils ne me connaissent pas du tout finalement et l'on s'ignore avec tendresse comme avec la quasi totalité de l'humanité. Peut-on en vouloir à quelqu'un ou s'en vouloir soi-même pour tant de distance entre les hommes ? Il y en aura toujours de toute façon, personne ne peut lire mes pensées et fort heureusement car le cas échéant, Léo comprendrait que je lui sers une bien piètre comédie. La méconnaissance des uns et des autres permet le mensonge et le mensonge permet d'arrondir les angles, de se sentir en sécurité, de ne rien craindre des autres, le mensonge permet de joliment faire semblant, c'est triste mais ça évite des suicides, des meurtres, des jalousies, ça évite de trop se creuser la tête. J'ai pourtant aimé ça de tout temps, me creuser la tête mais plus le temps passe plus je m'aperçois de la vanité du jeu humain, et comme je m'en rend compte, mes émotions se troublent, se décolorent, je disparais d'une autre manière. Je trouve bien plus de réconfort dans un rayon de soleil que dans le regard humain. Celui auquel j'ai droit ce soir n'ose pas me dire depuis une heure qu'il espère dormir chez moi cette nuit car il n'a nulle part où aller si ce n'est dans les bras de Cybil. Cela fait une heure que je réfléchis à une parfaite organisation de son espace vitale à venir, que je me demande où j'ai bien pu mettre les couettes, les draps et les oreillers et ils ne sont pas tous pleins de poussières. Cybil était sûrement mal en point quand Léo l'a recueilli, il fonctionne comme ça, comme un médecin, il a dû la soigner de son mal humain (un père violent, une mère absente, un premier amour frappé par la foudre alors qu'il cherchait des noix dans le jardin, une phobie et un déni de la mort et de notre petitesse face à celle-ci ou que sais-je encore) et rétablie, fleur nouvelle, elle est partie après avoir vidé l'armoire à pharmacie, armoire dans laquelle, dans un petit flacon aux reflets verdâtres, macère le cœur de Léopold. Il dormira dans la chambre d'amis qui pour une fois portera bien son nom. Il doit y avoir tout un tas de housses, taies et autres polochons dans la console sur le pallier. Cela m'ennuie de ne pas pouvoir lui dire la vérité, de ne pas pouvoir dire à mon ami que cette affaire sent le cramé à un kilomètre mais je connais ses sautes d'humeur, il risque de ne plus lâcher la bouteille, de faire une crise de larmes ou de l'appeler un milliard de fois en lui laissant un milliard de messages tous plus pathétiques (elle les trouvera touchant, c'est beau un homme qui pleure, cela veut bien que dire que je l'aime, elle ne peut plus en douter...voilà ce que lui dicte son esprit) les uns que les autres. Je n'ai plus de détachant pour la moquette du premier étage, je ne peux pas me permettre ça. Je coupe court à ces élucubrations sur son adorée névrotique et je relance la conversation sur un sujet qui nous passionne tout deux, le souvenir. Ou plutôt, nos souvenirs, comme on était jeunes, comme on était cons et pétris d'insouciance. Comme j'apprécie mieux maintenant cette mascarade du passé toujours plus clair que le présent, avant ce qui m'est arrivé, je me disais que le souvenir, c'était simplement une chose qui était utile aux morts-vivants, aux vieux et aux frileux, pour se dire qu'ils avaient quand même fait deux ou trois choses dans leurs vies et que ça pouvait suffire. Suffire, le verbe inhumain par excellence, la vie ne se suffit jamais à elle-même, il y a toujours une horreur à goûter, un plaisir à éprouver. Voilà maintenant que je me fais philosophe, l'écriture me plaît à vrai dire, elle me sort de moi-même et Dieu sait que ma peau n'est pas bonne à porter en ce moment, elle pue la moisissure et la bouillie d'organes. Nos souvenirs donc, petite focale sur ces quelques années d'université passées en sa compagnie, dans la même piaule, à partager la même nourriture, à suivre passionnément les aléas de nos vies. Tu as vu le regard qu'elle m'a fait ? Tu penses quoi de ce film ? Et si on allait racheter des bouteilles pour ce soir ? Je suis crevé...si seulement tu étais une fille...on s'amuserait au moins...appelle-la vas-y, t'attends quoi ? Demain, je m'en fais deux dans la soirée, faut que tu vois ça, viens...tu me files une clope ? Tu penses qu'elle va venir ? Tu peux me prêter ta caisse ? Quand t'imagines qu'on aurait pu être des dinosaures ou des androïdes samouraïs au lieu d'être ce qu'on est, c'est quand même triste...ça va ? Ça va ? Ça va ?
Une somme de questions et d'affirmations vaseuses et/ou tendrement absurdes avec à l'intérieur une seule constante : ne jamais parler des cours et chercher par tous les moyens la fille de nos rêves. Celle que nos esprits de pré-pubères malsains a lâchement conçu pendant notre sommeil en mêlant le doux visage de la mère avec une infinité d'images pornographiques de qualité souvent plus que douteuses et les allures enthousiasmantes de toutes ces filles croisées dans le bus ou dans les cours d'école. « C'était quand même bien quand on s'endormait tous les deux, vannés après une soirée décevante à cause de l'alcool bon marché et du fait qu'elles partaient toujours avec quelqu'un d'autre parce qu'on savait pas trop y faire...tu sais, quand tu sortais ton petit sachet d'herbe et qu'on avait l'impression de se coucher les étoiles alors que le plafond et les étages du dessus étaient tout près de nos têtes... »
Nous nous attendrissons et nous espérons revivre ce genre de moments même si pendant que nous les vivions de l'intérieur, nous pensions à toute autre chose, à une vie encore plus vivante, à une vie différente. A dire vrai, quand je lui dis ça, il espère bien revivre cette nuit d'étoiles imaginaires mais je sais que dans un coin de notre chambre traîne Cybil, toute offerte à lui. Je ne peux pas lui en vouloir, moi qui rêve tous les soirs de tomber amoureux au petit matin. Enfin c'était avant, je ne peux plus profiter désormais du mince confort de la possibilité, je sais trop bien que tout est possible, surtout dans la perversion, surtout dans le pénible. Je connais trop bien l'immoralité aussi et j'ai parfois l'impression de ne plus pouvoir revenir, un peu comme ces enfants de Varsovie qui ont vu leurs parents et cousins se prendre une balle dans la tête à la chaîne alors que cachés dans leurs trous, ils appuyaient férocement leurs paumes contre leurs yeux avec l'espoir de se rendre aveugles et aussi celui d'oublier ces insoutenables images. Mais le souvenir bon ou mauvais est irréversible malheureusement et cet état de fait me terrifie tandis que j'essaie de me rattacher au faciès enfariné pénétrant dans ma maison comme s'il découvrait enfin le royaume des jouets et des sucreries, enfin un lieu sans souvenir aucun de sa Cybil et où il pourrait se reposer un peu. Très rapidement et comme s'il ne voulait surtout pas quitter l'anesthésie provoquée par ma demeure tranquille, il me demanda où était sa chambre, je lui dis de patienter et de se faire une capsule de café pendant que je montais préparer sa chambre. Quelques secondes plus tard, ses pas et sa peur d'être seul à nouveau faisaient bruit dans les marches, nerveux, il me demanda si j'avais bientôt fini, je ne lui dis de ne pas s'en faire avec le souffle coupé, occupé que j'étais à étendre son drap sur toutes les longueurs et largeurs du lit. C'était quelque chose que que je ne faisais pas vraiment très bien, terminant toujours à moitié en sueur après avoir tenté mille postures, de l'étoile de mer à la tortue centenaire afin de recouvrir correctement le matelas récalcitrant. Car pour qu'ils soient bien tendus, les draps sont pile de la taille du matelas et ont tendance, en tout cas chez moi, à se rebeller d'un coin à l'autre. On pense en avoir fini avec un côté, on achève à peine l'autre et un léger ourlet s'enroulant autour du pied annonce que tout est à te refaire, alors il faut jouer des coudes, du bassin et des bras pour que tout tienne en un ensemble esthétiquement parfait. C'est assez pénible en réalité et je me suis toujours demandé comment faisait les autres pour réussir sans s'en plaindre, sans jamais en parler et pourquoi ce n'est jamais devenu une question au centre des débats nationaux. Si un homme politique se présente un jour avec la solution finale concernant la mise rapide des draps, je vote immédiatement pour lui. Léopold pousse la porte et me retrouve assis sur son lit, l'air de rien, ma respiration est accablée, elle trahit mes efforts herculéens pour lui offrir une couche décente mais je ne lui en parlerai pas, question de principe, personne ne doit connaître mes techniques, c'est une affaire intime, plus qu'intime. Cela serait comme parler du fait que l'on regarde ses excréments ou non après la grosse commission, cela n'aurait pas de sens. « C'est une vrai plaie, ces saloperies » Un véritable miracle serait-il enfin possible en ce monde ? Quelqu'un pour comprendre et partager mon malaise concernant cette corvée domestique humiliante ou peut-être même mieux, quelqu'un qui serait capable de me donner une meilleure technique que celle de l'étoile de mer, en bref, un sauveur...est-ce possible ?
Dissimulant mon enthousiasme de jeune fille quant à ma délivrance annoncée, je me feins d'un prosaïque « De quoi tu parles ? » afin d'éviter l'éveil de tout soupçon. Je n'aimerais décidément pas être découvert dans mon retranchement le plus secret. « Je parle des femmes... » J'aurais dû m'en douter, ce monde est un poème en péril et mon ami est du genre monomaniaque. Il continue : « Elles nous prennent puis un matin elles nous rejettent sans rien dire, sans aucune explication, un peu comme la mer fait avec les cadavres de baleines » C'est aussi un homme qui a parfois un sens de la métaphore un peu trop poussé. « Je ne sais pas ce que je compte faire si elle ne revient pas, j'ai misé ma vie sur ce coup-là...j'étais même prêt à lui faire des gosses, j'étais...je suis prêt à tout pour elle » Il commence à vaciller, le vin, la fatigue et les larmes s'entremêlent et le poussent à fondre dans mes bras. Autant je n'ai jamais eu de mal à tenir une femme dans mes bras, autant face à un homme en larmes, je demeure toujours mortifié. Je me souviens enfant, un ami de la famille était passé pour prendre son canon hebdomadaire, seulement mes parents étaient de sortie et il ne restait que moi. Quelques jours plus tôt, ce même homme venait de perdre sa femme en France, sur les routes de la grande Boucle, d'un malaise cardiaque. Je connais les détails car il me les a présenté calmement en remplissant son verre, j'étais sous le choc, c'était la première fois que la mort paraissait devant moi avec des traits si clairs. « La vie est mal foutue, elle n'avait rien fait, c'était une journée d'été comme les autres...pourquoi a-t-elle tenu à voir ces cons de cyclistes ? » Je ne sais pas quoi dire, je suis tétanisé, je sais que selon la logique dramatique déployée au cinéma je devrais lui poser la main sur l'épaule ou quelque chose comme ça. Enfin, après une pause, un froid, nos yeux se sont mis à parler à notre place, le verre a fini par déborder et moi par avoir envie d'en prendre un malgré mon âge, malgré les conventions car je savais que ça me ferait du bien. Une fois les yeux vides, nous avons trinqué, à la vie, à cette vie qui même après la perte de celle qu'on aime, reste toujours à faire. Je remarque avec amusement que les deux personnes qui m'ont initié aux vices ordinaires (l'alcool et la cigarette) se sont mis à sangloter contre moi à cause des femmes. Amusant de voir tout ce pouvoir qu'elles possèdent, on a construit des églises, des immeubles ahurissants, des complexes financiers à plusieurs millions de dollars, des tunnels sous-marins, des musées monstrueux à la décoration épurée ou pleines de toiles grandiloquentes, des automobiles à l'habitacle parfaitement aérodynamique, des cinémas comme des ruches avec des dizaines de salles aux dimensions astronomiques et avec un rendu de l'image optimal, des maisons penchées au-dessus du canal ou des paradis de marbre blanc et pourtant, on reste foudroyé quand une femme disparaît. Toutes les créations architecturales de ces milliers d'hommes motivés ne sont rien face à la courbure d'un rein ou à ces petites plissures malignes qui se glissent parfois dans un sourire de femme. Je ne peux cependant pas lui dire ça à cet ami qui pleure jusqu'à en mouiller mon cœur, je me contente donc d'être dans la scène, froid, immobile, ne savant pas quoi faire de mes mains, de ma tête, de mes mots, n'ayant rien que mes battements cardiaques comme preuve de mon animation et comme radar de mes émotions. Il semble apprécier mes vertèbres thoraciques alors qu'il ne pleure plus, il y reste, comme un enfant. Me voilà submergé dans tous les sens du terme, mon pull de laine noire est de nouveau bon pour le lavage et tout ce raffut humain qu'il fait en moi arrive presque, comme le poids d'un domino sur l'un de ses frères bicolores, à me faire venir des larmes d'un endroit encore inexploré de ma conscience. Mais avant qu'elles ne trouvent la bonne route vers mon réseau optique, il balance sa tête en arrière et se relève d'un coup, il essuie ses yeux et me regarde toujours comme un enfant mais cette fois-ci comme un enfant qui aurait fait une bêtise. Alors qu'il s'apprête à fondre encore mais d'une toute nouvelle manière en se tordant au milieu d'excuses qui n'auraient pas leur place, pas à ce moment-là, pas par cette nuit, pas avec Cybil en toile de fond, pas avec au-dessus de nous cette petite gourdasse hallucinée et pleine de tics (je l'imagine comme ça, la conjecture évènementielle fut telle que je n'ai jamais eu la chance de la rencontrer) capable de mettre aux abois l'un de mes seuls amis. Je l'interrompt : « Il n'y a pas de souci, il fallait que ça sorte, tant mieux si c'est fait, tant mieux si j'ai pu aider, tu n'as pas à te sentir fautif d'avoir des émotions et encore moins d'avoir des sentiments pour une claquée dégénérée qui n'en a jamais rien eu à talquer de tes beaux yeux » En vérité, je suis à moitié sûr de lui avoir dit cette dernière phrase mais je trouve qu'elle sonnait bien. Il sourit, « qu'on devient cons franchement quand on aime » je lui rétorque comme si j'avais retrouvé la peau grasse de mes années universitaires « Et bien toi, t'as pas attendu d'être amoureux pour être con » Il ne sourit pas. Il veut dormir, je lui laisse la chambre après m'être assuré qu'il ne manquait de rien bien qu'il manquât de tout. Il devait être minuit passée de quelques heures quand j'ai rejoint ma chambre après avoir farfouillé vaguement dans le plateau de fromages de mon frigo et après m'être assuré que Léo dormait d'un bon sommeil. Ses ronflements autrefois abhorrés eurent cette fois l'effet inverse et c'est avec douceur et nostalgie que je l'entendais quitter pour la nuit son marasme amoureux. Radouci par cette nouvelle et par la logique pure présente désormais à l'heure où l'énigme de l'appel est rompu et où je n'ai plus trop d'inquiétudes excepté pour Léo mais la plénitude de son endormissement confirme quelque part que malgré mon peu de présence et d'intérêt porté à son histoire, je suis parvenu à lui faire du bien. C'est donc tranquillement que je me couche à mon tour après avoir posé un mot sous la porte de la chambre d'ami.
« J'espère que tu as bien dormi et que cela va mieux, tu peux rester tant que tu veux. Si tu ne vois pas c'est que je suis au travail, j'avais oublié de t'en parler. Bonne journée à toi, tu peux me contacter par mobile en cas de souci. Ton ami, John »
Un réveil dans le sang :
Les oreilles s'ouvrent avant les yeux. Déjà, une anomalie, contrairement à l'habituelle et dépouillée imitation du son sourd et malsain du marteau-piqueur (mon réveil dispose d'un vibreur et d'un affichage analogique vert menthe du plus bel effet), c'est Sade qui se faufile entre d'autres outils de chantier, marteaux, enclumes et étriers. Smooth Operator, chanson adorable mais que je n'ai jamais vraiment trop écouté inonde non sans suavité mes oreilles engourdies. J'ouvre avec une assez grande facilité mes yeux, je soulève la couette pour eux aussi et les sors du nid douillet des paupières. Le vert menthe a disparu, l'heure n'est plus. Sans songer à plus, je me dis que ce réveil déconne quand même beaucoup mais certain que mon horloge biologique, elle, n'est pas détraquée, je décide de me lever pour prendre mon café et peut-être aussi des nouvelles de Léo. J'appuie sur le bouton snooze qui est censé mettre en pause toute musique, toute radio, toute opération aussi douce soit-elle. Rien ne se passe, tant pis me dis-je hâtivement, c'est une bonne chanson, elle n'est pas trop forte, le palier qui me sépare de la chambre d'ami est assez spacieux, il n'entendra rien, j'éteindrais tout ça en partant. Vêtu d'un caleçon long et d'une chemise de nuit, je sors de ma chambre. Je me retrouve sur le palier, il me suffirait de descendre les escaliers pour aller me servir un jus d'orange ou d'aller sur la porte à ma droite pour prendre ma douche. Je le traverse et me plante devant la porte de la chambre d'ami, le mot que j'avais posé sous sa porte n'y est plus. Il est peut-être allé aux toilettes pendant la nuit pensais-je tout d'abord avant de me raviser connaissant la légèreté de mon sommeil et le vacarme dans la tuyauterie que provoque chaque chasse tirée. Peut-être a-t-il eu le courage de partir à l'aube...mais pourquoi ? Pour qui ? C'était insoluble et curieux comme je suis, je ne pourrais me remettre à vivre normalement qu'après avoir eu en mains tous les éléments d'une logique implacable. Je tourne la poignet avec en moi la quasi certitude qu'il n'est plus dans cette chambre pour je ne sais quelle raison, je sens que cette chambre est vide, qu'elle a été déserté en vitesse. J'ai désormais le panoramique entier de la chambre offert devant moi, c'est bien ce que je pensais, il a dû filer à l'aube, un mot doit m'attendre sur la table de la cuisine ou sur mon plan de travail. Il a même refait son lit, quel fayot, enfin, cela prouve qu'il a vieilli. Un détail m'intrigue malgré tout, le rideau manque à l'appel, il n'y a plus qu'un fantôme de rideau en-dessous de la tringle et en plus de ça, la nuit est noire au dehors, l'aube manque également. Il n'a donc pas pu partir à l'aube me dis-je bêtement comme un apprenti détective dont le quotient intellectuel équivaudrait à celui d'un mollusque attardé. Afin de tirer cette affaire au clair, au propre comme au figuré, je pivote l'interrupteur en une caresse habile. C'est rare qu'une si banale manipulation entraîne autant d'effroi. La pièce à cru, la literie, les commodes, les armoires et même la nuit disparaissaient. Il ne restait plus qu'une seule chose bien visible. Un crâne recouvert d'un masque de peau aux traits creux, au menton court et en pointe, aux lèvres fines, presque absentes, aux yeux d'un noir profond trop grands pour ce genre de visage, au front qu'on ne pourrait qualifier autrement que de cette manière : un front, une coupe et des cheveux travaillés deux fois par mois par un coiffeur incontestablement doué, un visage entier marqué par une seule expression : la tranquillité. Encore. Voilà tout ce qui me passait par l'esprit à ce moment-là, alors que j'étais debout au-dessus de la tête coupée d'un ami ensanglantant des draps dont j'avais eu tant de peine à venir à bout. Comme le silence était maître en ces lieux, comme ma mortification était parfaite et que la porte était ouverte, Smooth Operator se fit entendre à nouveau, beaucoup plus fort, on n'entendait plus que ça, les gouttes de sang qui tombaient de façon régulière des draps jusqu'au sol semblaient faire partie du rythme. Toutes les familles d'atomes présentes dans cette chambre attendant une réaction de ma part, n'importe laquelle, la console à ma gauche misait sur la peur et ses vomissements, la fenêtre sans rideau ne jurait que par un évanouissement de ma part, le plafond aux premières loges espéraient lui qu'une froideur nouvelle m'anime, que je sorte de cette pièce mortelle, que je descende les marches jusqu'au téléphone qui me permettrait de contacter les autorités compétentes afin de les mettre au courant de ma découverte macabre. Je nageais dans la confusion la plus totale, j'étais dans une partouze d'émotions, dans une orgie de volontés et d'accablements, cela me parut tellement irréel, tellement trop, que je ne pus réagir ni avec sérénité, ni avec instinct. Alors que Smooth Operator se lançait pour la troisième fois consécutive, que les yeux ouverts et calmes de Léo fixaient l'horizon d'un air souriant, que les chaînes chimiques s'entrechoquaient en moi en se donnant de grands coups de langue, une explosion de sang se fit dans ma tête. Quelque chose de chaud, comme si mon cerveau suait et que du sang s'étalait sur la surface de mon crâne. Très vite mes cheveux en furent imprégnés, par réflexe, je palpais avec ma paume le sommet de mon crâne pour voir l'étendue des dégâts. Un halo ocre illuminait les lignes de ma main. Le sang continua à sortir par tous mes pores crâniens. Il se mit à s'égoutter par mon front et avant qu'il ne sorte par mes yeux, une série de convulsions me prirent de court, causant mon évanouissement. La fenêtre sans rideau avait gagné.
