vendredi 31 juillet 2009
Le complexe de Stalingrad
Suite à ce singulier enchaînement, de spasmes, d'apparitions et de défaillances, et tandis que mon corps peinait à aller droit, mon esprit lui, cherchant quelque part où se poser, s'est trouvé un souvenir. J'étais alors un enfant de sept huit ans et ce matin-là le châtiment suprème de l'écolier me fut ordonné. En effet, mon professeur dont je ne me remets ni le visage ni la voix, m'a demandé de me rendre au tableau pour y résoudre un périlleux problème. Il devait s'agir d'une simple multiplication sur laquelle s'était greffée une soustraction mais pour moi et pour tout enfant de mon âge, cela avait l'air de tout sauf d'une chose simple. Toujours est-il que j'y suis allé, portant au crâne et le poids de la question et le regard des autres enfants railleurs et soulagés de ne pas être à ma place. Déjà à ce moment, je sentais que le monde entier cherchait à me coincer. C'est très maladroitement que j'ai fait se tordre le bout de craie dans tous les sens afin d'écrire le chiffre de vérité. Un ange passa jusqu'à ce que mon professeur décide de la bonne justesse de ma réponse, seulement, lors de son vol, sans comprendre jamais l'exacte réaction physiologique, un large rideau de sang bouillonnant se mit à chauffer dans le fond de ma nuque. Comme si, et je le pense aujourd'hui, j'avais vécu une rupture d'anévrisme. C'est pourtant très normalement et sans mot dire que je me suis rendu jusqu'à ma chaise, mais en moi le doute persistait. Etais-je mort à ce moment précis où la classe, le monde entier, était presque tout à fait sûr de mon inutilité et de ma débilité ? Ce frisson de sang brûlant n'avait-il pas eu ma peau ? Je m'en rappelle parfois et quand par acquis de conscience, je décide de confier cette expérience à un tel ou un tel, ils me répondent tous que ce genre de chose "une gerbe sanguine qui flambe et coule par la nuque, comme si le cerveau en entier se laisser glisser par là" ne leur est jamais arrivé. Cette expérience est une preuve de plus qui me permet de penser que la moindre altération de mon état d'esprit est capable de me faire plonger dans les pires délitements.
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