Le sida dans le bus,
Mon père sur la rive, cherchant son trésor.
C'est à peu près, après tout n'est que bribes et brumes, je n'ai même pas été capable de faire un journal de bord, les mots et leur courage semblent parfois si proches et par d'autres fois si lointains, je suis le maître d'un peuple sans cesse en mouvement. D'une foule dense et dansante, de petites gens glissant sur la vague, le front chaud, je suis le maître d'un pays qui passe d'un côté de la carte à l'autre en un battement de cil, je suis le maître de mes pensées mais elles sont volatiles, enfin, ce ne sont pas mes pensées qui sont volatiles, ce serait plutôt la pure intensité de celles-ci qui le serait. Et sans cette pure intensité, on écrit pas de bons livres, on brode, on tousse. Alors si un jour un tout jeune écrivain se demande quand il faut écrire, à quel moment, juste après, juste avant, pendant, si ce jeune écrivain me demande, je ne répondrais rien parce que je ne sais pas, je sais que quelquefois si je n'écris pas, je tombe mort ou dans la vraie folie, c'est tout ce que je sais, je sais que quelquefois si je n'écris pas, je perds mon audition, ma voix se fait plus grave, mon verbe plus mou, mes yeux moins ardents, je sais que quelquefois si je n'écris pas, je n'ai plus aucune raison d'être sur Terre, même avec les amis et les femmes, même avec la famille. Je sais parfois que si je n'écris pas, je ne peux plus rien supporter. Et je ne voudrais pas lui répondre ça à mon jeune écrivain car lui, ses yeux voudront tout supporter, il aura encore de l'amour pour tout et toutes les faces, il aura du sourire et de la haine à chaque seconde, il ne tombera pas encore, non, il lévitera d'un pouce jusqu'à nous quitter tous.
Je m'en vais poursuivre "mon futur inachevé", c'est drôle cette expression "poursuivre" et je trouve pour ma part qu'elle concorde parfaitement avec ma démarche littéraire actuelle, j'ai l'impression plus de "poursuivre" mon roman que de le parachever, j'ai l'impression d'être derrière encore, en quête de celui-ci, j'ai l'impression qu'il m'échappe et c'est en cela qu'il me ressemble, je n'ai toujours fait que des choses qui m'échappent, je n'ai jamais été strict et concis, comme l'aube ne l'est pas. Cette façon de faire ou de voir est bien évidemment fort critiquable mais je me défendrais comme se défend l'ivrogne, "je n'y peux rien", "je n'y peux rien", "je ne sais rien faire d'autre", "qu'on me prenne". Alors allons futur pour ta suite !
Pour un futur inachevé : Bien accompagné
Je ne pouvais me résoudre à mourir ainsi sans rien ni personne.
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