Réactions en chaîne :
Ce n'est en effet qu'après quelques jours d'un travail absorbant que tout me revint en tête. Vous vous demandez peut-être comment j'ai pu travaillé sereinement durant toute cette semaine mais c'est une question simple et la réponse l'est aussi. J'ai pu le faire car au fond, il ne s'était rien passé de spécial d'un point de vue strictement factuel, c'étaient uniquement mes rêves ou mes souvenirs qui disjonctaient. Il n'y avait bien que la disparition de Kenneth qui puisse être source d'inquiétude mais il était bien moins qu'un ami pour moi et puisqu'un détective prétendait qu'il était parti vers une amante cachée, pourquoi ne pas le croire ? Nous sommes donc dimanche matin, je me ballade, fantomatique, dans ma maison, personne n'est là à part moi et je me demande ce que je pourrais bien faire aujourd'hui, je n'ai envie de voir personne mais j'ai bien envie de sortir, d'apprendre des choses, d'observer le commerce humain d'une foule d'anonymes, de m'asseoir à une chaise, de commander un café et de laisser mon œil poète effleurer tous ces visages, visages qui disparaîtront très certainement dès la prochaine sieste. Je n'ai pas envie d'allumer mon téléviseur, il n'y a pas d'émission sur les obèses le dimanche, il n'y a que des programmes s'étirant dans une temporalité tout à fait répugnante et qui donne la migraine, il n'y en a que pour les enfants et pour les vieux, des western en dessin-animé pour les enfants et des western de John Ford pour les vieux, je resterai à jamais étonné qu'une telle glorification génocidaire passe inaperçue auprès des bien-pensants. Je n'ai encore vu aucun dessin-animé sur le brave kappo extorquant terres et biens appartenant au terrible Nez-Crochu. Je passe mon manteau pour le mal que ça me fait de penser à tout ça à l'heure où tout sauf la nouvelle intelligence se trouve sur la toile. Je sors de chez moi avec une pensée pour tous les natifs américains, pensée qui s'efface immédiatement suite à un ballonnement provoquant en moi une flatulence que je réfrène tant bien que mal. Je suis un homme seul qui part combler son ennui. En cherchant mes clés de voiture dans mes deux larges poches, mes doigts s'égarent sur la brochure rose métallique qui meurt au fond de l'une d'elle, sans eau et sans pain depuis mardi. J'attends d'être rentré dans mon véhicule pour l'examiner à nouveau, elle fait partie de ces choses prévues et à faire mais qui s'oublient au moindre coup de vent, malgré l'endroit peu avenant dont elle vante les mérites et sa police un peu vulgaire, c'est une brochure qui reste agréable à l'œil. Je n'arrive pourtant pas à lire son menu avec l'attention nécessaire à sa compréhension et me décide plutôt à la ranger une nouvelle fois, convaincu qu'il faudra un effort de concentration maximal afin d'espérer pouvoir la lire convenablement. Pour ça, il faudrait déjà que ça m'intéresse...ce qui m'intéresse déjà plus, c'est la carte du détective qui est tombée de cette brochure criarde quand je l'ai entrouverte. Je joue avec elle, je la fais sauter entre mes doigts, et avant une figure périlleuse qui la fera se perdre à mes pieds, je pense à Kenneth, quand même, je me dis que je pourrais l'appeler pour vérifier s'il est revenu ou s'il ne répond pas. Je me dis que je pourrais au moins faire ça pour lui, pour pas être le salaud complet qui le laisserait partir au néant sans bouger d'un centimètre. La pâleur laiteuse de mon écran de portable s'accorderait très bien avec celle du ciel, aujourd'hui presque absent. Je tombe directement sur sa messagerie. Pas question de laisser un message. Je le rappelle, au cas où. Cela sonne une fois, une bonne fois, une longue fois, je ne suis pas sûr d'être tout à fait prêt pour cette conversation. « C'est vous M. Swithen ? C'est vous qui êtes derrière tout ça ? » Cette voix m'est familière mais il me faut un léger temps avant de la reconnaître « M. Benett c'est vous ? » « Non ce n'est pas moi » « Comment ça ? » « Ce n'est pas moi qui ai tué M. Anderson » « Mais de quoi parlez-vous ? » « Oui c'est bien, moi, détective Benett, vous m'avez vu l'autre jour, vous vous souvenez ? » « Je m'en souviens très bien mais...que venez vous de dire...Kenneth est mort ? » « Non, enfin je ne crois pas...pourquoi ? Vous, vous le pensez ? » « Je ne pense rien moi...je voulais savoir s'il était revenu...et c'est vous que je trouve » « Ça vous ennuie ? Est-ce que je vous fait peur John ? » Il me faisait plus pitié qu'autre chose, on sentait aux inflexions de sa voix qu'il souhaitait me manipuler pour que je me sente coupable « Pas du tout, d'ailleurs je crois que je vais vous laisser essayer d'intimider quelqu'un d'autre, vous avez mon numéro maintenant, vous pouvez m'appeler si vous avez du nouveau » « Mais John, j'ai toujours eu votre numéro » J'ai raccroché, Benett était comme moi, il devait s'ennuyer, il a dû glapir de plaisir en voyant le portable se rallumer et vibrer comme un enfant sauvé in extremis de la noyade. Je me sentais encore plus seul désormais, j'avais faim de bons sentiments, de m'entretenir platement avec des gens à la santé mentale infaillible. Dans quel coin sordide de mon cortex cérébral avais-je donc oublié le numéro de mes parents ?
1 – La Tête :
Je ne sais pas vraiment par où commencer cette histoire, tant elle est invraisemblable et tant il me semble qu'il y aurait besoin de s'attarder sur les moindres petits détails de mon existence pour espérer peut-être la comprendre ne serait-ce qu'un peu mieux. Toujours est-il qu'elle est horrible et que c'est au prix de fièvres et autres vomissements sûrement récurrents (ne vous en faites pas, ici, il n'y aura que le récit, les quelques désagréments liés à sa conception vous seront épargnés) que je m'en vais vous la retranscrire le plus fidèlement qui soit. Encore qu'il faille se méfier de moi également tant mon esprit a du mal à se fixer ces derniers temps, il faut dire que je suis dans un état de nerfs relativement instable depuis la fin de cette histoire et que si je l'écris, c'est uniquement avec l'espoir que ça puisse faire cesser mes migraines incessantes. Mais mes maux de tête sont sûrement des préoccupations mineures pour vous et je m'en vais de ce pas entrer dans le vif du sujet. Je crois être le dernier témoin encore en état d'exprimer ce qu'il ressent vis à vis de tout cela alors je suis désolé si à cause de moi et de ma piètre qualité de rédacteur, vous vous sentez perdu parfois ou pire, si vous vous ennuyez. Peut-être que plus tard un auteur courageux reprendra mon récit pour le tremper dans une sauce plus commerciale mais je doute que quelqu'un veuille reprendre quelque chose d'aussi sale, quelque chose d'aussi dérangé, à moins de vouloir avoir du sang sur les mains ou être désireux de s'attirer l'amitié de quelques mauvais esprits. Car on ne sort pas indemne de ce manège-là, non croyez-moi mais je sais que vous êtes suffisamment habitué à l'horreur pour ne pas vous sentir totalement ravagé par cette lecture. Et puis après tout et comme je vous l'ai déjà dit, je ne fais ça que pour moi, en espérant que ça puisse m'aider à me sentir mieux, en espérant que le crachat de toute cette folie macabre réparera quelque chose en moi. Les psychologues ne comprendraient pas, j'ai perdu mes amis et mon frère, alors le livre.
Je vais tout d'abord m'attarder sur le premier fait plutôt traumatisant de mon existence car je pense qu'il a sa place, si non dans l'intrigue, au moins dans une certaine prédestination chez moi à être témoin de l'impossible. J'avais seize ans à l'époque, gamin plutôt réservé mais pas exclu, et même si je savais à ce moment-là très peu de choses sur moi ou sur les autres, ce dont j'étais absolument sûr, c'était que j'étais amoureux de Lisa Garland. Une fille comme en fait plus, sorte d'amalgame parfait entre le chat et la femme, petit être qui au travers de toutes ses attitudes, transportait quelque chose d'irrésistible. C'était la fille qu'il me fallait, elle me mettait du soleil dans les yeux sans même avoir à me regarder, elle semblait fragile et forte à la fois, elle semblait n'être capable que du meilleur, elle semblait avoir été conçu pour me faire du bien et uniquement du bien. Tous les jours j'espérais qu'elle remarque cette chose qui brûlait en moi, qu'elle devine derrière ma peau mon cœur transformé en un morceau de roche en fusion. Qu'elle lise dans mes yeux les cascades de feu qu'elle faisait naître, bref, qu'elle comprenne comme dans un rêve et sans qu'un seul mot soit dit car j'en étais incapable. Mais comme cette histoire prend plus l'allure du cauchemar dans sa finalité, elle ne le comprit pas et c'est tout naturellement qu'elle se tourna vers l'un de mes amis, l'intello de la classe, Stephen Nolan.
Stephen Nolan plutôt que moi, quelle déconfiture ! Il est pourtant normal qu'elle l'ai choisi lui car derrière ses bonnes notes obtenues sans même avoir eu l'air de réfléchir une seule fois, comme si tout était acquis, il était aussi assez bon orateur et avait la discussion facile. Bref, il parlait, il était tranquille, moi je ne parlais pas, j'étais tracassé. A cet âge-là, tout se résumait ainsi et il paraissait juste et ce malgré toute l'intensité et toute la lumière mise dans mon sentiment que Stephen reparte avec Lisa à la fin de la foire.
La foire en l'occurrence c'était l'année scolaire et sa fin approchait à grands pas, je ne devais pas avoir l'air très net à cette époque-là de cette année-ci. Je devais en vouloir énormément à Stephen sans pour autant lui avoir avouer quoi que ce soit concernant Lisa parce que c'était à elle et à personne d'autres que je devais le dire, je devais être irascible avec tout le monde sauf avec elle, une véritable lavette, un nounours sans âme. Le seuil critique était depuis longtemps atteint et j'étais en train de réaliser qu'il allait falloir que j' agisse si je voulais que la situation tourne en ma faveur. Un soir d'avril donc, après une journée, le jeudi, je m'en souviens parce que le jeudi j'avais trois heures d'affilée juste à côté de Lisa. Je m'étais dit : « Embrasse-la, à la fin de cette heure, tu l'embrasses » la sueur me montait, la passion me brûlait les tympans, ma gorge était sèche alors je me disais : « Tu ne vas pas l'embrasser avec la gorge sèche, elle va t'en vouloir toute ta vie pour ce baiser tout sec » alors j'attendais que ma bouche se réhydrate, je léchais mes lèvres tout en faisant bien attention à ce qu'elle ne remarque rien, elle était si belle, ce n'était pas humain, à mon âge, c'était normal de ne pas tenir et de ne pas savoir quoi faire, c'était comme si une créature s'était échappée du paradis et qu'il fallait la traiter comme les autres, c'était impossible, ange elle était, ange elle restera. Et les anges n'ont pas de sexe, la sonnerie, violente et salvatrice, vrilla dans toutes les classes et couloirs. Ce ne serait pas pour aujourd'hui, j'étais confus, à la fois malheureux de ne pas avoir osé , à la fois content d'avoir encore toutes mes chances. Elle, elle ne voyait rien de tout cet atermoiement, de toute ces folles machinations qui se faisaient dans mon esprit avec comme point de mire, le rose de ses lèvres. Elle partit sans me dire au revoir, j'étais affligé, je ne pouvais plus, il fallait que je le dise, il fallait que j'avoue mon amour pour elle. Je pris donc la décision d'en parler à Stephen après les cours, il finissait une heure après les cours, pas grave je l'attendrais.
Si toutes ces circonvolutions estudiantines à deux sous ne vous intéressent pas je n'y peux rien, j'ai besoin de souffler encore une dernière fois avant d'attaquer le dur et ces souvenirs, même cruels, me paraissent d'une douceur infinie comparée au reste.
Ma carcasse s'affala dans un couloir voisin. Tout n'était que bois et mauvais plâtre, enfin, ça n'était ni du bois ni du plâtre mais ça y ressemblait, des lattes au sol, aux murs, peut-être même au plafond, il n'y avait bien que des étudiants pour vivre là-dedans. Une demi-heure passa, mes émotions s'étaient au quatre coins de mon cerveau, j'avais un peu oublié ce qui s'était passé et pourquoi j'étais là, j'attendais Stephen et mon walkman balançait la compote à la mode de je ne sais plus quel groupe dans je ne sais plus quel genre. Comme souvent, j'arrivais à me distraire assez rapidement de la réalité abrupte des choses, j'arrivais à me foutre du baume au cœur grâce à telle ou telle branche rattrapée, je me disais que j'avais mal interprété l'un de ses regards et qu'elle aussi sans doute ne pensait qu'à m'embrasser cet après-midi, je me disais que rien n'était joué, que demain il se passerait quelque chose d'extrêmement limpide et que toutes mes peurs y seraient dépassées. Je me trompais, il n'y aurait pas de demain, Ilda s'installa à quelques mètres de moi. Mon cœur a bondi comme singe en cage,
elle était là pour moi, pour sa déclaration. Cette idée s'effaça aussi rapidement qu'elle était apparue pour laisser place à l'amère vérité, elle attendait Stephen elle aussi. Je n'avais donc plus aucune raison d'être dans ce couloir. Nous n'allions pas pouvoir être tous les trois ensemble. Je ne peux pas avouer mon amour pour Lisa si Lisa est juste à côté de moi. J'étais piégé, il me fallait maintenant un prétexte pour attendre Stephen sans pour autant devoir rentrer avec lui. Je rêvais que j'étais doué de super-pouvoirs et que je pouvais me volatiliser en un instant.
La sonnerie, encore plus violente qu'il y a une heure, se fit entendre, j'étais foutu. La porte de la classe s'ouvrit, inutile de dire que d'ici là ni Lisa ni moi ne nous étions adressé un seul regard. Frédéric Temple fut le premier à sortir le sourire jusqu'aux dents de me voir moi, son seul « ami » l'ayant attendu. En temps normal c'est à dire sans Lisa dans les parages, j'aurais tout fait pour qu'il disparaisse lui aussi et qu'on ne me voit pas à ses côtés mais l'occasion était trop belle. Il me sauvait la mise aux yeux de Lisa et j'étais sûr que Stephen ne m'en voudrait pas. La joie et la décontraction de cet heureux hasard furent cependant de courte durée car c'est par un baiser long et profond que Lisa et Stephen s'étaient rejoints. Ils s'embrassaient sous mes yeux, mon ami et la fille que j'aimais et je n'existais plus, ni pour eux, ni pour moi. Frédéric posa sa main sur mon épaule et dit : « Bon ben on va y aller non, faudrait pas déranger les amoureux ». Cette déclaration me fit encore plus mal que le spectacle salivaire auquel se livrait Monsieur et Madame car elle avait le tort de me sortir du choc, de la violence, de la putain d'impossibilité de tout cela en mettant des mots par dessus. C'était donc vrai, ma vie était foutue. Il faut malgré tout remercier Frédéric qui a toujours su alors que je le traitais comme un rien, que j'étais amoureux de Lisa et que j'en souffrirais et qui a veillé à ce qu'on fuit mon charnier passionnel le plus vite possible. Nous rentrâmes silencieux et ses rares tentatives d'apaisement échouèrent dans l'amertume, lourde mais anesthésiante, que je portais comme un manteau ce soir-là.
Il n'y avait plus d'avril, tout était mort, j'en étais sûr. Il n'y avait plus que l'inéluctable fait que personne en ce bas-monde n'oserait jamais m'aimer même pas un peu. Je me disais : « C'était la seule et elle n'est plus, tu aurais dû l'embrasser cette après-midi, ça aurait tout changé, pauvre idiot ! ». Il n'y avait pas place en moi pour le bonheur ou la faute des autres, bonheur d'oser entre eux, faute de ne pas voir que je risquais d'en pâtir sérieusement. Encore qu'ils ont dû le voir mais qui sont encore ces gens qui sacrifient un baiser presque acquis simplement parce qu'un troisième risque de mourir de ne jamais l'avoir. S'aimer, c'est forcément en faire souffrir un troisième. Que ce troisième soit connu ou non, juste ou non dans son amour.
D'ailleurs j'en profite ici pour dire et parce que ces histoires de cœur m'ont toujours attendri qu'un amour qui ne s'avoue pas n'est pas un amour juste, tant il est injuste vis à vis de l'amoureux et tant il est injuste vis à vis de celle qu'il aime (ou prétend aimer) car si jamais cet amour est le vrai, pourquoi ne pas le donner directement, elle ne doit attendre que ça.
Trêve d'enfantillages ! J'arrive chez moi et mécaniquement, je prends le téléphone. « Je peux passer...tu es seul ? » « Oui pas de problème ». Après un dîner à peine considéré, je vais par la rue, observé par les dernières sursauts d'orgueil de ce soleil couchant, rue qui me sépare de la maison familiale des Nolan, maison avec tout ce qu'il faut de perron et de blanches façades, maison dupliquée pendant plusieurs kilomètres, nous sommes dans une cité résidentielle banale dans une ville banale où malgré tout les cœurs arrivent à chavirer et où même pour les plus jeunes des merveilles de tragique peuvent apparaître. Je sonne, pas de réponse, la chambre de Stephen est allumée mais le reste est dans le noir, je sonne encore, toujours rien, je frappe à la porte, même résultat, les parents de Stephen doivent être sortis et cet idiot écoute encore la musique trop fort. Je pousse la porte, miracle, elle était déjà ouverte, j'appelle « Il y a quelqu'un ? Stephen ? », toujours rien. Je sens tout de même une présence sur ma droite dans le coin cuisine. C'est difficile à dire mais je sens qu'il y a quelque chose de vivant dans ce coin-là mais il fait déjà trop sombre pour y voir quoi que ce soit, comme si la nuit d'avril s'était changée en nuit de janvier. J'aperçois une ombre à ma droite, peut-être le chat ou un gros fruit. A tâtons et alors que je ne sais plus vraiment ce que je fais là, mes doigts arrivent à renverser l'un des interrupteurs simulant le jour dans la pièce vide.
Car il est sûr désormais qu'elle est vide, il n'y a personne dedans, il n'y a qu'une seule chose qui dénote c'est cette grosse masse sombre posée sur la table. Sans le vouloir vraiment mais curieux, voulant savoir, m'assurer que non ça ne peut pas être ça, je fais le tour de la table jusqu'à arriver en face de cette masse. Je regarde mes pieds tout d'abord, je viens de marcher dans une fine flaque de sang. Mes yeux remontent jusqu'à d'autres yeux, écarquillés et fous.
Je me recule, la masse sombre et comme vivante n'était rien d'autre qu'une tête tranchée et pas n'importe quelle tête, celle du père de Stephen. Je me dis : « Ce n'est pas possible, c'est sûrement une farce, ils ont dû confectionner ce masque eux-mêmes avec une citrouille et un peu de peinture », cette idée encore une fois ne tint pas longtemps devant la crudité de cette funeste découverte, on ne peut pas reproduire à l'identique toutes les rides, toutes les pliures, toutes les veines d'un visage humain, on ne peut pas. Après avoir bien détaillé ce visage épouvanté et détaché de son corps, mon sang froid s'éclipsa et je jugeais bon de faire de même.
Je n'eus même pas le temps de reprendre mon souffle que j'étais chez moi en sueurs, mon père me fixant d'un drôle d'œil.
« Tu es déjà de retour ? Il s'est passé quelque chose ? », à bout de force, je me suis contenté de reprendre à mi-voix « Rien de grave » et de monter dans ma chambre. L'odeur de meurtre était encore sur moi, et le sang ? Rien sous mes chaussures, le bitume, l'herbe et le tapis de l'entrée avaient dû les nettoyer.
Je restais assis sur mon lit, hagard, pendant plusieurs heures. Quelquefois je réussissais presque à croire que je n'avais fait que rêver cet incident, cette tête tranchée, que j'avais sonné, qu'il n'y avait personne et que j'étais revenu sur mes pas en courant pour faire passer la tristesse de l'après-midi. Cette falsification du réel ne durait qu'un instant, le temps de se dire qu'il serait peut-être possible pour moi de reprendre une vie normale, une vie avec le père de Stephen en bonne santé et non avec une futaie d'articulations sectionnées à vif. Peut-être qu'une bonne nuit de sommeil fera tout rentrer dans l'ordre, je me disais. Peut-être que cette nuit la tête ira retrouver son tronc et l'ensemble reprendra vie. Peut-être que j'ai juste flippé et que demain matin, j'aurais à nouveau les idées claires.
Je fermais les yeux, essayant de me rappeler avant toute chose de ce baiser langoureux entre mon meilleur ami et Lisa Garland, la fille de mes rêves, car au moins cette pensée évinçait l'autre, la plus ignoble, la rouge sang.
