jeudi 29 avril 2010
Parage, Premier Mouvement
Parage était une ville comme les autres, un nid fait de maisons toutes ressemblantes autour desquelles le gazon avait été parfaitement déroulé. Je n'avais pas l'impression d'avoir voyagé une seule seconde et c'est presque par hasard que j'ai compris que j'étais arrivé à bon port, lorsque j'ai vu un panneau indiquant la fameuse résidence. Néanmoins, le peu de temps avait fait son œuvre et ma concentration à propos de la brochure s'était complètement dissipée, si bien que je ne savais plus vraiment pourquoi je m'y rendais. J'avais seulement en mémoire l'allure de la résidence et le fait qu'elle accueillait tout type de malades afin de les soigner à l'aide de méthodes "traditionnelles". La typographie et le ton de cette brochure insistait beaucoup sur ce côté "traditionnel", comme s'il eut été plus sain de se soigner de nos jours à l'eau froide et aux sangsues plutôt qu'en se servant de ces machines ultra-perfectionnées pourtant idoines. A dire vrai, en remontant l'étroite allée qui devait me mener jusqu'à la résidence, je me persuadais que c'était non pas pour moi que j'y venais mais pour Kenneth uniquement. Je remplaçais mon sentiment de faiblesse par une volonté inspectrice tout à fait hors de propos étant donné le peu d'attachement que j'avais pour Kenneth (principalement à cause de cette histoire de toilettes). Il faut croire que la révélation de la nuit dernière n'en avait pas été une et que le besoin de supériorité factice de mon esprit avait repris le dessus. Je ne pouvais pas m'avouer vaincu, jamais, mais paradoxalement comme un Tantale moderne, je ne pouvais jamais vaincre. J'étais condamné à osciller entre la vérité et le mensonge et à donner toujours plus de poids au mensonge pour éviter que la vérité ne me blesse davantage. J'étais un lâche avec moi-même et avec les autres et je ne devais pas m'étonner de rouler dans un véhicule privé de toute personnalité, qui roule mais qu'on ne voit pas. Une voiture tellement inintéressante à l'œil que si des passants en ligne le voyaient, l'un jurerait que c'est une vieille berline, l'autre que c'est un nouveau break tandis que le dernier serait déjà parti, ennuyé par tant d'inanité. Il en allait de même pour moi en tant que personne, on ne me remarquait pas et c'est toujours avec grand peine que je suis servi quand je vais seul au restaurant. Tout à l'heure par exemple, le diner était presque désert et pourtant j'ai vu la serveuse passer et repasser, passer et repasser, passer et repasser avant d'enfin m'apercevoir. Cet horrible malaise en moi devait être si fort qu'il en colorait mon sang jusqu'à me rendre invisible et si l'on rajoute à ça, la grimace d'absence d'Ilda s'étalant sur mon visage, je n'ai pas à m'étonner non plus de ne pas être une star hollywoodienne ni même du fait qu'aucun homme ne soit tombé amoureux de moi.
Inscription à :
Publier les commentaires (Atom)
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire