dimanche 31 mai 2009

Pineapple pour toute personne morte avant juin

Je me suis trompé, grand diable, encore, toujours, effrontément disait Alain. Je pensais que, cette histoire japonaise tu sais, qu'elle serait plus simple, une cuillère de sucre et d'argent à suçoter tout l'été. Je pensais que ça irait comme ça, qu'il suffirait d'être à une terrasse et de courber l'échine pour me mettre au travail. Je pensais que le monde serait en droit de comprendre, d'avoir de la sympathie pour des idées pareilles. Mais elles sont filles de folie, d'une folie esclavagisante, qui modifie le regard, qui fait pousser les dents, qui durcit la peau. Je dois rentrer dans la peau d'un être abject, de quelqu'un privé d'espoir, de quelqu'un qui ne rêve que d'enfoncer des couteaux dans la chair, qui ne rêve que de lire la peur dans les yeux des plus jeunes, et des plus belles. Je dois signer ce même pacte qui a tant troublé Ellis, et tout ça pour quoi ? Pour un bout de littérature supplémentaire ? L'affaire est difficile, j'irai dans ces gouffres je le sais mais l'affaire est difficile, je risque de me perdre une fois de plus à me pousser ainsi au crime. Enfin ce n'est pas grave, j'ai l'esprit souple encore et tout un tas d'énergies insoupçonnées, j'arriverai à l'égorger, à retranscrire parfaitement l'épaisseur du sang sur le bitume chaud. Issei Sagawa, Takeshiro Shine, Motoro Kaze. Marle. Imizu. Cela prendra du temps c'est sûr et le temps est la seule chose qu'on ne peut obtenir. On peut rien que le palper quand la fièvre monte et que les os s'affaiblissent. On ne peut rien que l'embrasser du bout des lèvres quand le noeud serré vivement, nous déchire la gorge.

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