2 – Un coup de fil inattendu :
Alors que le sommeil, allié fidèle et indéfectible, tendait ses doigts vers moi, mon téléphone se mit à sonner sans discontinuer. Un peu comme ses réveils matin dont la mélodie braillarde s'achève uniquement quand on a appuyé sur le bon bouton, une efficacité maximale certes mais rageante à souhait. A moitié dans le rêve, j'ai décroché.
D'un geste vif, un peu comme l'ours attrapant d'un coup de patte son saumon à rebours de rivière, je saisissais le combiné et le fichais contre mon oreille. Au fond de celui-ci, une curieuse voix se fit entendre, une voix très faible, comme une voix de femme, comme la voix de quelqu'un qui a peur de parler ou qui n'en a plus l'habitude. Cette curieuse voix m'appelait par mon nom : « John ? John ? C'est toi ? ». Je laissais passer quelques secondes à la façon d'aborder cette conversation, devais-je décliner ma véritable identité à une voix et donc à une personne qui m'était tout à fait inconnue ? Je décidais de tenter le coup, n'ayant rien à craindre par téléphone. « Oui c'est bien moi mais vous qui êtes-vous, je vous connais ? » « Mais oui, tu me connais, c'est moi (à l'instant même où il me dit cette phrase, c'est moi, quelque chose se dégagea dans sa voix, elle s'éclaira tout à coup et je pus deviner aisément ce qui allait suivre) Léo ou si tu préfères, Léopold Midgar, ton ami d'université, tu te souviens de moi quand même ? » J'oubliais l'heure, inquiétante, et le jour, étrange, et me mis à parler comme si de rien était « Bien sûr que je me souviens de toi Léo, ça fait un bail alors qu'est-ce que tu deviens ? » Cet emballement fut de courte durée, Léo n'était pas à la fête et il voulait en toute apparence, me le faire savoir « Pas grand chose, après l'université et mes diplômes, j'ai réussi à devenir psychologue, un peu comme prévu, je me suis installé à Boston, chouette ville et j'ai rencontré celle qui allait être ma femme, Cybil, une bostonienne purement cinglée, une fille aux yeux perdus comme je les aimes tu sais...Cybil...Cybil est partie » Ma soif de rationalité fut contentée bien qu'un peu déçue par tant de banalité, mon frère ne revenait pas, ma mère n'était pas morte, Léo, mon bon Léo, venait simplement de se faire lourder par sa femme. Il bredouilla, sans doute pour faire semblant de ne pas m'avoir appelé uniquement pour m'exposer son problème, un : « ...et toi ? »
Après un rapide cours de rattrapage concernant nos vies sentimentales respectives, nous décidâmes de nous voir le lendemain en soirée, Léo étant à Providence depuis deux jours, soi-disant dans sa famille (alors que je ne lui en connaissais aucune à Providence même) cette dernière ayant bien voulu accueillir ses pleurs juste après sa rupture. Rupture qui selon lui et d'après l'espoir présent dans sa parole, semblait tout à fait impensable. C'est impossible que ce soit définitif, elle ne peut pas partir comme ça, elle veut revenir, je n'ai rien fait, je l'aime, elle le sait...voilà ce qu'il disait et voilà ce que disent tous les hommes les premiers jours.
Il est facile en effet de croire qu'elles reviennent, tant elles étaient là, tant l'union des âmes d'un couple dormant ensemble se doit être parfaite, tant la croyance que l'homme met dans l'amour et son éternité se réveille quand il est laissé. J'ai d'ailleurs toujours trouvé très suspect le fait que l'amour, les sentiments, se mettent à battre plus fort chez l'homme à partir du moment où on l'abandonne. Comme si ce n'était finalement que le départ et l'idée de se retrouver seule qui le motivait plutôt que l'identité tangible de la femme échappée. Moi aussi j'étais comme lui, au début, je me disais que ce n'était qu'une phase et qu'elle reviendrait après avoir réalisé qu'elle ne pouvait vivre sans moi. Le truc, c'est que même si c'est désagréable parfois, on est tous capable de vivre seul, du moins sans la présence d'un être humain inconditionnellement disponible pour tout acte d'ordre sexuel ou émotionnel. Mais on ne le comprend qu'à froid évidemment et cela aurait été ridicule de ma part d'avancer tout cela et de faire vaciller pièce après pièce l'édifice amoureux dont il était persuadé. Je me contentais donc de sourire et de loucher dans mon verre de bière tandis que son regard fou cherchait dans les miens une sorte d'acquiescement. Il voulait que je me rallie à sa cause, une cause que je savais perdue. Nous étions dans un bar que l'on peut qualifier de familial de par la grande variété de sa clientèle et de par ma bonne connaissance des actuels propriétaires. Ils étaient arrivés à Providence à peu près en même temps que moi et Adélaïde et pour l'ouverture, dans ce lieu presque désert, nous avions discuté et bu gratuitement. Depuis, on ne se regarde plus que d'un seul œil, s'envoyant un bonjour, une œillade ou un bonsoir quand on le peut sans jamais prendre trop de risque. Ils ne me connaissent pas du tout finalement et l'on s'ignore avec tendresse comme avec la quasi totalité de l'humanité. Peut-on en vouloir à quelqu'un ou s'en vouloir soi-même pour tant de distance entre les hommes ? Il y en aura toujours de toute façon, personne ne peut lire mes pensées et fort heureusement car le cas échéant, Léo comprendrait que je lui sers une bien piètre comédie. La méconnaissance des uns et des autres permet le mensonge et le mensonge permet d'arrondir les angles, de se sentir en sécurité, de ne rien craindre des autres, le mensonge permet de joliment faire semblant, c'est triste mais ça évite des suicides, des meurtres, des jalousies, ça évite de trop se creuser la tête. J'ai pourtant aimé ça de tout temps, me creuser la tête mais plus le temps passe plus je m'aperçois de la vanité du jeu humain, et comme je m'en rend compte, mes émotions se troublent, se décolorent, je disparais d'une autre manière. Je trouve bien plus de réconfort dans un rayon de soleil que dans le regard humain. Celui auquel j'ai droit ce soir n'ose pas me dire depuis une heure qu'il espère dormir chez moi cette nuit car il n'a nulle part où aller si ce n'est dans les bras de Cybil. Cela fait une heure que je réfléchis à une parfaite organisation de son espace vitale à venir, que je me demande où j'ai bien pu mettre les couettes, les draps et les oreillers et ils ne sont pas tous pleins de poussières. Cybil était sûrement mal en point quand Léo l'a recueilli, il fonctionne comme ça, comme un médecin, il a dû la soigner de son mal humain (un père violent, une mère absente, un premier amour frappé par la foudre alors qu'il cherchait des noix dans le jardin, une phobie et un déni de la mort et de notre petitesse face à celle-ci ou que sais-je encore) et rétablie, fleur nouvelle, elle est partie après avoir vidé l'armoire à pharmacie, armoire dans laquelle, dans un petit flacon aux reflets verdâtres, macère le cœur de Léopold. Il dormira dans la chambre d'amis qui pour une fois portera bien son nom. Il doit y avoir tout un tas de housses, taies et autres polochons dans la console sur le pallier. Cela m'ennuie de ne pas pouvoir lui dire la vérité, de ne pas pouvoir dire à mon ami que cette affaire sent le cramé à un kilomètre mais je connais ses sautes d'humeur, il risque de ne plus lâcher la bouteille, de faire une crise de larmes ou de l'appeler un milliard de fois en lui laissant un milliard de messages tous plus pathétiques (elle les trouvera touchant, c'est beau un homme qui pleure, cela veut bien que dire que je l'aime, elle ne peut plus en douter...voilà ce que lui dicte son esprit) les uns que les autres. Je n'ai plus de détachant pour la moquette du premier étage, je ne peux pas me permettre ça. Je coupe court à ces élucubrations sur son adorée névrotique et je relance la conversation sur un sujet qui nous passionne tout deux, le souvenir. Ou plutôt, nos souvenirs, comme on était jeunes, comme on était cons et pétris d'insouciance. Comme j'apprécie mieux maintenant cette mascarade du passé toujours plus clair que le présent, avant ce qui m'est arrivé, je me disais que le souvenir, c'était simplement une chose qui était utile aux morts-vivants, aux vieux et aux frileux, pour se dire qu'ils avaient quand même fait deux ou trois choses dans leurs vies et que ça pouvait suffire. Suffire, le verbe inhumain par excellence, la vie ne se suffit jamais à elle-même, il y a toujours une horreur à goûter, un plaisir à éprouver. Voilà maintenant que je me fais philosophe, l'écriture me plaît à vrai dire, elle me sort de moi-même et Dieu sait que ma peau n'est pas bonne à porter en ce moment, elle pue la moisissure et la bouillie d'organes. Nos souvenirs donc, petite focale sur ces quelques années d'université passées en sa compagnie, dans la même piaule, à partager la même nourriture, à suivre passionnément les aléas de nos vies. Tu as vu le regard qu'elle m'a fait ? Tu penses quoi de ce film ? Et si on allait racheter des bouteilles pour ce soir ? Je suis crevé...si seulement tu étais une fille...on s'amuserait au moins...appelle-la vas-y, t'attends quoi ? Demain, je m'en fais deux dans la soirée, faut que tu vois ça, viens...tu me files une clope ? Tu penses qu'elle va venir ? Tu peux me prêter ta caisse ? Quand t'imagines qu'on aurait pu être des dinosaures ou des androïdes samouraïs au lieu d'être ce qu'on est, c'est quand même triste...ça va ? Ça va ? Ça va ?
Une somme de questions et d'affirmations vaseuses et/ou tendrement absurdes avec à l'intérieur une seule constante : ne jamais parler des cours et chercher par tous les moyens la fille de nos rêves. Celle que nos esprits de pré-pubères malsains a lâchement conçu pendant notre sommeil en mêlant le doux visage de la mère avec une infinité d'images pornographiques de qualité souvent plus que douteuses et les allures enthousiasmantes de toutes ces filles croisées dans le bus ou dans les cours d'école. « C'était quand même bien quand on s'endormait tous les deux, vannés après une soirée décevante à cause de l'alcool bon marché et du fait qu'elles partaient toujours avec quelqu'un d'autre parce qu'on savait pas trop y faire...tu sais, quand tu sortais ton petit sachet d'herbe et qu'on avait l'impression de se coucher les étoiles alors que le plafond et les étages du dessus étaient tout près de nos têtes... »
Nous nous attendrissons et nous espérons revivre ce genre de moments même si pendant que nous les vivions de l'intérieur, nous pensions à toute autre chose, à une vie encore plus vivante, à une vie différente. A dire vrai, quand je lui dis ça, il espère bien revivre cette nuit d'étoiles imaginaires mais je sais que dans un coin de notre chambre traîne Cybil, toute offerte à lui. Je ne peux pas lui en vouloir, moi qui rêve tous les soirs de tomber amoureux au petit matin. Enfin c'était avant, je ne peux plus profiter désormais du mince confort de la possibilité, je sais trop bien que tout est possible, surtout dans la perversion, surtout dans le pénible. Je connais trop bien l'immoralité aussi et j'ai parfois l'impression de ne plus pouvoir revenir, un peu comme ces enfants de Varsovie qui ont vu leurs parents et cousins se prendre une balle dans la tête à la chaîne alors que cachés dans leurs trous, ils appuyaient férocement leurs paumes contre leurs yeux avec l'espoir de se rendre aveugles et aussi celui d'oublier ces insoutenables images. Mais le souvenir bon ou mauvais est irréversible malheureusement et cet état de fait me terrifie tandis que j'essaie de me rattacher au faciès enfariné pénétrant dans ma maison comme s'il découvrait enfin le royaume des jouets et des sucreries, enfin un lieu sans souvenir aucun de sa Cybil et où il pourrait se reposer un peu. Très rapidement et comme s'il ne voulait surtout pas quitter l'anesthésie provoquée par ma demeure tranquille, il me demanda où était sa chambre, je lui dis de patienter et de se faire une capsule de café pendant que je montais préparer sa chambre. Quelques secondes plus tard, ses pas et sa peur d'être seul à nouveau faisaient bruit dans les marches, nerveux, il me demanda si j'avais bientôt fini, je ne lui dis de ne pas s'en faire avec le souffle coupé, occupé que j'étais à étendre son drap sur toutes les longueurs et largeurs du lit. C'était quelque chose que que je ne faisais pas vraiment très bien, terminant toujours à moitié en sueur après avoir tenté mille postures, de l'étoile de mer à la tortue centenaire afin de recouvrir correctement le matelas récalcitrant. Car pour qu'ils soient bien tendus, les draps sont pile de la taille du matelas et ont tendance, en tout cas chez moi, à se rebeller d'un coin à l'autre. On pense en avoir fini avec un côté, on achève à peine l'autre et un léger ourlet s'enroulant autour du pied annonce que tout est à te refaire, alors il faut jouer des coudes, du bassin et des bras pour que tout tienne en un ensemble esthétiquement parfait. C'est assez pénible en réalité et je me suis toujours demandé comment faisait les autres pour réussir sans s'en plaindre, sans jamais en parler et pourquoi ce n'est jamais devenu une question au centre des débats nationaux. Si un homme politique se présente un jour avec la solution finale concernant la mise rapide des draps, je vote immédiatement pour lui. Léopold pousse la porte et me retrouve assis sur son lit, l'air de rien, ma respiration est accablée, elle trahit mes efforts herculéens pour lui offrir une couche décente mais je ne lui en parlerai pas, question de principe, personne ne doit connaître mes techniques, c'est une affaire intime, plus qu'intime. Cela serait comme parler du fait que l'on regarde ses excréments ou non après la grosse commission, cela n'aurait pas de sens. « C'est une vrai plaie, ces saloperies » Un véritable miracle serait-il enfin possible en ce monde ? Quelqu'un pour comprendre et partager mon malaise concernant cette corvée domestique humiliante ou peut-être même mieux, quelqu'un qui serait capable de me donner une meilleure technique que celle de l'étoile de mer, en bref, un sauveur...est-ce possible ?
Dissimulant mon enthousiasme de jeune fille quant à ma délivrance annoncée, je me feins d'un prosaïque « De quoi tu parles ? » afin d'éviter l'éveil de tout soupçon. Je n'aimerais décidément pas être découvert dans mon retranchement le plus secret. « Je parle des femmes... » J'aurais dû m'en douter, ce monde est un poème en péril et mon ami est du genre monomaniaque. Il continue : « Elles nous prennent puis un matin elles nous rejettent sans rien dire, sans aucune explication, un peu comme la mer fait avec les cadavres de baleines » C'est aussi un homme qui a parfois un sens de la métaphore un peu trop poussé. « Je ne sais pas ce que je compte faire si elle ne revient pas, j'ai misé ma vie sur ce coup-là...j'étais même prêt à lui faire des gosses, j'étais...je suis prêt à tout pour elle » Il commence à vaciller, le vin, la fatigue et les larmes s'entremêlent et le poussent à fondre dans mes bras. Autant je n'ai jamais eu de mal à tenir une femme dans mes bras, autant face à un homme en larmes, je demeure toujours mortifié. Je me souviens enfant, un ami de la famille était passé pour prendre son canon hebdomadaire, seulement mes parents étaient de sortie et il ne restait que moi. Quelques jours plus tôt, ce même homme venait de perdre sa femme en France, sur les routes de la grande Boucle, d'un malaise cardiaque. Je connais les détails car il me les a présenté calmement en remplissant son verre, j'étais sous le choc, c'était la première fois que la mort paraissait devant moi avec des traits si clairs. « La vie est mal foutue, elle n'avait rien fait, c'était une journée d'été comme les autres...pourquoi a-t-elle tenu à voir ces cons de cyclistes ? » Je ne sais pas quoi dire, je suis tétanisé, je sais que selon la logique dramatique déployée au cinéma je devrais lui poser la main sur l'épaule ou quelque chose comme ça. Enfin, après une pause, un froid, nos yeux se sont mis à parler à notre place, le verre a fini par déborder et moi par avoir envie d'en prendre un malgré mon âge, malgré les conventions car je savais que ça me ferait du bien. Une fois les yeux vides, nous avons trinqué, à la vie, à cette vie qui même après la perte de celle qu'on aime, reste toujours à faire. Je remarque avec amusement que les deux personnes qui m'ont initié aux vices ordinaires (l'alcool et la cigarette) se sont mis à sangloter contre moi à cause des femmes. Amusant de voir tout ce pouvoir qu'elles possèdent, on a construit des églises, des immeubles ahurissants, des complexes financiers à plusieurs millions de dollars, des tunnels sous-marins, des musées monstrueux à la décoration épurée ou pleines de toiles grandiloquentes, des automobiles à l'habitacle parfaitement aérodynamique, des cinémas comme des ruches avec des dizaines de salles aux dimensions astronomiques et avec un rendu de l'image optimal, des maisons penchées au-dessus du canal ou des paradis de marbre blanc et pourtant, on reste foudroyé quand une femme disparaît. Toutes les créations architecturales de ces milliers d'hommes motivés ne sont rien face à la courbure d'un rein ou à ces petites plissures malignes qui se glissent parfois dans un sourire de femme. Je ne peux cependant pas lui dire ça à cet ami qui pleure jusqu'à en mouiller mon cœur, je me contente donc d'être dans la scène, froid, immobile, ne savant pas quoi faire de mes mains, de ma tête, de mes mots, n'ayant rien que mes battements cardiaques comme preuve de mon animation et comme radar de mes émotions. Il semble apprécier mes vertèbres thoraciques alors qu'il ne pleure plus, il y reste, comme un enfant. Me voilà submergé dans tous les sens du terme, mon pull de laine noire est de nouveau bon pour le lavage et tout ce raffut humain qu'il fait en moi arrive presque, comme le poids d'un domino sur l'un de ses frères bicolores, à me faire venir des larmes d'un endroit encore inexploré de ma conscience. Mais avant qu'elles ne trouvent la bonne route vers mon réseau optique, il balance sa tête en arrière et se relève d'un coup, il essuie ses yeux et me regarde toujours comme un enfant mais cette fois-ci comme un enfant qui aurait fait une bêtise. Alors qu'il s'apprête à fondre encore mais d'une toute nouvelle manière en se tordant au milieu d'excuses qui n'auraient pas leur place, pas à ce moment-là, pas par cette nuit, pas avec Cybil en toile de fond, pas avec au-dessus de nous cette petite gourdasse hallucinée et pleine de tics (je l'imagine comme ça, la conjecture évènementielle fut telle que je n'ai jamais eu la chance de la rencontrer) capable de mettre aux abois l'un de mes seuls amis. Je l'interrompt : « Il n'y a pas de souci, il fallait que ça sorte, tant mieux si c'est fait, tant mieux si j'ai pu aider, tu n'as pas à te sentir fautif d'avoir des émotions et encore moins d'avoir des sentiments pour une claquée dégénérée qui n'en a jamais rien eu à talquer de tes beaux yeux » En vérité, je suis à moitié sûr de lui avoir dit cette dernière phrase mais je trouve qu'elle sonnait bien. Il sourit, « qu'on devient cons franchement quand on aime » je lui rétorque comme si j'avais retrouvé la peau grasse de mes années universitaires « Et bien toi, t'as pas attendu d'être amoureux pour être con » Il ne sourit pas. Il veut dormir, je lui laisse la chambre après m'être assuré qu'il ne manquait de rien bien qu'il manquât de tout. Il devait être minuit passée de quelques heures quand j'ai rejoint ma chambre après avoir farfouillé vaguement dans le plateau de fromages de mon frigo et après m'être assuré que Léo dormait d'un bon sommeil. Ses ronflements autrefois abhorrés eurent cette fois l'effet inverse et c'est avec douceur et nostalgie que je l'entendais quitter pour la nuit son marasme amoureux. Radouci par cette nouvelle et par la logique pure présente désormais à l'heure où l'énigme de l'appel est rompu et où je n'ai plus trop d'inquiétudes excepté pour Léo mais la plénitude de son endormissement confirme quelque part que malgré mon peu de présence et d'intérêt porté à son histoire, je suis parvenu à lui faire du bien. C'est donc tranquillement que je me couche à mon tour après avoir posé un mot sous la porte de la chambre d'ami.
