Le monde avait changé. Le ciel avait pris la teinte de l'encre chinoise. Autour de nous, des parois translucides ondulant comme des miroirs mouvants. Devant nous, un interminable couloir. Sous nos pieds, un tapis rouge s'étalant à perte de vue.
* - Où sommes-nous ?
Adma - Nous sommes dans une partie de ton imaginaire, tu ne reconnais pas ?
Je creusais un petit peu, écarquillant tant bien que mal mes yeux au sein de ce paysage surnaturel et une nouvelle fois, la vérité m'heurta sans mettre de gants. Nous étions dans un pays que j'avais rêvé quelques années plus tôt, à l'époque où j'étais tout jeune et quand je m'inventais encore des histoires. J'avais imaginé ce royaume sous-marin de A à Z, sa longue et (presque) interminable route principale menant les plus courageux (et seulement les plus courageux) vers le royaume en lui-même, véritable pot-pourri des architectures grecques et bohémiennes, monde où toutes les femmes étaient brunes et où tous les hommes étaient bons. Un monde comme on s'en fait à sept ans. Un monde comme je m'en faisais, c'est vrai.
Adma - Tu t'en souviens maintenant ? Ca ne te fait pas plaisir de voir en vrai tout ce que tu as fantasmé ?
* - Si mais quelque part ça me gêne, ça me gêne parce que j'ai perdu tout ça, tout cet imaginaire, tout ce fantasme, toute cette création. Ca me gêne parce que je ne m'y reconnais plus.
Et à vrai dire, j'étais également gêné par le fait de me livrer à l'intérieur d'un appendice fictif à une créature elle aussi tout à fait fictive. J'étais gêné par ma démence, par l'aspect presque ridicule de cette histoire.
Adma - C'était pourtant bien toi l'architecte d'une telle chose, c'est pourtant bien ton esprit qui en est l'origine. Comment se fait-il que tu ne t'y reconnaisses plus ?
Il avait pris un ton particulièrement prévenant et amical, sa question était tout à fait soucieuse et tournée vers moi.
* - Je ne sais pas, je ne sais pas vraiment ce qui a cloché et ce qui a fait que je n'ai plus imaginé grand chose. Peut-être ai-je grandi tout simplement.
Adma – Quand tu dis ça, je sais et je sens bien que tu n'y crois pas un seul instant et que tu sais et que tu sens bien que c'est une chose bien précise qui a causé ta perte ou du moins celle de ton imagination, de ta curiosité. Maintenant et comme c'est ma mission, il va falloir que tu me dises ce que c'est et ce qu'il s'est passé.
* - Tu as raison mais tu as tort, je sais en effet qu'il doit y avoir un truc mais je ne sais pas quoi. Je ne sais pas comment j'ai pu autant me désenchanter. Comment j'ai pu perdre autant de force.
Adma – Ton problème est assez grave mais il est aussi assez facile à débrouiller. Déjà, à t'écouter, il y aurait « désenchantement », « perte de force » comme si cette déréliction était la faute d'éléments supérieurs, d'énergies magiques et autres coups du sort alors qu'en vérité, tout est entièrement de ta faute. Je n'ai pas peur de te le dire car je ne connais pas la peur, tu t'es laissé perdre. Il devait y avoir dans cette manière de sombrer, un certain confort, une certaine facilité, un millier de petites bonnes raisons et tu t'y es attaché.
* - ...
* - Ce n'est pas ça, ce n'est pas ça...
Adma – N'essaie pas de garder la face à tous prix avec moi, ce n'est pas la peine, je ne t'abandonnerai pas si j'étais déçu par toi car je préfère un homme décevant mais réaliste à un homme enthousiasmant mais sans assise dans le réel. Encore qu'il faille que je parle d'idées plus que d'homme étant donné que tu es le seul que je connaisse.
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