* Fontaine Gelée * étude à mi-chemin du Meneur de Lune de Joë Bousquet
Je n'ai aucune science mais il faut bien que mes doigts harmonisent, une heure ou deux par jour, souvent au réveil, fosse propice. On écoute les cornées, jouets et déchets du rêve que l'on quitte et l'on emprunte sa journée. Voyageant à ma façon, d'images à mélodies qui parfois sonnent justes, parfois ont besoin de mûrir, parfois d'être tues dans ce que le commun nomme notre "jardin secret" (donc ce lieu, un Jardin Public). Parce que tous les mots ne sont pas bons à ternir le papier, que certaines phrases pour rester belles ont besoin de silence. On pourrait commencer par une lecture, commencer une histoire par une autre, il n'y a que ça à faire et déjà le lecteur n'existe plus. Le lecteur, c'est l'espoir d'une vie sauvée, d'une vie que l'on brise totalement par l'intermédiaire d'une magie. Joë Bousquet est une brisée rachetée par la magie. Joë Bousquet, c'est toutes les saisons dans la succession douce d'un oeil qui pense. Joë Bousquet, c'est le golem, un envoûtement dansant dans un corps de pierre.
Il y traîne dans ses lignes une vaste entreprise dédiée à la sorcellerie, celle qui colore tout le sang, celle qui donne au moindre baiser l'envie de faire saigner les lèvres. Ce sont de longues traces rouges au coeur de draps froids. C'est une vie arrêtée qui aura eut le rêve pour destin.
Il est forcément facile pour moi de m'identifier à cet être affligé, compte tenu du côté hasardeux de mes propres déplacements, il est forcément facile pour moi d'être avec lui cloué sur ce lit. Pourtant, son épreuve montre une force plus légère que la guérison, étape par étape de l'immobilité. C'est plus qu'un homme perdu fouillant dans le souvenir et le regard de ceux qui passent à son chevet, c'est une bête couchée et au flanc percé ayant plus de classe que le plus remuant des purs sangs. Joë Bousquet est et reste l'unique application valable du surréalisme, c'est cette balle dans la nuque du médecin, éclairant le quai, faisant de sa mort une mort spéciale, à vivre tous les matins. S'il a de la fièvre, elle est aussi savoureuse que le lait, s'il pleure, ses larmes sont meilleures que l'écume. Les espérances du siècle se sont trop longtemps dévoyées, le surhomme, ce n'est pas celui qui attaque le miroir à la hache, c'est celui qui tombe au dedans.
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De même pour cet instant où je pense à lui, je ne sais pas ce qui est fait, je ne comprends en rien les chimies du temps et de l'espace mais comme elle est bonne cette innocence. C'est la lumière sans mur tout autour. La magie à mon sens se doit de raser le monde comme une lame de fond, elle se doit d'engloutir toutes ces villes, ces gros théâtres, elle se doit d'offrir une nuit claire où rien ne se comprend. Si ce n'est nous, compris en nous, compris par l'autre. Elle se doit d'effacer tous les livres, toutes les pensées, toutes les virgules, pour ne garder rien que l'innaccessible étoile.
" Le fait que je vous confie ne tient pas la main de ma vie, il tient ma vie dans la main "
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