« J'espère que tu as bien dormi et que cela va mieux, tu peux rester tant que tu veux. Si tu ne vois pas c'est que je suis au travail, j'avais oublié de t'en parler. Bonne journée à toi, tu peux me contacter par mobile en cas de souci. Ton ami, John »
Un réveil dans le sang :
Les oreilles s'ouvrent avant les yeux. Déjà, une anomalie, contrairement à l'habituelle et dépouillée imitation du son sourd et malsain du marteau-piqueur (mon réveil dispose d'un vibreur et d'un affichage analogique vert menthe du plus bel effet), c'est Sade qui se faufile entre d'autres outils de chantier, marteaux, enclumes et étriers. Smooth Operator, chanson adorable mais que je n'ai jamais vraiment trop écouté inonde non sans suavité mes oreilles engourdies. J'ouvre avec une assez grande facilité mes yeux, je soulève la couette pour eux aussi et les sors du nid douillet des paupières. Le vert menthe a disparu, l'heure n'est plus. Sans songer à plus, je me dis que ce réveil déconne quand même beaucoup mais certain que mon horloge biologique, elle, n'est pas détraquée, je décide de me lever pour prendre mon café et peut-être aussi des nouvelles de Léo. J'appuie sur le bouton snooze qui est censé mettre en pause toute musique, toute radio, toute opération aussi douce soit-elle. Rien ne se passe, tant pis me dis-je hâtivement, c'est une bonne chanson, elle n'est pas trop forte, le palier qui me sépare de la chambre d'ami est assez spacieux, il n'entendra rien, j'éteindrais tout ça en partant. Vêtu d'un caleçon long et d'une chemise de nuit, je sors de ma chambre. Je me retrouve sur le palier, il me suffirait de descendre les escaliers pour aller me servir un jus d'orange ou d'aller sur la porte à ma droite pour prendre ma douche. Je le traverse et me plante devant la porte de la chambre d'ami, le mot que j'avais posé sous sa porte n'y est plus. Il est peut-être allé aux toilettes pendant la nuit pensais-je tout d'abord avant de me raviser connaissant la légèreté de mon sommeil et le vacarme dans la tuyauterie que provoque chaque chasse tirée. Peut-être a-t-il eu le courage de partir à l'aube...mais pourquoi ? Pour qui ? C'était insoluble et curieux comme je suis, je ne pourrais me remettre à vivre normalement qu'après avoir eu en mains tous les éléments d'une logique implacable. Je tourne la poignet avec en moi la quasi certitude qu'il n'est plus dans cette chambre pour je ne sais quelle raison, je sens que cette chambre est vide, qu'elle a été déserté en vitesse. J'ai désormais le panoramique entier de la chambre offert devant moi, c'est bien ce que je pensais, il a dû filer à l'aube, un mot doit m'attendre sur la table de la cuisine ou sur mon plan de travail. Il a même refait son lit, quel fayot, enfin, cela prouve qu'il a vieilli. Un détail m'intrigue malgré tout, le rideau manque à l'appel, il n'y a plus qu'un fantôme de rideau en-dessous de la tringle et en plus de ça, la nuit est noire au dehors, l'aube manque également. Il n'a donc pas pu partir à l'aube me dis-je bêtement comme un apprenti détective dont le quotient intellectuel équivaudrait à celui d'un mollusque attardé. Afin de tirer cette affaire au clair, au propre comme au figuré, je pivote l'interrupteur en une caresse habile. C'est rare qu'une si banale manipulation entraîne autant d'effroi. La pièce à cru, la literie, les commodes, les armoires et même la nuit disparaissaient. Il ne restait plus qu'une seule chose bien visible. Un crâne recouvert d'un masque de peau aux traits creux, au menton court et en pointe, aux lèvres fines, presque absentes, aux yeux d'un noir profond trop grands pour ce genre de visage, au front qu'on ne pourrait qualifier autrement que de cette manière : un front, une coupe et des cheveux travaillés deux fois par mois par un coiffeur incontestablement doué, un visage entier marqué par une seule expression : la tranquillité. Encore. Voilà tout ce qui me passait par l'esprit à ce moment-là, alors que j'étais debout au-dessus de la tête coupée d'un ami ensanglantant des draps dont j'avais eu tant de peine à venir à bout. Comme le silence était maître en ces lieux, comme ma mortification était parfaite et que la porte était ouverte, Smooth Operator se fit entendre à nouveau, beaucoup plus fort, on n'entendait plus que ça, les gouttes de sang qui tombaient de façon régulière des draps jusqu'au sol semblaient faire partie du rythme. Toutes les familles d'atomes présentes dans cette chambre attendant une réaction de ma part, n'importe laquelle, la console à ma gauche misait sur la peur et ses vomissements, la fenêtre sans rideau ne jurait que par un évanouissement de ma part, le plafond aux premières loges espéraient lui qu'une froideur nouvelle m'anime, que je sorte de cette pièce mortelle, que je descende les marches jusqu'au téléphone qui me permettrait de contacter les autorités compétentes afin de les mettre au courant de ma découverte macabre. Je nageais dans la confusion la plus totale, j'étais dans une partouze d'émotions, dans une orgie de volontés et d'accablements, cela me parut tellement irréel, tellement trop, que je ne pus réagir ni avec sérénité, ni avec instinct. Alors que Smooth Operator se lançait pour la troisième fois consécutive, que les yeux ouverts et calmes de Léo fixaient l'horizon d'un air souriant, que les chaînes chimiques s'entrechoquaient en moi en se donnant de grands coups de langue, une explosion de sang se fit dans ma tête. Quelque chose de chaud, comme si mon cerveau suait et que du sang s'étalait sur la surface de mon crâne. Très vite mes cheveux en furent imprégnés, par réflexe, je palpais avec ma paume le sommet de mon crâne pour voir l'étendue des dégâts. Un halo ocre illuminait les lignes de ma main. Le sang continua à sortir par tous mes pores crâniens. Il se mit à s'égoutter par mon front et avant qu'il ne sorte par mes yeux, une série de convulsions me prirent de court, causant mon évanouissement. La fenêtre sans rideau avait gagné.
Réactions en chaîne :
Ce n'est en effet qu'après quelques jours d'un travail absorbant que tout me revint en tête. Vous vous demandez peut-être comment j'ai pu travaillé sereinement durant toute cette semaine mais c'est une question simple et la réponse l'est aussi. J'ai pu le faire car au fond, il ne s'était rien passé de spécial d'un point de vue strictement factuel, c'étaient uniquement mes rêves ou mes souvenirs qui disjonctaient. Il n'y avait bien que la disparition de Kenneth qui puisse être source d'inquiétude mais il était bien moins qu'un ami pour moi et puisqu'un détective prétendait qu'il était parti vers une amante cachée, pourquoi ne pas le croire ? Nous sommes donc dimanche matin, je me ballade, fantomatique, dans ma maison, personne n'est là à part moi et je me demande ce que je pourrais bien faire aujourd'hui, je n'ai envie de voir personne mais j'ai bien envie de sortir, d'apprendre des choses, d'observer le commerce humain d'une foule d'anonymes, de m'asseoir à une chaise, de commander un café et de laisser mon œil poète effleurer tous ces visages, visages qui disparaîtront très certainement dès la prochaine sieste. Je n'ai pas envie d'allumer mon téléviseur, il n'y a pas d'émission sur les obèses le dimanche, il n'y a que des programmes s'étirant dans une temporalité tout à fait répugnante et qui donne la migraine, il n'y en a que pour les enfants et pour les vieux, des western en dessin-animé pour les enfants et des western de John Ford pour les vieux, je resterai à jamais étonné qu'une telle glorification génocidaire passe inaperçue auprès des bien-pensants. Je n'ai encore vu aucun dessin-animé sur le brave kappo extorquant terres et biens appartenant au terrible Nez-Crochu. Je passe mon manteau pour le mal que ça me fait de penser à tout ça à l'heure où tout sauf la nouvelle intelligence se trouve sur la toile. Je sors de chez moi avec une pensée pour tous les natifs américains, pensée qui s'efface immédiatement suite à un ballonnement provoquant en moi une flatulence que je réfrène tant bien que mal. Je suis un homme seul qui part combler son ennui. En cherchant mes clés de voiture dans mes deux larges poches, mes doigts s'égarent sur la brochure rose métallique qui meurt au fond de l'une d'elle, sans eau et sans pain depuis mardi. J'attends d'être rentré dans mon véhicule pour l'examiner à nouveau, elle fait partie de ces choses prévues et à faire mais qui s'oublient au moindre coup de vent, malgré l'endroit peu avenant dont elle vante les mérites et sa police un peu vulgaire, c'est une brochure qui reste agréable à l'œil. Je n'arrive pourtant pas à lire son menu avec l'attention nécessaire à sa compréhension et me décide plutôt à la ranger une nouvelle fois, convaincu qu'il faudra un effort de concentration maximal afin d'espérer pouvoir la lire convenablement. Pour ça, il faudrait déjà que ça m'intéresse...ce qui m'intéresse déjà plus, c'est la carte du détective qui est tombée de cette brochure criarde quand je l'ai entrouverte. Je joue avec elle, je la fais sauter entre mes doigts, et avant une figure périlleuse qui la fera se perdre à mes pieds, je pense à Kenneth, quand même, je me dis que je pourrais l'appeler pour vérifier s'il est revenu ou s'il ne répond pas. Je me dis que je pourrais au moins faire ça pour lui, pour pas être le salaud complet qui le laisserait partir au néant sans bouger d'un centimètre. La pâleur laiteuse de mon écran de portable s'accorderait très bien avec celle du ciel, aujourd'hui presque absent. Je tombe directement sur sa messagerie. Pas question de laisser un message. Je le rappelle, au cas où. Cela sonne une fois, une bonne fois, une longue fois, je ne suis pas sûr d'être tout à fait prêt pour cette conversation. « C'est vous M. Swithen ? C'est vous qui êtes derrière tout ça ? » Cette voix m'est familière mais il me faut un léger temps avant de la reconnaître « M. Benett c'est vous ? » « Non ce n'est pas moi » « Comment ça ? » « Ce n'est pas moi qui ai tué M. Anderson » « Mais de quoi parlez-vous ? » « Oui c'est bien, moi, détective Benett, vous m'avez vu l'autre jour, vous vous souvenez ? » « Je m'en souviens très bien mais...que venez vous de dire...Kenneth est mort ? » « Non, enfin je ne crois pas...pourquoi ? Vous, vous le pensez ? » « Je ne pense rien moi...je voulais savoir s'il était revenu...et c'est vous que je trouve » « Ça vous ennuie ? Est-ce que je vous fait peur John ? » Il me faisait plus pitié qu'autre chose, on sentait aux inflexions de sa voix qu'il souhaitait me manipuler pour que je me sente coupable « Pas du tout, d'ailleurs je crois que je vais vous laisser essayer d'intimider quelqu'un d'autre, vous avez mon numéro maintenant, vous pouvez m'appeler si vous avez du nouveau » « Mais John, j'ai toujours eu votre numéro » J'ai raccroché, Benett était comme moi, il devait s'ennuyer, il a dû glapir de plaisir en voyant le portable se rallumer et vibrer comme un enfant sauvé in extremis de la noyade. Je me sentais encore plus seul désormais, j'avais faim de bons sentiments, de m'entretenir platement avec des gens à la santé mentale infaillible. Dans quel coin sordide de mon cortex cérébral avais-je donc oublié le numéro de mes parents ?
mercredi 9 décembre 2009
A big black dick in a tiny little pussy
Les publicités qui jalonnent mon blog sont vraiment d'un goût plus que douteux (pipi, femmes chinoises, boutons acné) mais il m'arrive souvent de me demander si leurs qualités dramatiques sont supérieures aux miennes...l'avenir répondra, j'espère quand même être un peu plus intéressant que la promesse d'un allongeur de sexe mais c'est là une haute ambition, je le sais bien.
Bronson de Nicolas Winding Refn
Avec un parti pris de mise en scène et de mise en musique quasiment kubrickien, le réalisateur danois de la trilogie des Pusher, Nicolas Winding Refn, dont l'honnêté et l'intelligence créatrice ne sont à remettre en question, (il n'y a qu'à voir le making-off de Pusher 3 pour en être persuadé) pensait pouvoir réaliser avec Bronson un film coup de poing. L'histoire, simple, brute, est celle de Michael Peterson, surnommé Charlie Bronson pour son côté bagarreur comparable à celui du personnage phare interprété par l'acteur du même nom (qui a fait toute une séries de films limite fachos mais tellement bons), qui sans qu'il ne se l'explique lui-même "jouit" (ce mot est important) d'une passion sans limite pour la violence gratuite. Il aime se battre, tout simplement. Et il ne fait que ça de bien...D'ailleurs dans ce film, il n'y a que ça. Un corps magnifié (celui de Tom Hardy, évidemment charismatique, peut-être trop au point d'en devenir parfois parodique) qui ne trouve son salut que dans des bastons monumentales contre des policiers stupéfaits. Il y aura certes une tentative de rédemption mais là encore Refn, nous fait le coup du film qui bouleverse les codes et qui ne devient pas ce qu'on attend de lui. Alors, c'est un film profondément amoral sur un homme qui a une "vocation" d'un autre temps...mais...on l'aime, on parvient à l'aimer grâce à la mise en scène, grâce à cette magnification, à la voix off et aux instants de clownerie qu'il y a au début du film...on l'aime et du coup on n'aime pas cette fin...je pense que c'était ça qu'il voulait nous montrer, je pense que c'est un film trop intelligent sur une histoire trop idiote...je pense qu'il manque quelque chose ou alors qu'il a voulu trop en faire mais je pense quand même que ce film mérite d'être vu pour son traitement singulier sur un thème qui l'est tout autant (quitte à risquer l'écoeurement)
Bronson de Nicolas Winding Refn
Avec un parti pris de mise en scène et de mise en musique quasiment kubrickien, le réalisateur danois de la trilogie des Pusher, Nicolas Winding Refn, dont l'honnêté et l'intelligence créatrice ne sont à remettre en question, (il n'y a qu'à voir le making-off de Pusher 3 pour en être persuadé) pensait pouvoir réaliser avec Bronson un film coup de poing. L'histoire, simple, brute, est celle de Michael Peterson, surnommé Charlie Bronson pour son côté bagarreur comparable à celui du personnage phare interprété par l'acteur du même nom (qui a fait toute une séries de films limite fachos mais tellement bons), qui sans qu'il ne se l'explique lui-même "jouit" (ce mot est important) d'une passion sans limite pour la violence gratuite. Il aime se battre, tout simplement. Et il ne fait que ça de bien...D'ailleurs dans ce film, il n'y a que ça. Un corps magnifié (celui de Tom Hardy, évidemment charismatique, peut-être trop au point d'en devenir parfois parodique) qui ne trouve son salut que dans des bastons monumentales contre des policiers stupéfaits. Il y aura certes une tentative de rédemption mais là encore Refn, nous fait le coup du film qui bouleverse les codes et qui ne devient pas ce qu'on attend de lui. Alors, c'est un film profondément amoral sur un homme qui a une "vocation" d'un autre temps...mais...on l'aime, on parvient à l'aimer grâce à la mise en scène, grâce à cette magnification, à la voix off et aux instants de clownerie qu'il y a au début du film...on l'aime et du coup on n'aime pas cette fin...je pense que c'était ça qu'il voulait nous montrer, je pense que c'est un film trop intelligent sur une histoire trop idiote...je pense qu'il manque quelque chose ou alors qu'il a voulu trop en faire mais je pense quand même que ce film mérite d'être vu pour son traitement singulier sur un thème qui l'est tout autant (quitte à risquer l'écoeurement)
mardi 1 décembre 2009
mercredi 25 novembre 2009
Les mecs
lé mec sn nul il nou fon tj du mal on sacroche tro et apré kan il nou largue ca fai mal lé mec sn dé pouritur 3 filles super ke jadore en on fai lexperience jvou aime lé fille vou inkiete pa ils ne vou méritai pa c gro enfoiré
dimanche 22 novembre 2009
A funny moment in a dead row
Je me réveille. L'ensemble de mon corps est strié par les pliures dans les draps, j'ai l'impression d'être un joueur samois. J'ai des aiguilles à tricoter dans le ventre mais je m'en fous. Parce qu'aujourd'hui c'est cinéma !
Thirst de Park Chan-wook :
Il est surprenant de remarquer que je fais ici ma première critique de ce monsieur alors que mon estime pour lui est sans pareil et que j'aimerais crier sur tous les toits qu'il est l'un des réalisateurs les plus inventifs de ces dix dernières années, en Corée comme partout. C'est peut-être parce que j'aime prendre mon temps avant de livrer en un bloc magistral, mon avis sur son oeuvre. On peut bien parler d'oeuvre, pour une fois, tant il semble bâtir un même univers baroque et cru à chaque nouveau morceau de pellicule même si évidemment, ses deux derniers métrages (I'm A Cyborg But That's OK et Thirst donc) ne semblent pas faire partie du même monde (ils auraient pu se passer dans n'importe quel autre pays et surtout, l'onirisme y est plus fort que le réel) tant ils échappent à toute codification connue. Thirst par exemple, comment le décrire ? Une histoire d'amour vampirique sous fond de religion et de parties de mah-jong ? Cela ne suffirait pas. D'ailleurs ça ne suffit pas. Je reviens.
Thirst de Park Chan-wook :
Il est surprenant de remarquer que je fais ici ma première critique de ce monsieur alors que mon estime pour lui est sans pareil et que j'aimerais crier sur tous les toits qu'il est l'un des réalisateurs les plus inventifs de ces dix dernières années, en Corée comme partout. C'est peut-être parce que j'aime prendre mon temps avant de livrer en un bloc magistral, mon avis sur son oeuvre. On peut bien parler d'oeuvre, pour une fois, tant il semble bâtir un même univers baroque et cru à chaque nouveau morceau de pellicule même si évidemment, ses deux derniers métrages (I'm A Cyborg But That's OK et Thirst donc) ne semblent pas faire partie du même monde (ils auraient pu se passer dans n'importe quel autre pays et surtout, l'onirisme y est plus fort que le réel) tant ils échappent à toute codification connue. Thirst par exemple, comment le décrire ? Une histoire d'amour vampirique sous fond de religion et de parties de mah-jong ? Cela ne suffirait pas. D'ailleurs ça ne suffit pas. Je reviens.
mercredi 11 novembre 2009
Le pandémonium de la pute orange
DES DOLLARS POUR TOUTE LA FAMILLE
ET DES NAINS DE JARDIN
Avec des jetpacks sur les os
OUI
AINSI SOIt-il
bébé, où sont tes bras ?
sont-ils perdus quelque part dans l'intersidéral
ou autour
des hanches
de mon meilleur ami ?
Je m'achèterai bien une HACHE
la HACHE
sur le dos en pleurs de ma petite soeur
Marcher dans son sang, sur la pointe des pieds
FLAQUE
FLAQUE
Vomir dans son sang, réaliser,
Rire et se mettre à brûler.
ET DES NAINS DE JARDIN
Avec des jetpacks sur les os
OUI
AINSI SOIt-il
bébé, où sont tes bras ?
sont-ils perdus quelque part dans l'intersidéral
ou autour
des hanches
de mon meilleur ami ?
Je m'achèterai bien une HACHE
la HACHE
sur le dos en pleurs de ma petite soeur
Marcher dans son sang, sur la pointe des pieds
FLAQUE
FLAQUE
Vomir dans son sang, réaliser,
Rire et se mettre à brûler.
dimanche 8 novembre 2009
Fascinations sans lendemain
Un espace blanc. Un homme qui me ressemble se tient debout, au centre. Tout autour de lui se trouvent les êtres chers de sa vie.
Ma mère - Qu'est-ce que tu espérais faire ?
Ma mère - Qu'est-ce que tu espérais faire ?
vendredi 6 novembre 2009
Jiraya, ce fier soldat
Jiraya, tu as les cheveux gris et des amis grenouilles
Des traces rouges sur les joues, comme des larmes,
Tu aimes aussi le saké et les jeux de nouilles
Et tu es un écrivain, comme moi, plein de charmes,
J'aurais aimé te connaître avant que Pein ne te tue,
J'aurais aimé que tu sois mon senseï, mon maître,
J'aurais aimé juste avant que Pein ne te détruise,
J'aurais aimé mon Jiraya, rien qu'un peu te connaître,
Tu as appris le rasengan à Naruto car tu es gentil
Fin.
Des traces rouges sur les joues, comme des larmes,
Tu aimes aussi le saké et les jeux de nouilles
Et tu es un écrivain, comme moi, plein de charmes,
J'aurais aimé te connaître avant que Pein ne te tue,
J'aurais aimé que tu sois mon senseï, mon maître,
J'aurais aimé juste avant que Pein ne te détruise,
J'aurais aimé mon Jiraya, rien qu'un peu te connaître,
Tu as appris le rasengan à Naruto car tu es gentil
Fin.
mardi 3 novembre 2009
Avoir froid
le suicide est le dernier crime où le coupable risque encore la peine de mort dans n'importe quel pays au monde
La pluie tombe comme familles du bord des balcons sourds,
Tandis que le talon des soldats claque sur le sol
Les enfants ont le regard lourd,
Ils savent qu'ils n'ont pas à porter l'auréole...
Pas à cet âge, pas avec cette peau et ce soleil dehors,
Pas à la veille du bal où les filles en corset
Doivent venir nombreuses, elle doivent enfoncer
Cette nuit qui n'a plus d'or
Poème pauvre :
La pluie tombe comme familles du bord des balcons sourds,
Tandis que le talon des soldats claque sur le sol
Les enfants ont le regard lourd,
Ils savent qu'ils n'ont pas à porter l'auréole...
