Je me dois de le faire, pour moi et tous les autres. Je me dois de le faire pour donner du poids à cette vague qui brume mes yeux. Je me dois de le faire pour toutes ces petites choses qui m'ennuient, pour tous ces textes sans saveur ni sens qui se trémoussent dans le vent des médias. Je me dois de le faire pour l'apogée, pour me sentir vidé et ne plus rien avoir d'autre à faire que de mourir dans la joie. Je me dois de le faire pour tous ces silences qui en disent long. Je me dois de le faire parce que je me recroqueville trop souvent dans mon lit comme un morceau de douleur. Je me dois de le faire pour donner toute la mesure du ciel, des mers et des poitrines. Je me dois de le faire pour rester en place devant ma glace, pour bouffer les incrédules. Je me dois de le faire pour ne pas m'envoler. S'envoler c'est disparaître dans la foule, céder, serrer la main du tyran et ne plus vouloir la briser. Je suis une manta fatiguée qui balaie les fonds marins d'épave en épave sans jamais s'arêter. Je me dois de le faire pour faire remonter l'épave, qu'elle sente et qu'on se bouche le nez. Je me dois de le faire parce que je ne veux plus aller dans ces pays de fatigue, dans ces horizons mornes et sans verdure, sur ces places privées de soleil. Je me dois de le faire pour que l'on m'emprisonne et que je n'ai rien à regretter du dehors, tellement j'aurais fait, tellement j'aurais conçu. Je me dois de le faire pour ces familles entières qui sont mortes sur mon dos, de la mine à la retraite anticipée, pour tous ces gosses déjà trentenaires qui n'attendent que mon signal pour ouvrir le feu. C'est ainsi que je dois vivre en portant la misère des miens et en ayant comme peinture de guerre les larmes de ma mère. Je me dois de le faire parce que mes mains sont faites pour ça, elles sont longues mes mains, tout un poème, elles doivent en écrire sinon elles vont tomber. Je me dois de le faire car je le fais toujours, lorsque mon regard triste égratigne la campagne ou la grimace des chiens, lorsque je me réveille et que mes premières idées se font avec de l'encre. Je dois remplir des pages pour toutes les émotions, bléssées ou en suspens, qui flottent autour de moi, ce sont elles mes microbes à moi et quand j'écris, je deviens malade et donc plein d'une toute nouvelle vie. Malade comme un chien cette fois-ci sans grimace, je touche enfin à la volonté. Cette même volonté qui tue, escroque ou plante des citadelles. La volonté du noir que d'être blanc, la volonté du blanc que d'être beau. Quand je suis malade et donc quand j'écris, je ne suis plus tout à fait loin de comprendre comment tout génocide a pu être possible, je ne suis plus tout à fait loin d'Hitler et de son grand sérieux. Car comme je recompose, les voix et les couleurs, je décompose aussi les idées et les gestes. Je suis la souris du monde en équilibre. Je suis le point noir sur les visages idiots des gens de mon village. Je suis ce bout d'espace au plafond d'une mansarde. Ce bout d'espace qu'on ne comprend pas mais qui est là et qui fait que l'on se sent mystérieusement bien à son endroit. Je suis une main coupée pour des diamants de sang, je suis le corps congelé de Marina pensant à ses parents. Il n'y a plus d'entre-deux à ce moment-là, le futur disparaît, il n'y a que l'instant frais et sans cesse poignardé, il n'y a que mon Cerveau qui existe à l'instant, confectionnant des phrases qui me semblent idéales. Car c'est bien l'idéal que tout cela, que cette intensité, je rêverais de pouvoir vivre toujours au même tiempo mais ça m'est impossible, j'ai trop peur de ne pas revenir, de voir la rive se perdre, de ne plus lire mon prochain dans les yeux de mon prochain. Alors quand sonne l'éclair, l'enfantement des peines, je suis au moins heureux d'avoir ce talent-là, celui de penser à des choses aussi confuses, aussi risquées, aussi folles, tutoyant la destruction à chaque nouvelle lettre. La destruction c'est en revenir aussi, ne plus avoir en soi l'énergie nécessaire à toute création, cesser d'aimer et d'haïr en même temps ce qu'on fait ou ce qu'on ne fait pas. Le fil est trop mince, la littérature trop belle, les trappes y ont le champ libre. Avis à ceux qui me suivraient, il faut comprendre c'est à dire prendre avec soi, le fait qu'en Art c'est bel et bien la fausse bonne idée qui a carte blanche et non l'artiste. Nous ne sommes libres de rien pas même de savoir ce que l'on fait, nous sommes comme vous, des lunes qui passent, des soleils qui explosent, notre seule différence c'est que nous ne pouvons pas...vivre en silence.
A retenir :
Ouvrir le feu
Vivre en silence
écrit lors de LA JOURNEE MONDIALE POUR LA PAIX
pour peu qu'on s'en souvienne
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