Pas à cet âge, pas avec cette peau et ce soleil dehors,
Pas à la veille du bal où les filles en corset
Doivent venir nombreuses, elle doivent enfoncer
Cette nuit qui n'a plus d'or
samedi 31 octobre 2009
La tolérance
En ce dernier jour d'octobre, jour du festival américain consacré aux goules, vampires et autres squelettes du diable, j'ai décidé de m'intéresser au créateur de toutes ces horribles créatures : l'Homme. Je ne suis pas ici pour descendre l'Halloween moderne des régions reculées de France qui se résument par des petits poignets tapotant sur des portes en mauvais état en espérant qu'elles s'ouvrent et qu'avec elles s'ouvrent également la boîte à gélatine. J'ai toujours peur pour ces gosses la nuit dans ma sombre région, toujours peur qu'un solitaire libidineux décide d'ouvrir pour se pencher sur une toute autre boîte à gélatine. Ils ne me font pas peur mais j'ai peur pour eux, pas que nos cités ne soient pas tranquilles, juste que commettre un crime un jour pareil, cela ne serait plus être criminel, cela serait avoir du timing. Les costumes sont cheaps, les gamins sont heureux et se gâtent les dents et mon unique souvenir conscient de cette fête et d'être descendu dans ma rue, un 31 octobre -sans doute pour promener mon chien invisible- et que ces mioches aux panoplies de zombie ou de fantôme, avaient l'air encore plus effrayé par moi que par toute autre chose, pourtant je ne faisais que passer et je devais porter comme toujours une chemise blanche et un long manteau gris. Mais mon allure est suspecte, elle est abominable car j'ai en moi tous les monstres de fable. Mon ventre est plein de spectres cracheurs de feu, de suceurs de sang épileptiques, de farfadets mangeurs de viscères et de lapins coupeurs de tête. Forcément qu'ils ont la trouille. La citrouille même.
Revenons-en à nos moutons ou plutôt à nos frères humains. J'ai déjà dû utilisé cette astuce et ce jeu de mots une fois dans ma vie, si quelqu'un retrouve où un jour, je me promets de lui offrir mon prépuce dédicacé. Une des notions les plus prégnantes dans notre société d'illétrés heureux est la notion de tolérance. Notion que je n'ai jamais réellement comprise tant les têtes pensantes actuelles pensent plus à se tirer sur les rotules et sur les glandes séminales (qui a dit testicule ?) qu'à traiter en profondeur et avec du temps devant eux des sujets qu'ils survolent en essayant toujours de trouver la phrase qui fera mouche et qui ne pourra pas être détourné sur internet ou à la une de quelconque canard satirique. J'ai donc décidé de faire des recherches en amont de ma méconnaissance et avec l'aval de ma conscience. J'ai donc été sur wikipédia :
Selon le grand auteur Wikipédia, la tolérance est : la vertu qui porte à accepter ce que l'on n'accepterait pas spontanément. C'est aussi la vertu qui se porte à se montrer vigilant tant envers l'intolérance qu'envers l'intolérable.
L'article nous explique que cette notion "s'applique à de nombreux domaines"
A un moment, y'a même Locke (le vrai pas le chauve handicapé de Lost) qui intervient pour dire en bon mort qu'il est désormais : "tolérer, c'est cesser de combattre ce qu'on ne peut changer"...ou comment toute la vie perd son sens. Même si évidemment, toutes les mesures qui entourent cette phrase ne sont pas là et je suis certain que Johnny ne donnait raison à cette sentence que dans une région bien spécifique.
M'enfin...je n'en sais pas beaucoup plus...tolérer, cela serait plutôt que de courber l'échine...simplement faire le dos rond...bien
Mais mes recherches ne s'arrêtent pas là ! Pris dans une fièvre savante absolument extrême, je fouille dans mes vieux ouvrages et autres traités d'alchimie épargnés par l'incendie de 1931, je me rends ensuite à la bibliothèque nationale d'Exeter où je rencontre Marta que je sodomise avec préservatif quelques heures plus tard (elle m'avait pris pour le fils de Kévin Costner) et après avoir éteint la télé et mis le son moins fort, je baisse les yeux vers mon armoire branlante et m'empare d'un tome de la Nouvelle Encyclopédie B*****
Sur la couverture, on peut lire au-delà du titre, ces inscriptions que je trouve excessivement douces :
X
tigron
____
zithum
C'est le bon bouquin, je suis sur la bonne voie et la nuit tombe dans mon verre d'absinthe.
Tolérance : (voir : lâcheté) hm pardon : (putain, c'est blindé de photos de l'Eurotunnel...il fallait bien se faire un peu de pub à l'époque...d'autant que c'était un gouffre financier sans fond)(il y aussi des photos de nègres et de chefs d'Etat...et de chefs d'Etat nègres)(y'a aussi un portrait de Tolstoï par Kamskoï où il ressemble à Florent Pagny)(y'a aussi des japonais et une toile merdique de Tobey)hmmmmmmmmmm
Tolérance : au sens large, action d'admettre sans réaction ou représailles...voir prostitution. Maisons de tolérance...
Un jour alors que j'essayais par d'incessantes contractions du bassin d'élargir au maximum ma zone rectale afin d'en expier quelques pièces bien senties, j'ai feuilleté un recueil de mots croisés de ma mère (c'est une vraie championne à ce machin) et je suis tombé sur cette phrase d'Arletti à propos de la fermeture des maisons closes : "Ils veulent fermer les maisons closes ? Mais c'est plus qu'un crime, c'est un pléonasme !"
J'ai trouvé ça drôle, j'espère que vous aussi. Tout ça pour dire que l'encyclopédie ne m'a pas vraiment aidé même si cette définition va plus dans mon sens que dans le sens que veut en donner la société : action d'admettre sans réaction ou représailles...VERTU d'accepter ce que l'on accepterait pas spontanément. En gros, on peut tolérer le bagne. Et pourtant ma mère et à la télé on nous dit : "Il faut tolérer le Noir, l'Arabe, le Polonais et l'Italien, il faut être tolérant"...mais être tolérant, ça veut dire qu'au départ ils nous emmerdent...c'est horrible d'être tolérant, être tolérant c'est être raciste et se taire...je n'ai pas envie d'être tolérant, j'ai envie d'être humain. Il y a bien évidemment des éléments perturbateurs dans chacune de ces souches ethniques et c'est eux que je dois tolérer...pas le reste...enfin...je dois tolérer les cons aussi...mais je fais ça spontanément. J'aime mon prochain spontanément comme je peux m'en foutre quand il passe à côté. Tolérance zéro : Amour 1...
Enfin je ne sais plus ce que je tolère et ce que je ne tolère pas et je me dis que ça va bien à l'homme de tolérer...d'être ce criminel silencieux qui ne rend jamais de comptes, d'être cette bête au palais froid qui cesse le combat, d'être cette poupée désarticulée qui saute par la fenêtre sans emporter le patron avec...
L'Homme du 21ème siècle est un accomodant, il est petit bras, il veut faire la révolution en restant dans sa chambre...un peu comme moi vous me direz mais moi j'ai choisi de faire avant tout le ménage en moi-même avant de peut-être m'attaquer à quelque tour d'argent...l'Homme d'aujourd'hui est monstrueusement tolérant et c'est intolérable...il tolère son racisme, les guerres qui se font à l'autre bout du monde, les landaux que l'on pousse sur les rails, les armes bactériologiques, sa foi en Dieu se réactivant tous les dimanche et s'éteignant à la première goutte de bière, ces programmes télévisuels indigestes où Machin va manger avec Machine et/où Machine essaie de rencontrer des mâles en mal d'amour et bon Dieu que c'est magnifique, l'amour c'est beau et la vie est une expérience formidable, oui, ça fait du bien de vivre des choses vraies pour une fois, surtout avec une caméra DV tenu par un pervers limpide au CV taillé dans le cristal, surtout avec en fond sonore un Coldplay d'il y a cinq ans et la voix-off d'une femme qui fait tout pour vous ressembler mais qui vendrait un rein pour tourner dans le prochain film de je ne sais quel crétin tout juste capable de reproduire le plus mauvais des Truffaut...il tolère le décolleté de sa fille de dix ans, le réchauffement climatique, le pathétisme de Yann Moix, les propos débilisés de TOUT CE BEAU MONDE DANSANT DANS LE PETIT ECRAN...il tolère tout cela..."putain c'était grave bien ce moment passé avec toi"...on a perdu notre langue, elle nettoie les chiottes d'un hôtel de luxe de Bombay...pas loin des ruines appelées villages occupées par les Intouchables qui ne sont tout sauf tolérer, ils existent autant que des mouches sur un pare brise, à peine le temps de s'apercevoir qu'une aile bat encore que déjà un des balais de l'essuie glace l'envoie valser près des trottoirs déglingués à frapper des femmes qui n'en sont pas encore...
Je ne suis pas très tolérant. Je prie pour ne pas être le seul tout en sachant que Locke aura raison au soir de ma mort. Je prie pour que la prochaine main qui tambourinera à ma porte connaisse un jour un ouvrage de Pascal (je suis français moi monsieur) autant que le corps d'une virtuelle*
* l'on peut aussi, évidemment, miser sur la chance et se dire que ce minot symbole aura droit à sa part charnelle
La tolérance ?
C'est la lâcheté qui s'habille de vertu
Charlie B.
éthymologiquement parlant
tolérer vient de supporter
sans rien dire il supporte
la télé qui va trop forte
et ce truc qui souffre là-bas ...pourtant
c'est papa, le cancer de maman
///////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////:://///////////////////////////////////
AVEZ-VOUS EU ASSEZ PEUR POUR CE SOIR AHAHAHAHAHAHAHAH !
Tout de suite, un bonus non autorisé mais fort joli :
Une fortune de mer, Christophe Miossec
Revenons-en à nos moutons ou plutôt à nos frères humains. J'ai déjà dû utilisé cette astuce et ce jeu de mots une fois dans ma vie, si quelqu'un retrouve où un jour, je me promets de lui offrir mon prépuce dédicacé. Une des notions les plus prégnantes dans notre société d'illétrés heureux est la notion de tolérance. Notion que je n'ai jamais réellement comprise tant les têtes pensantes actuelles pensent plus à se tirer sur les rotules et sur les glandes séminales (qui a dit testicule ?) qu'à traiter en profondeur et avec du temps devant eux des sujets qu'ils survolent en essayant toujours de trouver la phrase qui fera mouche et qui ne pourra pas être détourné sur internet ou à la une de quelconque canard satirique. J'ai donc décidé de faire des recherches en amont de ma méconnaissance et avec l'aval de ma conscience. J'ai donc été sur wikipédia :
Selon le grand auteur Wikipédia, la tolérance est : la vertu qui porte à accepter ce que l'on n'accepterait pas spontanément. C'est aussi la vertu qui se porte à se montrer vigilant tant envers l'intolérance qu'envers l'intolérable.
L'article nous explique que cette notion "s'applique à de nombreux domaines"
A un moment, y'a même Locke (le vrai pas le chauve handicapé de Lost) qui intervient pour dire en bon mort qu'il est désormais : "tolérer, c'est cesser de combattre ce qu'on ne peut changer"...ou comment toute la vie perd son sens. Même si évidemment, toutes les mesures qui entourent cette phrase ne sont pas là et je suis certain que Johnny ne donnait raison à cette sentence que dans une région bien spécifique.
M'enfin...je n'en sais pas beaucoup plus...tolérer, cela serait plutôt que de courber l'échine...simplement faire le dos rond...bien
Mais mes recherches ne s'arrêtent pas là ! Pris dans une fièvre savante absolument extrême, je fouille dans mes vieux ouvrages et autres traités d'alchimie épargnés par l'incendie de 1931, je me rends ensuite à la bibliothèque nationale d'Exeter où je rencontre Marta que je sodomise avec préservatif quelques heures plus tard (elle m'avait pris pour le fils de Kévin Costner) et après avoir éteint la télé et mis le son moins fort, je baisse les yeux vers mon armoire branlante et m'empare d'un tome de la Nouvelle Encyclopédie B*****
Sur la couverture, on peut lire au-delà du titre, ces inscriptions que je trouve excessivement douces :
X
tigron
____
zithum
C'est le bon bouquin, je suis sur la bonne voie et la nuit tombe dans mon verre d'absinthe.
Tolérance : (voir : lâcheté) hm pardon : (putain, c'est blindé de photos de l'Eurotunnel...il fallait bien se faire un peu de pub à l'époque...d'autant que c'était un gouffre financier sans fond)(il y aussi des photos de nègres et de chefs d'Etat...et de chefs d'Etat nègres)(y'a aussi un portrait de Tolstoï par Kamskoï où il ressemble à Florent Pagny)(y'a aussi des japonais et une toile merdique de Tobey)hmmmmmmmmmm
Tolérance : au sens large, action d'admettre sans réaction ou représailles...voir prostitution. Maisons de tolérance...
Un jour alors que j'essayais par d'incessantes contractions du bassin d'élargir au maximum ma zone rectale afin d'en expier quelques pièces bien senties, j'ai feuilleté un recueil de mots croisés de ma mère (c'est une vraie championne à ce machin) et je suis tombé sur cette phrase d'Arletti à propos de la fermeture des maisons closes : "Ils veulent fermer les maisons closes ? Mais c'est plus qu'un crime, c'est un pléonasme !"
J'ai trouvé ça drôle, j'espère que vous aussi. Tout ça pour dire que l'encyclopédie ne m'a pas vraiment aidé même si cette définition va plus dans mon sens que dans le sens que veut en donner la société : action d'admettre sans réaction ou représailles...VERTU d'accepter ce que l'on accepterait pas spontanément. En gros, on peut tolérer le bagne. Et pourtant ma mère et à la télé on nous dit : "Il faut tolérer le Noir, l'Arabe, le Polonais et l'Italien, il faut être tolérant"...mais être tolérant, ça veut dire qu'au départ ils nous emmerdent...c'est horrible d'être tolérant, être tolérant c'est être raciste et se taire...je n'ai pas envie d'être tolérant, j'ai envie d'être humain. Il y a bien évidemment des éléments perturbateurs dans chacune de ces souches ethniques et c'est eux que je dois tolérer...pas le reste...enfin...je dois tolérer les cons aussi...mais je fais ça spontanément. J'aime mon prochain spontanément comme je peux m'en foutre quand il passe à côté. Tolérance zéro : Amour 1...
Enfin je ne sais plus ce que je tolère et ce que je ne tolère pas et je me dis que ça va bien à l'homme de tolérer...d'être ce criminel silencieux qui ne rend jamais de comptes, d'être cette bête au palais froid qui cesse le combat, d'être cette poupée désarticulée qui saute par la fenêtre sans emporter le patron avec...
L'Homme du 21ème siècle est un accomodant, il est petit bras, il veut faire la révolution en restant dans sa chambre...un peu comme moi vous me direz mais moi j'ai choisi de faire avant tout le ménage en moi-même avant de peut-être m'attaquer à quelque tour d'argent...l'Homme d'aujourd'hui est monstrueusement tolérant et c'est intolérable...il tolère son racisme, les guerres qui se font à l'autre bout du monde, les landaux que l'on pousse sur les rails, les armes bactériologiques, sa foi en Dieu se réactivant tous les dimanche et s'éteignant à la première goutte de bière, ces programmes télévisuels indigestes où Machin va manger avec Machine et/où Machine essaie de rencontrer des mâles en mal d'amour et bon Dieu que c'est magnifique, l'amour c'est beau et la vie est une expérience formidable, oui, ça fait du bien de vivre des choses vraies pour une fois, surtout avec une caméra DV tenu par un pervers limpide au CV taillé dans le cristal, surtout avec en fond sonore un Coldplay d'il y a cinq ans et la voix-off d'une femme qui fait tout pour vous ressembler mais qui vendrait un rein pour tourner dans le prochain film de je ne sais quel crétin tout juste capable de reproduire le plus mauvais des Truffaut...il tolère le décolleté de sa fille de dix ans, le réchauffement climatique, le pathétisme de Yann Moix, les propos débilisés de TOUT CE BEAU MONDE DANSANT DANS LE PETIT ECRAN...il tolère tout cela..."putain c'était grave bien ce moment passé avec toi"...on a perdu notre langue, elle nettoie les chiottes d'un hôtel de luxe de Bombay...pas loin des ruines appelées villages occupées par les Intouchables qui ne sont tout sauf tolérer, ils existent autant que des mouches sur un pare brise, à peine le temps de s'apercevoir qu'une aile bat encore que déjà un des balais de l'essuie glace l'envoie valser près des trottoirs déglingués à frapper des femmes qui n'en sont pas encore...
Je ne suis pas très tolérant. Je prie pour ne pas être le seul tout en sachant que Locke aura raison au soir de ma mort. Je prie pour que la prochaine main qui tambourinera à ma porte connaisse un jour un ouvrage de Pascal (je suis français moi monsieur) autant que le corps d'une virtuelle*
* l'on peut aussi, évidemment, miser sur la chance et se dire que ce minot symbole aura droit à sa part charnelle
La tolérance ?
C'est la lâcheté qui s'habille de vertu
Charlie B.
éthymologiquement parlant
tolérer vient de supporter
sans rien dire il supporte
la télé qui va trop forte
et ce truc qui souffre là-bas ...pourtant
c'est papa, le cancer de maman
///////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////:://///////////////////////////////////
AVEZ-VOUS EU ASSEZ PEUR POUR CE SOIR AHAHAHAHAHAHAHAH !
Tout de suite, un bonus non autorisé mais fort joli :
Une fortune de mer, Christophe Miossec
Une fortune de mer
Qui dérive dans les rouleaux
En fredonnant un air
Qui rappelle la douceur de tes mots
Une fortune de mer
Tout au large de Concarneau
Qui ne sait plus trop quoi faire
Pour que tu le remorques à nouveau
Une fortune de mer
Au beau milieu de l'Atlantique
Sur qui s'abat le tonnerre
La douleur est parfois magnifique
Une fortune de mer
Une épave sur les flots
Dis-moi à quoi ça sert
De m'être accroché à ta peau
Un homme qui récite des prières
Pour que tu reviennes à nouveau
J'aurais dû le faire avant-hier
Mais je n'ai pas su trouver les mots
Je t'ai perdue Esther
Et je me suis jeté dans les flots
Et j'ai rejoint la mer
Tout au large de Concarneau
Esther Esther Esther
mercredi 21 octobre 2009
Le temps n'attend personne
La rue est claire, électrique. A l'intérieur, d'inconcevables litanies de passants. Des enfants flippés et sous calmants, des femmes dépravée par l'absence d'amour, des hommes aux sourires effacés. Ils passent devant moi et je suis sûr de ne jamais les revoir. Je suis un pick-pocket, mon métier, si on peut appeler ça un métier, est de vous vider les poches en un éclair. J'officie à Montmartre depuis deux ans, c'est un bon coin, je dois à être le seul pick-pocket à exercer là-bas, la plupart se cantonant aux quais de métro et à d'autres points névralgiques de la capitale, comme les Champs ou le Trocadéro. Ne m'en voulez pas, il faut bien que je vive et je sais ça mieux que personne. Je ne garde toujours que l'argent liquide, laissant les cartes de crédit et autres pièces d'identité dans de grandes enveloppes cartonnées que je glisse dans la boîte aux lettres la plus proche. Ainsi, quelques jours plus tard, la "victime" récupère ses papiers les plus précieux et je garde bonne conscience.
lundi 19 octobre 2009
Tomber dans les feuilles par un soir d'octobre
Une journée morte et la nuit bleue acier pianote à ma fenêtre,
Les notes sont douces, savoureuses, comme j'aimerais que tu reviennes,
C'est un délit de passer l'hiver seul, cela rend trop amer,
Cela rend froid, même les lampadaires aux lourds globes de cristal
Ont froids ces soirs-là, ils espèrent éclairer les pas d'une jeune fille,
Celle qu'ils méneraient en rêve vers leur lit,
Celle dont il serrerait le sein jusqu'à ce que le jour crève.
Les notes sont douces, savoureuses, comme j'aimerais que tu reviennes,
C'est un délit de passer l'hiver seul, cela rend trop amer,
Cela rend froid, même les lampadaires aux lourds globes de cristal
Ont froids ces soirs-là, ils espèrent éclairer les pas d'une jeune fille,
Celle qu'ils méneraient en rêve vers leur lit,
Celle dont il serrerait le sein jusqu'à ce que le jour crève.
mardi 13 octobre 2009
Elle m'a fait ce regard
Jennifer, une jolie blonde, élancée, mannequine ou presque, m'a un jour livré une prophétie :
La femme de ta vie aura les cheveux bouclés.
Et depuis ce jour, inconsciemment ou consciemment, je vis en me penchant un peu plus tendrement à chaque fois sur les porteuses de boucles brunes (car je n'aime que les brunes).
J'étais donc dans mon train, comme toujours, quand mes yeux croisèrent le visage délicat de cette fille aux teint doux et aux boucles parfaites. Je la trouvais jolie, très jolie et par instinct et pour ne pas la perdre des yeux, je décidai de m'installer à un siège d'elle à côté d'un vénérable homme de couleur. Le voyage perdura et malheureusement, une blonde s'était immiscée en prenant l'unique place qui nous séparait. Je l'avais donc un peu oublié, ne pouvant plus la voir et écoutant ma musique (Lisa Gerrard) et lisant mon livre (L'ombre venue de l'espace, nouvelle écrite à "quatre mains" par feu Lovecraft et feu August Derleth). On annonçait mon gare, je me levais, la cherchant définitivement. Elle ne jugea pas bon de lever les cils vers moi et je dus bon gré mal gré descendre sur le quai. Je marche et naïvement je regarde une dernière fois vers la fenêtre, autant dire vers elle. Et là, merde, elle me regardait, ses deux yeux pleins étaient plantés dans les miens alors que les portes se fermaient et que les différentes mécaniques assurant le mouvement se mettaient à nouveau en branle. Elle me regardait intensément, petits yeux chauds, comme une mère, une soeur, une amante, un amour de jeunesse, un amour tout court, la solution finale. C'était chose horrible, il faut le dire, que de me dévisager ainsi, sachant que j'allais l'aimer immédiatement. Je l'aimais, je l'aimais comme la vie, comme ce qu'est la vie, cette quête ridicule de ces mêmes yeux, de ce rêve de paix constante qu'il y a dans les yeux des femmes. Elle savait qu'elle incarnait cela, en partant vers l'infini, vers des destinations froides que je ne veux pas connaître, elle savait que j'allais tout faire désormais pour la retrouver. Elle savait que j'allais être obsédé, amoureux, possédé, détroussé de mes forces par la douceur de son regard. Elle savait tout cela et elle l'a fait car elle voulait ma mort, car elles veulent ma mort.
La femme de ta vie aura les cheveux bouclés.
Et depuis ce jour, inconsciemment ou consciemment, je vis en me penchant un peu plus tendrement à chaque fois sur les porteuses de boucles brunes (car je n'aime que les brunes).
J'étais donc dans mon train, comme toujours, quand mes yeux croisèrent le visage délicat de cette fille aux teint doux et aux boucles parfaites. Je la trouvais jolie, très jolie et par instinct et pour ne pas la perdre des yeux, je décidai de m'installer à un siège d'elle à côté d'un vénérable homme de couleur. Le voyage perdura et malheureusement, une blonde s'était immiscée en prenant l'unique place qui nous séparait. Je l'avais donc un peu oublié, ne pouvant plus la voir et écoutant ma musique (Lisa Gerrard) et lisant mon livre (L'ombre venue de l'espace, nouvelle écrite à "quatre mains" par feu Lovecraft et feu August Derleth). On annonçait mon gare, je me levais, la cherchant définitivement. Elle ne jugea pas bon de lever les cils vers moi et je dus bon gré mal gré descendre sur le quai. Je marche et naïvement je regarde une dernière fois vers la fenêtre, autant dire vers elle. Et là, merde, elle me regardait, ses deux yeux pleins étaient plantés dans les miens alors que les portes se fermaient et que les différentes mécaniques assurant le mouvement se mettaient à nouveau en branle. Elle me regardait intensément, petits yeux chauds, comme une mère, une soeur, une amante, un amour de jeunesse, un amour tout court, la solution finale. C'était chose horrible, il faut le dire, que de me dévisager ainsi, sachant que j'allais l'aimer immédiatement. Je l'aimais, je l'aimais comme la vie, comme ce qu'est la vie, cette quête ridicule de ces mêmes yeux, de ce rêve de paix constante qu'il y a dans les yeux des femmes. Elle savait qu'elle incarnait cela, en partant vers l'infini, vers des destinations froides que je ne veux pas connaître, elle savait que j'allais tout faire désormais pour la retrouver. Elle savait que j'allais être obsédé, amoureux, possédé, détroussé de mes forces par la douceur de son regard. Elle savait tout cela et elle l'a fait car elle voulait ma mort, car elles veulent ma mort.
jeudi 1 octobre 2009
Parage.
Je ne sais pas vraiment par où commencer cette histoire, tant elle est invraisemblable et tant il me semble qu'il y aurait besoin de s'attarder sur tous les moindres petits détails de mon existence pour espérer peut-être la comprendre un peu mieux. Toujours est-il qu'elle est horrible et que c'est au prix de fièvres et autres vomissements sûrement récurrents (ne vous en faites pas, ici, il n'y aura que le récit, les quelques désagréments liés à sa conception vous seront épargnés) que je m'en vais vous la retranscrire le plus fidèlement qui soit. Encore qu'il faille se méfier de moi également tant mon esprit a du mal à se fixer ces derniers temps, il faut dire que je suis dans un état de nerfs relativement instable depuis la fin de cette histoire et que si je l'écris, c'est uniquement avec l'espoir que ça puisse faire cesser mes migraines incessantes. Mais mes maux de tête sont sûrement des préoccupations mineures pour vous et je m'en vais de ce pas entrer dans le vif du sujet. Je crois être le dernier témoin encore en état d'exprimer ce qu'il ressent vis à vis de tout cela alors je suis désolé si à cause de moi et de ma piètre qualité de rédacteur, vous vous sentez perdu parfois ou pire, si vous vous ennuyez. Peut-être que plus tard un auteur courageux reprendra mon récit pour le tremper dans une sauce plus commerciale mais je doute que quelqu'un veuille reprendre quelque chose d'aussi sale, quelque chose d'aussi dérangé, à moins de vouloir avoir du sang sur les mains ou être désireux de s'attirer l'amitié de quelques mauvais esprits. Car on ne sort pas indemne de ce manège-là, non croyez-moi mais je sais que vous êtes suffisamment habitué à l'horreur pour ne pas vous sentir totalement ravagé par cette lecture. Et puis après tout et comme je vous l'ai déjà dit, je ne fais ça que pour moi, en espérant que ça puisse m'aider à me sentir mieux, en espérant que le crachat de toute cette folie macabre réparera quelque chose en moi. Les psychologues ne comprendraient pas, j'ai perdu mes amis et mon frère, alors le livre.
Je vais tout d'abord m'attarder sur le premier fait plutôt traumatisant de mon existence car je pense qu'il a sa place, si non dans l'intrigue, au moins dans une certaine prédestination chez moi à être témoin de l'impossible. J'avais seize ans à l'époque, gamin plutôt réservé mais pas exclu, et même si je savais à ce moment-là très peu de choses sur moi ou sur les autres, ce dont j'étais absolument sûr, c'était que j'étais amoureux de Lisa Garland. Une fille comme en fait plus, sorte d'amalgame parfait entre le chat et la femme, petit être qui au travers de toutes ses attitudes, transportait quelque chose d'irrésistible. C'était la fille qu'il me fallait, elle me mettait du soleil dans les yeux sans même avoir à me regarder, elle semblait fragile et forte à la fois, elle semblait n'être capable que du meilleur, elle semblait avoir été conçu pour me faire du bien et uniquement du bien. Tous les jours j'espérais qu'elle remarque cette chose qui brûlait en moi, qu'elle devine derrière ma peau mon coeur transformé en un morceau de roche en fusion. Qu'elle lise dans mes yeux les cascades de feu qu'elle faisait naître, bref, qu'elle comprenne comme dans un rêve et sans qu'un seul mot soit dit car j'en étais incapable. Mais comme cette histoire prend plus l'allure du cauchemar dans sa finalité, elle ne le comprit pas et c'est tout naturellement qu'elle se tourna vers l'un de mes amis, l'intello de la classe, Steven Nolan. Steven Nolan plutôt que moi, quelle déconfiture ! Il est pourtant normal qu'elle l'ai choisi lui car derrière ses bonnes notes obtenues sans même avoir eu l'air de réfléchir une seule fois, comme si tout était acquis, il était aussi assez bon orateur et avait la discussion facile. Bref, il parlait, il était tranquille, moi je ne parlais pas, j'étais tracassé. A cet âge-là, tout se résumait ainsi et il paraissait juste et ce malgré toute l'intensité et toute la lumière mise dans mon sentiment que Steven reparte avec Lisa à la fin de la foire. La foire en l'occurrence c'était l'année scolaire et sa fin approchait à grands pas, je ne devais pas avoir l'air très net à cette époque-là de cette année-ci. Je devais en vouloir énormément à Steven sans pour autant lui avoir avouer quoi que ce soit concernant Lisa parce que c'était à elle et à personne d'autres que je devais le dire, je devais être irascible avec tout le monde sauf avec elle, une véritable lavette, un nounours sans âme. Le seuil critique était depuis longtemps atteint et j'étais en train de réaliser qu'il allait falloir que j' agisse si je voulais que la situation tourne en ma faveur. Un soir d'avril donc, après une journée, le jeudi, je m'en souviens parce que le jeudi j'avais trois heures d'affilée juste à côté de Lisa. Je m'étais dit : « Embrasse-la, à la fin de cette heure, tu l'embrasses » la sueur me montait, la passion me brûlait les tympans, ma gorge était sèche alors je me disais : « Tu ne vas pas l'embrasser avec la gorge sèche, elle va t'en vouloir toute ta vie pour ce baiser tout sec » alors j'attendais que ma bouche se réhydrate, je léchais mes lèvres tout en faisant bien attention à ce qu'elle ne remarque rien, elle était si belle, ce n'était pas humain, à mon âge, c'était normal de ne pas tenir et de ne pas savoir quoi faire, c'était comme si une créature s'était échappée du paradis et qu'il fallait la traiter comme les autres, c'était impossible, ange elle était, ange elle restera. Et les anges n'ont pas de sexe, la sonnerie, violente et salvatrice, vrilla dans toutes les classes et couloirs. Ce ne serait pas pour aujourd'hui, j'étais confus, à la fois malheureux de ne pas avoir osé , à la fois content d'avoir encore toutes mes chances. Elle, elle ne voyait rien de tout cet atermoiement, de toute ces folles machinations qui se faisaient dans mon esprit avec comme point de mire, le rose de ses lèvres. Elle partit sans me dire au revoir, j'étais affligé, je ne pouvais plus, il fallait que je le dise, il fallait que j'avoue mon amour pour elle. Je pris donc la décision d'en parler à Steve après les cours, il finissait une heure après les cours, pas grave je l'attendrais.
Si toutes ces circonvolutions estudiantines à deux sous ne vous intéressent pas je n'y peux rien, j'ai besoin de souffler encore une dernière fois avant d'attaquer le dur et ces souvenirs, même cruels, me paraissent d'une douceur infinie comparée au reste.
Ma carcasse s'affala dans un couloir voisin. Tout n'était que bois et mauvais plâtre, enfin, ça n'était ni du bois ni du plâtre mais ça y ressemblait, des lattes au sol, aux murs, peut-être même au plafond, il n'y avait bien que des étudiants pour vivre là-dedans. Une demi-heure passa, mes émotions s'étaient au quatre coins de mon cerveau, j'avais un peu oublié ce qui s'était passé et pourquoi j'étais là, j'attendais Steve et mon walkman balançait la compote à la mode de je ne sais plus quel groupe dans je ne sais plus quel genre. Comme souvent, j'arrivais à me distraire assez rapidement de la réalité abrupte des choses, j'arrivais à me foutre du baume au coeur grâce à telle ou telle branche rattrapée, je me disais que j'avais mal interprété l'un de ses regards et qu'elle aussi sans doute ne pensait qu'à m'embrasser cet après-midi, je me disais que rien n'était joué, que demain il se passera quelque chose d'extrêmement et que toutes mes peurs seront dépassées. Je me trompais, il n'y aurait pas de demain, Lisa s'installa à quelques mètres de moi. Mon coeur a bondi comme singe en cage,
elle était là pour moi, pour sa déclaration. Cette idée s'effaça aussi rapidement qu'elle était apparue pour laisser place à l'amère vérité, elle attendait Steven elle aussi. Je n'avais donc plus aucune raison d'être dans ce couloir. Nous n'allions pas pouvoir être tous les trois ensemble. Je ne peux pas avouer mon amour pour Lisa si Lisa est juste à côté de moi. J'étais piégé, il me fallait maintenant un prétexte pour attendre Steven sans pour autant devoir rentrer avec lui. Je rêvais que j'étais doué de super-pouvoirs et que je pouvais me volatiliser en un instant. La sonnerie, encore plus violente qu'il y a une heure, se fit entendre, j'étais foutu. La porte de la classe s'ouvrit, inutile de dire que d'ici là ni Lisa ni moi ne nous étions adressé un seul regard. Frédéric Temple fut le premier à sortir le sourire jusqu'aux dents de me voir moi, son seul « ami » l'ayant attendu. En temps normal c'est à dire sans Lisa dans les parages, j'aurais tout fait pour qu'il disparaisse lui aussi et qu'on ne me voit pas à ses côtés mais l'occasion était trop belle. Il me sauvait la mise aux yeux de Lisa et j'étais sûr que Steven ne m'en voudrait pas. La joie et la décontraction de cet heureux hasard furent cependant de courte durée car c'est par un baiser long et profond que Lisa et Steven s'étaient rejoints. Ils s'embrassaient sous mes yeux, mon ami et la fille que j'aimais et je n'existais plus, ni pour eux, ni pour moi. Frédéric posa sa main sur mon épaule et dit : « Bon ben on va y aller non, faudrait pas déranger les amoureux ». Cette déclaration me fit encore plus mal que le spectacle salivaire auquel se livrait Monsieur et Madame car elle avait le tort de me sortir du choc, de la violence, de la putain d'impossibilité de tout cela en mettant des mots par dessus. C'était donc vrai, ma vie était foutue. Il faut malgré tout remercier Frédéric qui a toujours su alors que je le traitais comme un rien, que j'étais amoureux de Lisa et que j'en souffrirais et qui a veillé à ce qu'on fuit mon charnier passionnel le plus vite possible. Nous rentrâmes silencieux et ses rares tentatives d'apaisement échouèrent dans l'amertume, lourde mais anesthésiante, que je portais comme un manteau ce soir-là. Il n'y avait plus d'avril, tout était mort, j'en étais sûr. Il n'y avait plus que l'inéluctable fait que personne en ce bas-monde n'oserait jamais m'aimer même pas un peu. Je me disais : « C'était la seule et elle n'est plus, tu aurais dû l'embrasser cette après-midi, ça aurait tout changé, pauvre idiot ! ». Il n'y avait pas place en moi pour le bonheur ou la faute des autres, bonheur d'oser entre eux, faute de ne pas voir que je risquais d'en souffrir. Encore qu'ils ont dû le voir mais qui sont encore ces gens qui sacrifient un baiser presque acquis simplement parce qu'un troisième risque de mourir de ne jamais l'avoir. S'aimer, c'est forcément en faire souffrir un troisième. Que ce troisième soit connu ou non, juste ou non dans son amour.
D'ailleurs j'en profite ici pour dire et parce que ces histoires de coeur m'ont toujours attendries qu'un amour qui ne s'avoue pas n'est pas un amour juste, il est injuste vis à vis de l'amoureux et vis à vis de celle qu'il aime car si jamais cet amour est le vrai, pourquoi ne pas le donner directement à l'aimer, si elle n'attend que ça !
Trêve d'enfantillages ! J'arrive chez moi et mécaniquement, je prends le téléphone. « Je peux passer...tu es seul ? » « Oui pas de problème ». Après un dîner à peine considéré, je vais par la rue, observé par les dernières sursauts d'orgueil de ce soleil couchant, rue qui me sépare de la maison familiale des Nolan, maison avec tout ce qu'il faut de perron et de blanches façades, maison dupliquée pendant plusieurs kilomètres, nous sommes dans une cité résidentielle banale dans une ville banale où malgré tout les coeurs arrivent à chavirer et où même pour les plus jeunes des merveilles de tragique peuvent apparaître. Je sonne, pas de réponse, la chambre de Steven est allumée mais le reste est dans le noir, je sonne encore, pas de réponde, je frappe à la porte, même résultat, les parents de Steven doivent être sortis et cet idiot écoute encore la musique trop fort. Je pousse la porte, miracle, elle était déjà ouverte, j'appelle « Il y a quelqu'un ? Steven ? », toujours rien. Je sens tout de même une présence sur ma droite dans le coin cuisine. C'est difficile à dire mais je sens qu'il y a quelque chose de vivant dans ce coin-là mais il fait déjà trop sombre pour y voir quoi que ce soit, comme si la nuit d'avril s'était changée en nuit de janvier. J'aperçois une ombre à ma droite, peut-être le chat ou un gros fruit. A tâtons et alors que je ne sais plus vraiment ce que je fais là, mes doigts arrivent à renverser l'un des interrupteurs simulant le jour dans la pièce vide. Car il est sûr désormais qu'elle est vide, il n'y a personne dedans, il n'y a qu'une seule chose qui dénote c'est cette grosse masse sombre posée sur la table. Sans le vouloir vraiment mais curieux, voulant savoir, m'assurer que non ça ne peut pas être ça, je fais le tour de la table jusqu'à arriver en face de cette masse. Je regarde mes pieds tout d'abord, je viens de marcher dans une fine flaque de sang. Mes yeux remontent jusqu'à d'autres yeux, écarquillés et fous. Je me recule, la masse sombre et comme vivante n'était rien d'autre qu'une tête tranchée et pas n'importe quelle tête, celle du père de Steven. Je me dis : « Ce n'est pas possible, c'est sûrement une farce, ils ont dû confectionner ce masque eux-mêmes avec une citrouille et un peu de peinture », cette idée encore une fois ne tient pas devant la funeste découverte, on ne peut pas reproduire à l'identique toutes les rides, toutes les pliures, toutes les veines d'un visage humain, on ne peut pas. Après avoir bien détaillé ce visage épouvanté et détaché de son corps, mon sang froid s'éclipsa et je jugeais bon de faire de même. Je n'eus même pas le temps de reprendre mon souffle que j'étais chez moi en sueurs, mon père me fixant d'un drôle d'oeil.
Je vais tout d'abord m'attarder sur le premier fait plutôt traumatisant de mon existence car je pense qu'il a sa place, si non dans l'intrigue, au moins dans une certaine prédestination chez moi à être témoin de l'impossible. J'avais seize ans à l'époque, gamin plutôt réservé mais pas exclu, et même si je savais à ce moment-là très peu de choses sur moi ou sur les autres, ce dont j'étais absolument sûr, c'était que j'étais amoureux de Lisa Garland. Une fille comme en fait plus, sorte d'amalgame parfait entre le chat et la femme, petit être qui au travers de toutes ses attitudes, transportait quelque chose d'irrésistible. C'était la fille qu'il me fallait, elle me mettait du soleil dans les yeux sans même avoir à me regarder, elle semblait fragile et forte à la fois, elle semblait n'être capable que du meilleur, elle semblait avoir été conçu pour me faire du bien et uniquement du bien. Tous les jours j'espérais qu'elle remarque cette chose qui brûlait en moi, qu'elle devine derrière ma peau mon coeur transformé en un morceau de roche en fusion. Qu'elle lise dans mes yeux les cascades de feu qu'elle faisait naître, bref, qu'elle comprenne comme dans un rêve et sans qu'un seul mot soit dit car j'en étais incapable. Mais comme cette histoire prend plus l'allure du cauchemar dans sa finalité, elle ne le comprit pas et c'est tout naturellement qu'elle se tourna vers l'un de mes amis, l'intello de la classe, Steven Nolan. Steven Nolan plutôt que moi, quelle déconfiture ! Il est pourtant normal qu'elle l'ai choisi lui car derrière ses bonnes notes obtenues sans même avoir eu l'air de réfléchir une seule fois, comme si tout était acquis, il était aussi assez bon orateur et avait la discussion facile. Bref, il parlait, il était tranquille, moi je ne parlais pas, j'étais tracassé. A cet âge-là, tout se résumait ainsi et il paraissait juste et ce malgré toute l'intensité et toute la lumière mise dans mon sentiment que Steven reparte avec Lisa à la fin de la foire. La foire en l'occurrence c'était l'année scolaire et sa fin approchait à grands pas, je ne devais pas avoir l'air très net à cette époque-là de cette année-ci. Je devais en vouloir énormément à Steven sans pour autant lui avoir avouer quoi que ce soit concernant Lisa parce que c'était à elle et à personne d'autres que je devais le dire, je devais être irascible avec tout le monde sauf avec elle, une véritable lavette, un nounours sans âme. Le seuil critique était depuis longtemps atteint et j'étais en train de réaliser qu'il allait falloir que j' agisse si je voulais que la situation tourne en ma faveur. Un soir d'avril donc, après une journée, le jeudi, je m'en souviens parce que le jeudi j'avais trois heures d'affilée juste à côté de Lisa. Je m'étais dit : « Embrasse-la, à la fin de cette heure, tu l'embrasses » la sueur me montait, la passion me brûlait les tympans, ma gorge était sèche alors je me disais : « Tu ne vas pas l'embrasser avec la gorge sèche, elle va t'en vouloir toute ta vie pour ce baiser tout sec » alors j'attendais que ma bouche se réhydrate, je léchais mes lèvres tout en faisant bien attention à ce qu'elle ne remarque rien, elle était si belle, ce n'était pas humain, à mon âge, c'était normal de ne pas tenir et de ne pas savoir quoi faire, c'était comme si une créature s'était échappée du paradis et qu'il fallait la traiter comme les autres, c'était impossible, ange elle était, ange elle restera. Et les anges n'ont pas de sexe, la sonnerie, violente et salvatrice, vrilla dans toutes les classes et couloirs. Ce ne serait pas pour aujourd'hui, j'étais confus, à la fois malheureux de ne pas avoir osé , à la fois content d'avoir encore toutes mes chances. Elle, elle ne voyait rien de tout cet atermoiement, de toute ces folles machinations qui se faisaient dans mon esprit avec comme point de mire, le rose de ses lèvres. Elle partit sans me dire au revoir, j'étais affligé, je ne pouvais plus, il fallait que je le dise, il fallait que j'avoue mon amour pour elle. Je pris donc la décision d'en parler à Steve après les cours, il finissait une heure après les cours, pas grave je l'attendrais.
Si toutes ces circonvolutions estudiantines à deux sous ne vous intéressent pas je n'y peux rien, j'ai besoin de souffler encore une dernière fois avant d'attaquer le dur et ces souvenirs, même cruels, me paraissent d'une douceur infinie comparée au reste.
Ma carcasse s'affala dans un couloir voisin. Tout n'était que bois et mauvais plâtre, enfin, ça n'était ni du bois ni du plâtre mais ça y ressemblait, des lattes au sol, aux murs, peut-être même au plafond, il n'y avait bien que des étudiants pour vivre là-dedans. Une demi-heure passa, mes émotions s'étaient au quatre coins de mon cerveau, j'avais un peu oublié ce qui s'était passé et pourquoi j'étais là, j'attendais Steve et mon walkman balançait la compote à la mode de je ne sais plus quel groupe dans je ne sais plus quel genre. Comme souvent, j'arrivais à me distraire assez rapidement de la réalité abrupte des choses, j'arrivais à me foutre du baume au coeur grâce à telle ou telle branche rattrapée, je me disais que j'avais mal interprété l'un de ses regards et qu'elle aussi sans doute ne pensait qu'à m'embrasser cet après-midi, je me disais que rien n'était joué, que demain il se passera quelque chose d'extrêmement et que toutes mes peurs seront dépassées. Je me trompais, il n'y aurait pas de demain, Lisa s'installa à quelques mètres de moi. Mon coeur a bondi comme singe en cage,
elle était là pour moi, pour sa déclaration. Cette idée s'effaça aussi rapidement qu'elle était apparue pour laisser place à l'amère vérité, elle attendait Steven elle aussi. Je n'avais donc plus aucune raison d'être dans ce couloir. Nous n'allions pas pouvoir être tous les trois ensemble. Je ne peux pas avouer mon amour pour Lisa si Lisa est juste à côté de moi. J'étais piégé, il me fallait maintenant un prétexte pour attendre Steven sans pour autant devoir rentrer avec lui. Je rêvais que j'étais doué de super-pouvoirs et que je pouvais me volatiliser en un instant. La sonnerie, encore plus violente qu'il y a une heure, se fit entendre, j'étais foutu. La porte de la classe s'ouvrit, inutile de dire que d'ici là ni Lisa ni moi ne nous étions adressé un seul regard. Frédéric Temple fut le premier à sortir le sourire jusqu'aux dents de me voir moi, son seul « ami » l'ayant attendu. En temps normal c'est à dire sans Lisa dans les parages, j'aurais tout fait pour qu'il disparaisse lui aussi et qu'on ne me voit pas à ses côtés mais l'occasion était trop belle. Il me sauvait la mise aux yeux de Lisa et j'étais sûr que Steven ne m'en voudrait pas. La joie et la décontraction de cet heureux hasard furent cependant de courte durée car c'est par un baiser long et profond que Lisa et Steven s'étaient rejoints. Ils s'embrassaient sous mes yeux, mon ami et la fille que j'aimais et je n'existais plus, ni pour eux, ni pour moi. Frédéric posa sa main sur mon épaule et dit : « Bon ben on va y aller non, faudrait pas déranger les amoureux ». Cette déclaration me fit encore plus mal que le spectacle salivaire auquel se livrait Monsieur et Madame car elle avait le tort de me sortir du choc, de la violence, de la putain d'impossibilité de tout cela en mettant des mots par dessus. C'était donc vrai, ma vie était foutue. Il faut malgré tout remercier Frédéric qui a toujours su alors que je le traitais comme un rien, que j'étais amoureux de Lisa et que j'en souffrirais et qui a veillé à ce qu'on fuit mon charnier passionnel le plus vite possible. Nous rentrâmes silencieux et ses rares tentatives d'apaisement échouèrent dans l'amertume, lourde mais anesthésiante, que je portais comme un manteau ce soir-là. Il n'y avait plus d'avril, tout était mort, j'en étais sûr. Il n'y avait plus que l'inéluctable fait que personne en ce bas-monde n'oserait jamais m'aimer même pas un peu. Je me disais : « C'était la seule et elle n'est plus, tu aurais dû l'embrasser cette après-midi, ça aurait tout changé, pauvre idiot ! ». Il n'y avait pas place en moi pour le bonheur ou la faute des autres, bonheur d'oser entre eux, faute de ne pas voir que je risquais d'en souffrir. Encore qu'ils ont dû le voir mais qui sont encore ces gens qui sacrifient un baiser presque acquis simplement parce qu'un troisième risque de mourir de ne jamais l'avoir. S'aimer, c'est forcément en faire souffrir un troisième. Que ce troisième soit connu ou non, juste ou non dans son amour.
D'ailleurs j'en profite ici pour dire et parce que ces histoires de coeur m'ont toujours attendries qu'un amour qui ne s'avoue pas n'est pas un amour juste, il est injuste vis à vis de l'amoureux et vis à vis de celle qu'il aime car si jamais cet amour est le vrai, pourquoi ne pas le donner directement à l'aimer, si elle n'attend que ça !
Trêve d'enfantillages ! J'arrive chez moi et mécaniquement, je prends le téléphone. « Je peux passer...tu es seul ? » « Oui pas de problème ». Après un dîner à peine considéré, je vais par la rue, observé par les dernières sursauts d'orgueil de ce soleil couchant, rue qui me sépare de la maison familiale des Nolan, maison avec tout ce qu'il faut de perron et de blanches façades, maison dupliquée pendant plusieurs kilomètres, nous sommes dans une cité résidentielle banale dans une ville banale où malgré tout les coeurs arrivent à chavirer et où même pour les plus jeunes des merveilles de tragique peuvent apparaître. Je sonne, pas de réponse, la chambre de Steven est allumée mais le reste est dans le noir, je sonne encore, pas de réponde, je frappe à la porte, même résultat, les parents de Steven doivent être sortis et cet idiot écoute encore la musique trop fort. Je pousse la porte, miracle, elle était déjà ouverte, j'appelle « Il y a quelqu'un ? Steven ? », toujours rien. Je sens tout de même une présence sur ma droite dans le coin cuisine. C'est difficile à dire mais je sens qu'il y a quelque chose de vivant dans ce coin-là mais il fait déjà trop sombre pour y voir quoi que ce soit, comme si la nuit d'avril s'était changée en nuit de janvier. J'aperçois une ombre à ma droite, peut-être le chat ou un gros fruit. A tâtons et alors que je ne sais plus vraiment ce que je fais là, mes doigts arrivent à renverser l'un des interrupteurs simulant le jour dans la pièce vide. Car il est sûr désormais qu'elle est vide, il n'y a personne dedans, il n'y a qu'une seule chose qui dénote c'est cette grosse masse sombre posée sur la table. Sans le vouloir vraiment mais curieux, voulant savoir, m'assurer que non ça ne peut pas être ça, je fais le tour de la table jusqu'à arriver en face de cette masse. Je regarde mes pieds tout d'abord, je viens de marcher dans une fine flaque de sang. Mes yeux remontent jusqu'à d'autres yeux, écarquillés et fous. Je me recule, la masse sombre et comme vivante n'était rien d'autre qu'une tête tranchée et pas n'importe quelle tête, celle du père de Steven. Je me dis : « Ce n'est pas possible, c'est sûrement une farce, ils ont dû confectionner ce masque eux-mêmes avec une citrouille et un peu de peinture », cette idée encore une fois ne tient pas devant la funeste découverte, on ne peut pas reproduire à l'identique toutes les rides, toutes les pliures, toutes les veines d'un visage humain, on ne peut pas. Après avoir bien détaillé ce visage épouvanté et détaché de son corps, mon sang froid s'éclipsa et je jugeais bon de faire de même. Je n'eus même pas le temps de reprendre mon souffle que j'étais chez moi en sueurs, mon père me fixant d'un drôle d'oeil.
La Pieuvre - Dans le monde subaquatique
Le monde avait changé. Le ciel avait pris la teinte de l'encre chinoise. Autour de nous, des parois translucides ondulant comme des miroirs mouvants. Devant nous, un interminable couloir. Sous nos pieds, un tapis rouge s'étalant à perte de vue.
* - Où sommes-nous ?
Adma - Nous sommes dans une partie de ton imaginaire, tu ne reconnais pas ?
Je creusais un petit peu, écarquillant tant bien que mal mes yeux au sein de ce paysage surnaturel et une nouvelle fois, la vérité m'heurta sans mettre de gants. Nous étions dans un pays que j'avais rêvé quelques années plus tôt, à l'époque où j'étais tout jeune et quand je m'inventais encore des histoires. J'avais imaginé ce royaume sous-marin de A à Z, sa longue et (presque) interminable route principale menant les plus courageux (et seulement les plus courageux) vers le royaume en lui-même, véritable pot-pourri des architectures grecques et bohémiennes, monde où toutes les femmes étaient brunes et où tous les hommes étaient bons. Un monde comme on s'en fait à sept ans. Un monde comme je m'en faisais, c'est vrai.
Adma - Tu t'en souviens maintenant ? Ca ne te fait pas plaisir de voir en vrai tout ce que tu as fantasmé ?
* - Si mais quelque part ça me gêne, ça me gêne parce que j'ai perdu tout ça, tout cet imaginaire, tout ce fantasme, toute cette création. Ca me gêne parce que je ne m'y reconnais plus.
Et à vrai dire, j'étais également gêné par le fait de me livrer à l'intérieur d'un appendice fictif à une créature elle aussi tout à fait fictive. J'étais gêné par ma démence, par l'aspect presque ridicule de cette histoire.
Adma - C'était pourtant bien toi l'architecte d'une telle chose, c'est pourtant bien ton esprit qui en est l'origine. Comment se fait-il que tu ne t'y reconnaisses plus ?
Il avait pris un ton particulièrement prévenant et amical, sa question était tout à fait soucieuse et tournée vers moi.
* - Je ne sais pas, je ne sais pas vraiment ce qui a cloché et ce qui a fait que je n'ai plus imaginé grand chose. Peut-être ai-je grandi tout simplement.
Adma – Quand tu dis ça, je sais et je sens bien que tu n'y crois pas un seul instant et que tu sais et que tu sens bien que c'est une chose bien précise qui a causé ta perte ou du moins celle de ton imagination, de ta curiosité. Maintenant et comme c'est ma mission, il va falloir que tu me dises ce que c'est et ce qu'il s'est passé.
* - Tu as raison mais tu as tort, je sais en effet qu'il doit y avoir un truc mais je ne sais pas quoi. Je ne sais pas comment j'ai pu autant me désenchanter. Comment j'ai pu perdre autant de force.
Adma – Ton problème est assez grave mais il est aussi assez facile à débrouiller. Déjà, à t'écouter, il y aurait « désenchantement », « perte de force » comme si cette déréliction était la faute d'éléments supérieurs, d'énergies magiques et autres coups du sort alors qu'en vérité, tout est entièrement de ta faute. Je n'ai pas peur de te le dire car je ne connais pas la peur, tu t'es laissé perdre. Il devait y avoir dans cette manière de sombrer, un certain confort, une certaine facilité, un millier de petites bonnes raisons et tu t'y es attaché.
* - ...
* - Ce n'est pas ça, ce n'est pas ça...
Adma – N'essaie pas de garder la face à tous prix avec moi, ce n'est pas la peine, je ne t'abandonnerai pas si j'étais déçu par toi car je préfère un homme décevant mais réaliste à un homme enthousiasmant mais sans assise dans le réel. Encore qu'il faille que je parle d'idées plus que d'homme étant donné que tu es le seul que je connaisse.
* - Où sommes-nous ?
Adma - Nous sommes dans une partie de ton imaginaire, tu ne reconnais pas ?
Je creusais un petit peu, écarquillant tant bien que mal mes yeux au sein de ce paysage surnaturel et une nouvelle fois, la vérité m'heurta sans mettre de gants. Nous étions dans un pays que j'avais rêvé quelques années plus tôt, à l'époque où j'étais tout jeune et quand je m'inventais encore des histoires. J'avais imaginé ce royaume sous-marin de A à Z, sa longue et (presque) interminable route principale menant les plus courageux (et seulement les plus courageux) vers le royaume en lui-même, véritable pot-pourri des architectures grecques et bohémiennes, monde où toutes les femmes étaient brunes et où tous les hommes étaient bons. Un monde comme on s'en fait à sept ans. Un monde comme je m'en faisais, c'est vrai.
Adma - Tu t'en souviens maintenant ? Ca ne te fait pas plaisir de voir en vrai tout ce que tu as fantasmé ?
* - Si mais quelque part ça me gêne, ça me gêne parce que j'ai perdu tout ça, tout cet imaginaire, tout ce fantasme, toute cette création. Ca me gêne parce que je ne m'y reconnais plus.
Et à vrai dire, j'étais également gêné par le fait de me livrer à l'intérieur d'un appendice fictif à une créature elle aussi tout à fait fictive. J'étais gêné par ma démence, par l'aspect presque ridicule de cette histoire.
Adma - C'était pourtant bien toi l'architecte d'une telle chose, c'est pourtant bien ton esprit qui en est l'origine. Comment se fait-il que tu ne t'y reconnaisses plus ?
Il avait pris un ton particulièrement prévenant et amical, sa question était tout à fait soucieuse et tournée vers moi.
* - Je ne sais pas, je ne sais pas vraiment ce qui a cloché et ce qui a fait que je n'ai plus imaginé grand chose. Peut-être ai-je grandi tout simplement.
Adma – Quand tu dis ça, je sais et je sens bien que tu n'y crois pas un seul instant et que tu sais et que tu sens bien que c'est une chose bien précise qui a causé ta perte ou du moins celle de ton imagination, de ta curiosité. Maintenant et comme c'est ma mission, il va falloir que tu me dises ce que c'est et ce qu'il s'est passé.
* - Tu as raison mais tu as tort, je sais en effet qu'il doit y avoir un truc mais je ne sais pas quoi. Je ne sais pas comment j'ai pu autant me désenchanter. Comment j'ai pu perdre autant de force.
Adma – Ton problème est assez grave mais il est aussi assez facile à débrouiller. Déjà, à t'écouter, il y aurait « désenchantement », « perte de force » comme si cette déréliction était la faute d'éléments supérieurs, d'énergies magiques et autres coups du sort alors qu'en vérité, tout est entièrement de ta faute. Je n'ai pas peur de te le dire car je ne connais pas la peur, tu t'es laissé perdre. Il devait y avoir dans cette manière de sombrer, un certain confort, une certaine facilité, un millier de petites bonnes raisons et tu t'y es attaché.
* - ...
* - Ce n'est pas ça, ce n'est pas ça...
Adma – N'essaie pas de garder la face à tous prix avec moi, ce n'est pas la peine, je ne t'abandonnerai pas si j'étais déçu par toi car je préfère un homme décevant mais réaliste à un homme enthousiasmant mais sans assise dans le réel. Encore qu'il faille que je parle d'idées plus que d'homme étant donné que tu es le seul que je connaisse.
Avez-vous vu passer un clown ?
Le dernier pour la route d'un mec dont ou d'une nana dont je ne veux pas nécessairemment connaître le nom
Le sujet (l'alcoolisme et ses conséquences) fort et peu traité (on se souvient quand même du glauquissime Leaving Las Vegas), méritait mieux que ce film creux et qui ne creuse jamais profond, on s'ennuie, on aurait aimé que François Cluzet, l'un des acteurs les plus forts du cinéma français, nous en foute plein la gueule mais on en pas trop l'occasion...le film est plat, la souffrance presque inexistante...comme si l'on pouvait guérir de l'alcool facilement alors que l'une des idées du film est de dire tout le contraire...la présence de la SURESTIMEE Mélanie Thierry n'y changera rien tant l'esquisse de relation présentée dans le film semble nulle et sans vigueur...un film à oublier, aussi marquant qu'une cuite au panaché.
Le sujet (l'alcoolisme et ses conséquences) fort et peu traité (on se souvient quand même du glauquissime Leaving Las Vegas), méritait mieux que ce film creux et qui ne creuse jamais profond, on s'ennuie, on aurait aimé que François Cluzet, l'un des acteurs les plus forts du cinéma français, nous en foute plein la gueule mais on en pas trop l'occasion...le film est plat, la souffrance presque inexistante...comme si l'on pouvait guérir de l'alcool facilement alors que l'une des idées du film est de dire tout le contraire...la présence de la SURESTIMEE Mélanie Thierry n'y changera rien tant l'esquisse de relation présentée dans le film semble nulle et sans vigueur...un film à oublier, aussi marquant qu'une cuite au panaché.
Cook me a smile
How to Lose Friends & Alienate People de Robert Weide
Ce film au titre français réducteur (un anglais à New-York)
A le mérite de faire partie de ces petites comédies romantiques sans prétention
Avec des acteurs et des actrices tout à fait charmants
Et des situations attachantes,
En bref, ce n'est pas un chef d'oeuvre mais je ne demande pas ça à une comédie romantique
Consommée un après-midi d'octobre
Non, je demande simplement à ce genre de films d'avoir une âme, d'avoir un peu de coeur,
Car pour l'amour c'est essentiel !
Et il en a c'est sûr (ainsi que pas mal de clichés mais aussi pas mal de scènes qui donnent envie d'être IN LOVE ou qui font rire "ahahah")
(et puis Kirsten Dunst est trop)
Fin
Ce film au titre français réducteur (un anglais à New-York)
A le mérite de faire partie de ces petites comédies romantiques sans prétention
Avec des acteurs et des actrices tout à fait charmants
Et des situations attachantes,
En bref, ce n'est pas un chef d'oeuvre mais je ne demande pas ça à une comédie romantique
Consommée un après-midi d'octobre
Non, je demande simplement à ce genre de films d'avoir une âme, d'avoir un peu de coeur,
Car pour l'amour c'est essentiel !
Et il en a c'est sûr (ainsi que pas mal de clichés mais aussi pas mal de scènes qui donnent envie d'être IN LOVE ou qui font rire "ahahah")
(et puis Kirsten Dunst est trop)
Fin
lundi 28 septembre 2009
La Pieuvre, Parabole 384
Adma - Tu serais pas un petit peu malade par hasard ?
* - Sûrement...mais tout ça c'est à cause de toi.
Adma - A cause ou grâce ?
* - ...
Adma - Tu préfères peut-être ta vie d'avant avec toute sa fadeur, avec toute sa vanité. Tu préfères peut-être ne rien faire et ne rien être plutôt que d'exister, même par l'extrême.
Il continuait à m'agacer mais quelque part, loin derrière sa bouche hideuse et ses paroles de je sais tout, il devait avoir raison.
Adma - Je ne suis pas là pour te dire quoi faire, non, je suis uniquement là pour te dire que l'existence ne doit pas être une chose fermée et protégée mais belle et bien une explosion. Tu sais, vivre ce n'est rien d'autre qu'un grandiose chamboulement atomique, qu'une facétie du hasard et pourtant, et pourtant, nous pouvons ressentir des choses très fortes alors autant en profiter.
* - Tu parles comme si tu étais humain comme si tu savais à quel point la vie pouvait être compliquée, tordue, impossible. Mais tu ne le sais pas, non, tu ne le sais pas, que chaque pas au dehors est comme une mort pour moi, que tous les mots qui sortent, que tous ces mots qui sortent, sortent comme des énigmes et non comme des solutions. Tu ne sais pas que rien est simple et que la vie est très habile quand il s'agit de balayer l'humain.
Adma - Rien n'est simple peut-être mais tout n'est pas si dur. Quand tu courais tout à l'heure, j'ai pu lire en toi un peu de simplicité. Tu dévorais l'instant et ça n'avait pas l'air d'être un effort impossible à produire ou à reproduire alors pourquoi ne cours-tu pas plus souvent ? Pourquoi manges-tu toujours avec la moitié de tes dents ? Qu'est-ce qui a bien pu te balayer ? En résumé, où est ton drame ?
Mes émotions luttaient comme deux chiens autour d'un os luisant, je ne savais plus le vrai du faux, je ne savais plus si je devais haïr cette étrangeté parlante ou simplement la prendre dans mes bras pour ne plus la lâcher et le pire de tout, je ne savais pas du tout comment répondre à cette question. Comment était-ce venu ? Comment tant de peurs et d'hésitations avaient trouvé le chemin jusqu'à ma poitrine et mes tripes ? Comment avais-je déserté la route de ceux qui osent ?
Adma - Tu ne vois pas ? Ce n'est pas grave, ça reviendra. Partons d'ici tout d'abord et allons discuter là où tu seras tranquille.
Sans prendre en compte mon état de nerfs, il s'avança vers moi, long et d'un bleu presque translucide dégageant des ombres d'os, rapidement, trop rapidement, je sentis qu'il s'était enroulé tout autour de moi, comme une femme. Une désagréable sensation de brûlure se propagea sur tout mon corps, j'avais l'impression de prendre feu. Puis le silence et de nouveau la stupeur à son point culminant.
* - Sûrement...mais tout ça c'est à cause de toi.
Adma - A cause ou grâce ?
* - ...
Adma - Tu préfères peut-être ta vie d'avant avec toute sa fadeur, avec toute sa vanité. Tu préfères peut-être ne rien faire et ne rien être plutôt que d'exister, même par l'extrême.
Il continuait à m'agacer mais quelque part, loin derrière sa bouche hideuse et ses paroles de je sais tout, il devait avoir raison.
Adma - Je ne suis pas là pour te dire quoi faire, non, je suis uniquement là pour te dire que l'existence ne doit pas être une chose fermée et protégée mais belle et bien une explosion. Tu sais, vivre ce n'est rien d'autre qu'un grandiose chamboulement atomique, qu'une facétie du hasard et pourtant, et pourtant, nous pouvons ressentir des choses très fortes alors autant en profiter.
* - Tu parles comme si tu étais humain comme si tu savais à quel point la vie pouvait être compliquée, tordue, impossible. Mais tu ne le sais pas, non, tu ne le sais pas, que chaque pas au dehors est comme une mort pour moi, que tous les mots qui sortent, que tous ces mots qui sortent, sortent comme des énigmes et non comme des solutions. Tu ne sais pas que rien est simple et que la vie est très habile quand il s'agit de balayer l'humain.
Adma - Rien n'est simple peut-être mais tout n'est pas si dur. Quand tu courais tout à l'heure, j'ai pu lire en toi un peu de simplicité. Tu dévorais l'instant et ça n'avait pas l'air d'être un effort impossible à produire ou à reproduire alors pourquoi ne cours-tu pas plus souvent ? Pourquoi manges-tu toujours avec la moitié de tes dents ? Qu'est-ce qui a bien pu te balayer ? En résumé, où est ton drame ?
Mes émotions luttaient comme deux chiens autour d'un os luisant, je ne savais plus le vrai du faux, je ne savais plus si je devais haïr cette étrangeté parlante ou simplement la prendre dans mes bras pour ne plus la lâcher et le pire de tout, je ne savais pas du tout comment répondre à cette question. Comment était-ce venu ? Comment tant de peurs et d'hésitations avaient trouvé le chemin jusqu'à ma poitrine et mes tripes ? Comment avais-je déserté la route de ceux qui osent ?
Adma - Tu ne vois pas ? Ce n'est pas grave, ça reviendra. Partons d'ici tout d'abord et allons discuter là où tu seras tranquille.
Sans prendre en compte mon état de nerfs, il s'avança vers moi, long et d'un bleu presque translucide dégageant des ombres d'os, rapidement, trop rapidement, je sentis qu'il s'était enroulé tout autour de moi, comme une femme. Une désagréable sensation de brûlure se propagea sur tout mon corps, j'avais l'impression de prendre feu. Puis le silence et de nouveau la stupeur à son point culminant.
dimanche 20 septembre 2009
La vie, la mort, les chapeaux de paille
Je me dois de le faire, pour moi et tous les autres. Je me dois de le faire pour donner du poids à cette vague qui brume mes yeux. Je me dois de le faire pour toutes ces petites choses qui m'ennuient, pour tous ces textes sans saveur ni sens qui se trémoussent dans le vent des médias. Je me dois de le faire pour l'apogée, pour me sentir vidé et ne plus rien avoir d'autre à faire que de mourir dans la joie. Je me dois de le faire pour tous ces silences qui en disent long. Je me dois de le faire parce que je me recroqueville trop souvent dans mon lit comme un morceau de douleur. Je me dois de le faire pour donner toute la mesure du ciel, des mers et des poitrines. Je me dois de le faire pour rester en place devant ma glace, pour bouffer les incrédules. Je me dois de le faire pour ne pas m'envoler. S'envoler c'est disparaître dans la foule, céder, serrer la main du tyran et ne plus vouloir la briser. Je suis une manta fatiguée qui balaie les fonds marins d'épave en épave sans jamais s'arêter. Je me dois de le faire pour faire remonter l'épave, qu'elle sente et qu'on se bouche le nez. Je me dois de le faire parce que je ne veux plus aller dans ces pays de fatigue, dans ces horizons mornes et sans verdure, sur ces places privées de soleil. Je me dois de le faire pour que l'on m'emprisonne et que je n'ai rien à regretter du dehors, tellement j'aurais fait, tellement j'aurais conçu. Je me dois de le faire pour ces familles entières qui sont mortes sur mon dos, de la mine à la retraite anticipée, pour tous ces gosses déjà trentenaires qui n'attendent que mon signal pour ouvrir le feu. C'est ainsi que je dois vivre en portant la misère des miens et en ayant comme peinture de guerre les larmes de ma mère. Je me dois de le faire parce que mes mains sont faites pour ça, elles sont longues mes mains, tout un poème, elles doivent en écrire sinon elles vont tomber. Je me dois de le faire car je le fais toujours, lorsque mon regard triste égratigne la campagne ou la grimace des chiens, lorsque je me réveille et que mes premières idées se font avec de l'encre. Je dois remplir des pages pour toutes les émotions, bléssées ou en suspens, qui flottent autour de moi, ce sont elles mes microbes à moi et quand j'écris, je deviens malade et donc plein d'une toute nouvelle vie. Malade comme un chien cette fois-ci sans grimace, je touche enfin à la volonté. Cette même volonté qui tue, escroque ou plante des citadelles. La volonté du noir que d'être blanc, la volonté du blanc que d'être beau. Quand je suis malade et donc quand j'écris, je ne suis plus tout à fait loin de comprendre comment tout génocide a pu être possible, je ne suis plus tout à fait loin d'Hitler et de son grand sérieux. Car comme je recompose, les voix et les couleurs, je décompose aussi les idées et les gestes. Je suis la souris du monde en équilibre. Je suis le point noir sur les visages idiots des gens de mon village. Je suis ce bout d'espace au plafond d'une mansarde. Ce bout d'espace qu'on ne comprend pas mais qui est là et qui fait que l'on se sent mystérieusement bien à son endroit. Je suis une main coupée pour des diamants de sang, je suis le corps congelé de Marina pensant à ses parents. Il n'y a plus d'entre-deux à ce moment-là, le futur disparaît, il n'y a que l'instant frais et sans cesse poignardé, il n'y a que mon Cerveau qui existe à l'instant, confectionnant des phrases qui me semblent idéales. Car c'est bien l'idéal que tout cela, que cette intensité, je rêverais de pouvoir vivre toujours au même tiempo mais ça m'est impossible, j'ai trop peur de ne pas revenir, de voir la rive se perdre, de ne plus lire mon prochain dans les yeux de mon prochain. Alors quand sonne l'éclair, l'enfantement des peines, je suis au moins heureux d'avoir ce talent-là, celui de penser à des choses aussi confuses, aussi risquées, aussi folles, tutoyant la destruction à chaque nouvelle lettre. La destruction c'est en revenir aussi, ne plus avoir en soi l'énergie nécessaire à toute création, cesser d'aimer et d'haïr en même temps ce qu'on fait ou ce qu'on ne fait pas. Le fil est trop mince, la littérature trop belle, les trappes y ont le champ libre. Avis à ceux qui me suivraient, il faut comprendre c'est à dire prendre avec soi, le fait qu'en Art c'est bel et bien la fausse bonne idée qui a carte blanche et non l'artiste. Nous ne sommes libres de rien pas même de savoir ce que l'on fait, nous sommes comme vous, des lunes qui passent, des soleils qui explosent, notre seule différence c'est que nous ne pouvons pas...vivre en silence.
A retenir :
Ouvrir le feu
Vivre en silence
écrit lors de LA JOURNEE MONDIALE POUR LA PAIX
pour peu qu'on s'en souvienne
A retenir :
Ouvrir le feu
Vivre en silence
écrit lors de LA JOURNEE MONDIALE POUR LA PAIX
pour peu qu'on s'en souvienne
lundi 7 septembre 2009
Que brille sur toi ces diamants fous
Le truc est là.
J'aimerais écrire un poème amoureux.
Poème pour forme courte, amoureux parce qu'il évoque une femme.
Mais voilà, tout comme * je n'ai personne à qui penser.
Pas même une brune.
Mes rencontres s'évanouissent et je rencontre peu.
Alors c'est décidé, j'écrirais ce poème, "que brille sur toi ces diamants fous"
Au moment-même où j'aurais une douceur en tête.
Oui, la prochaine, elle y aura droit.
J'aimerais écrire un poème amoureux.
Poème pour forme courte, amoureux parce qu'il évoque une femme.
Mais voilà, tout comme * je n'ai personne à qui penser.
Pas même une brune.
Mes rencontres s'évanouissent et je rencontre peu.
Alors c'est décidé, j'écrirais ce poème, "que brille sur toi ces diamants fous"
Au moment-même où j'aurais une douceur en tête.
Oui, la prochaine, elle y aura droit.
dimanche 6 septembre 2009
The Octopus, page §
Toute cette réflexion m'étouffait. J'avais envie d'être nostalgique mais je n'arrivais qu'à être triste. Je me disais que ma vie ne pouvait plus être qu'une succession d'évènements malheureux, gris et dénués de sens. On a trop tendance à glorifier l'absurde pour se dire que le seul absurde valable est celui qui garde un sens, une signification, quelque chose qui le fait exister dans les yeux des filles ou dans le cerveau des poètes. J'avais besoin d'air, d'aller dans des jardins inconnus à la nuit tombée et d'y découvrir des lumières, des odeurs. J'avais une faim d'inconnu et pour une fois, mon coeur ne trouvait plus rien à grapiller au creux de mon estomac pour m'en distraire. Je devais faire être autre chose, fuir la banalité écrasante d'une vie qui ne dit rien, qui se tait et meurt. J'allais quitter le silence et l'anonymat, devenir quelqu'un pour ce monde, une personnalité. Quand on parlera de moi, on aura au moins une dizaine d'adjectifs clairs et précis pour me décrire. J'allais m'écrire. De mon quartier, je ne connaissais que la rue gauche, rue que je montais pour rejoindre le métro ou un restaurateur chinois dans lequel je prenais toujours la même chose, toujours à emporter. Je pris la rue droite, elle descendait, forcément, ma marche, elle, commençait à peine. Des artères nouvelles s'offraient à moi pas après pas, les trottoirs s'élargissaient ou rétrécissaient sous mes pieds convaincus. Les fenêtres allumées promettaient des vies et des histoires auxquelles je ne songeais plus et, petit à petit, ces fenêtres dévoilèrent un monde, un champ infini de possibilités dont je m'étais écarté depuis tant de temps. Je n'étais plus triste, ni nostalgique, j'avais envie d'être, avec ou sans Adma. C'est alors que je sentais toutes ces forces en moi que je me suis trouvé devant la petite porte grillagée du square Ozanam, un square à l'ombre d'une église dont le nom m'échappe encore aujourd'hui. J'ai poussé cette petite porte et après une heure de marche, je me suis assis, transi de curiosité et de fatigue. Il devait être 23h et je savais qu'il fallait que je rentre avec l'aube pour qu'il se passe quelque chose. J'ai commencé par regarder ce mur de vieilles pierres s'étalant devant moi, et plus je le regardais, plus avec mes yeux je peignais de choses dessus, des mots, des expressions, des couleurs. Des appels magnifiques vers d'autres yeux qui passeraient. Ces mots étaient écrits avec toutes les teintes de rouge, de bordeau et de violet que je pouvais imaginer, il y avait aussi des dessins d'enfants qui voltigeaient dans ma tête et qui sur ce mur prennaient toute leur consistance. J'avais envie d'écrire Adma aussi. J'avais envie de plaquer ma main dessus et de siffler une fois pour qu'il me rejoigne et que je lui dise tout cela, peut-être qu'il comprendrait. J'étais enthousiaste, j'étais invincible, inventant des trésors de beauté sur cette façade nue et polie par les siècles. Je voulais que l'on sache que je pouvais faire l'amour comme personne, que mes baisers étaient vrais, durs et concentrés. Je voulais que l'on sache que j'avais le coeur pur. Le temps passait, il faisait froid maintenant, mon instinct de survie ne s'est pourtant pas réveillé, il ne m'a proposé de rentrer chez moi et de prendre un thé gris avant de me glisser dans mon lit et de penser à tout ça, c'était quand même déjà quelque chose. Non, je suis reparti de plus belle, il était minuit passé quand je suis rentré dans ce bar curieusement éclairé. La clientèle y était comme drapé d'une douce aura et c'est avec un sourire non feint que l'on m'a demandé ce que je voulais prendre. Une bière blanche, ai-je répondu très simplement, la bière étant un souvenir d'enfance d'une heure où mes parents partaient et m'emmenaient encore en ballade le dimanche. Ce devait être en juin, nous étions sur une place ensoleillée à merveille et alors que les oreilles du serveur attendait après mes mots, j'avais là aussi dit très simplement : Une bière blanche. C'est que j'avais écumé toutes les saveurs de grenadine, de chocolat, de limonade et que mon palais réclamait autre chose. J'aurais dû plus m'attacher à ce souvenir car pour une fois, j'avais décidé d'aller ailleurs sans craindre la réaction de mes parents face à un choix pour adulte, et bizarrement, ils s'étaient contentés de sourire, ne me jugeant en rien. Elle glissa contre ma langue et mes dents comme le font certaines femmes, c'est ce que je me disais et je me sentais beau, fort, orgueilleux et un peu libre car je faisais une entorse à ma réalité et cela n'avait l'air de chiffoner personne. La nouvelle bière blanche arriva et elle glissa elle-aussi, cependant, elle n'eut pas le même goût de grâce. J'avais connu quelques femmes entre deux et jamais en effet, je n'avais senti la chaude tendresse de la bière lors de nos embrassades. Ne pouvant m'avouer que j'avais peut-être surestimé le talent des femmes, cette déception ne me fit dire qu'une chose : elle me manquait. J'essayais ensuite de voir la rue droite de mes amours mais je n'y voyais rien ni personne, en vérité, cela devait bien faire cinq ans que je n'avais plus été amoureux que des passantes. Cela devait bien faire cinq ans que je ne m'étais pas jeté à l'eau avec une femme. Ce constat m'attrista et fit revenir le gris dans mes idées, le gris éternel d'une existence sans saveur, le gris des jours fades, de ceux où l'on avale sa nourriture avec peine comme lors d'un chagrin d'amour, j'étais moi aussi en plein chagrin d'amour mais vis à vis d'aucune précisément, seulement vis à vis de toutes noyées dans le flou. Le flou c'est la méconnaissance et du nom et de l'adresse, et du sourire et des courbes, j'avais été amoureux d'une femme que j'avais oublié et la seule chose qui me revienne, c'est qu'elle avait un goût de bière blanche. Une paire de larmes, comme des lentilles, recouvraient mes yeux. J'essayais de les faire passer en observant autour de moi les femmes de sortie. C'était peine perdue, il n'y avait que des hommes aux fronts barrés et à la mine interdite, il n'y avait que des gens tristes qui n'avaient pas envie de s'endormir avec tant de tristesse dans le ventre, parce qu'elle pousse au suicide, à la folie ou à pire. Alors ils boivent pour faire venir l'éclair, cet éclair qu'ils embrasseront avant de se coucher, cet éclair qui bien souvent ne ressemble qu'à l'ivresse. Ainsi je suis comme eux, triste à mourir dans une ville aimante. Mais moi j'ai Adma me disais-je en plaisantant, à moitié honteux, à moitié misérable, je me disais avec un sourire fou : moi je ne suis pas seul, je peux quand je l'entends retrouver un être imaginaire et bleu, ensemble, on peut parler base-ball et célibat, on peut faire des plans pour le futur et se marrer comme des baleines, oui, au moins j'ai Adma, quand je veux, quelle bêtise ! quelle misère ! Je n'avais rien d'autre que ma folie pour tromper la solitude, voilà ce que quelques années d'inaction peuvent faire d'un homme, aussi cultivé soit-il. Les bières s'enchaînaient, le temps coulait, la lumière artificielle des rues diminuait tandis que le jour se préparait. Les chaises commencèrent à être retournées sur les tables, on fermait, on n'eut rien à me dire pour que je parte. D'ailleurs, on ne m'a rien dit pendant toute cette nuit, on m'a laissé boire, j'avais espéré pouvoir intéresser un serveur curieux ou une bonne âme et pouvoir sous la demande déballer mes états d'âme. Il n'en avait rien été, que du silence, et je n'avais rien fait pour qu'il s'en aille. Dans le faux jour, la rue était fraîche comme après la pluie, il ne s'était pas passé grand chose finalement, si, j'avais repensé aux femmes et à leur absence avec sérieux et sans me voiler la face. Ne le faisais-je déjà pas tous les trimestres, un soir comme ça, où je n'arrive pas à dormir et où elles me reviennent ? Ce qui me fait rire et montre bien l'étendue de ma déconvenue, c'est que je n'ai pensé qu'à celles du passé et que pas même une fois le visage de Mérédith est venu éclaircir le mien. Cette petite n'était rien en fin de compte. Elle était belle c'est sûr et tout ce qu'il y a de plus attirant mais pas plus qu'une Hepburn sur le glacé des magazines.
Je me suis perdu en chemin et c'est presque une course que je dûs faire pour rejoindre le square de tout à l'heure. J'avais en effet dans l'esprit d'assister au lever du jour tout près de cette église, sur mon petit banc de pierre, pour voir les rayons du soleil transpercer le vitrail. Il me fallut quelques minutes pour comprendre que la lumière qui convenait à cette église était celle de midi et qu'à cette heure-ci, je ne verrais que du jaune s'écrasant sur du verre. Déçu par ce moment en demi-teinte, et c'était le cas de le dire, je passais quand même saluer le mur sur lequel j'avais écrit tant de choses sans pour autant bouger d'un pouce. Je restais une minute face à lui me demandant ce que pouvait bien me réserver demain, il était toujours dans l'ombre mais il suffit que je cligne une fois des yeux pour qu'une large vague de jour le frappe de plein fouet.
Le mot stupéfaction n'était pas suffisant pour exprimer mon état de nerfs à ce moment précis car en effet, sous le jour en pagaille et sur cette vieille pierre, se trouvaient repris à l'identique, tous les mots, couleurs, dessins d'enfant et autres appels à l'aide que mon regard avait pensé sans pour autant les faire. Dieu que c'était beau, tout ce rouge, tout ce blanc et tous ces mots d'amour écrits avec les doigts, ces silhouettes merveilleuses tracées comme au fusain, ces "je ne veux pas te perdre", ces longues frises bordeaux qui filaient jusqu'au ciel, ce soleil gros et jaune rempli au crayon de couleur et mis en haut à droite, ces bleus venus de fontaines perdues, ce blond vénitien pour du blé à peine griffoné, ces arabesques à l'orientale, ces "je t'aimerais toujours" et en bas comme une signature, un nom, celui d'Adma.
Poussées par toutes ces splendeurs à l'unisson, ma main se posa sur le froid de la pierre et ma bouche, rose et bleue, siffla une longue fois.
Je me suis perdu en chemin et c'est presque une course que je dûs faire pour rejoindre le square de tout à l'heure. J'avais en effet dans l'esprit d'assister au lever du jour tout près de cette église, sur mon petit banc de pierre, pour voir les rayons du soleil transpercer le vitrail. Il me fallut quelques minutes pour comprendre que la lumière qui convenait à cette église était celle de midi et qu'à cette heure-ci, je ne verrais que du jaune s'écrasant sur du verre. Déçu par ce moment en demi-teinte, et c'était le cas de le dire, je passais quand même saluer le mur sur lequel j'avais écrit tant de choses sans pour autant bouger d'un pouce. Je restais une minute face à lui me demandant ce que pouvait bien me réserver demain, il était toujours dans l'ombre mais il suffit que je cligne une fois des yeux pour qu'une large vague de jour le frappe de plein fouet.
Le mot stupéfaction n'était pas suffisant pour exprimer mon état de nerfs à ce moment précis car en effet, sous le jour en pagaille et sur cette vieille pierre, se trouvaient repris à l'identique, tous les mots, couleurs, dessins d'enfant et autres appels à l'aide que mon regard avait pensé sans pour autant les faire. Dieu que c'était beau, tout ce rouge, tout ce blanc et tous ces mots d'amour écrits avec les doigts, ces silhouettes merveilleuses tracées comme au fusain, ces "je ne veux pas te perdre", ces longues frises bordeaux qui filaient jusqu'au ciel, ce soleil gros et jaune rempli au crayon de couleur et mis en haut à droite, ces bleus venus de fontaines perdues, ce blond vénitien pour du blé à peine griffoné, ces arabesques à l'orientale, ces "je t'aimerais toujours" et en bas comme une signature, un nom, celui d'Adma.
Poussées par toutes ces splendeurs à l'unisson, ma main se posa sur le froid de la pierre et ma bouche, rose et bleue, siffla une longue fois.
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