samedi 31 octobre 2009

La tolérance

En ce dernier jour d'octobre, jour du festival américain consacré aux goules, vampires et autres squelettes du diable, j'ai décidé de m'intéresser au créateur de toutes ces horribles créatures : l'Homme. Je ne suis pas ici pour descendre l'Halloween moderne des régions reculées de France qui se résument par des petits poignets tapotant sur des portes en mauvais état en espérant qu'elles s'ouvrent et qu'avec elles s'ouvrent également la boîte à gélatine. J'ai toujours peur pour ces gosses la nuit dans ma sombre région, toujours peur qu'un solitaire libidineux décide d'ouvrir pour se pencher sur une toute autre boîte à gélatine. Ils ne me font pas peur mais j'ai peur pour eux, pas que nos cités ne soient pas tranquilles, juste que commettre un crime un jour pareil, cela ne serait plus être criminel, cela serait avoir du timing. Les costumes sont cheaps, les gamins sont heureux et se gâtent les dents et mon unique souvenir conscient de cette fête et d'être descendu dans ma rue, un 31 octobre -sans doute pour promener mon chien invisible- et que ces mioches aux panoplies de zombie ou de fantôme, avaient l'air encore plus effrayé par moi que par toute autre chose, pourtant je ne faisais que passer et je devais porter comme toujours une chemise blanche et un long manteau gris. Mais mon allure est suspecte, elle est abominable car j'ai en moi tous les monstres de fable. Mon ventre est plein de spectres cracheurs de feu, de suceurs de sang épileptiques, de farfadets mangeurs de viscères et de lapins coupeurs de tête. Forcément qu'ils ont la trouille. La citrouille même.

Revenons-en à nos moutons ou plutôt à nos frères humains. J'ai déjà dû utilisé cette astuce et ce jeu de mots une fois dans ma vie, si quelqu'un retrouve où un jour, je me promets de lui offrir mon prépuce dédicacé. Une des notions les plus prégnantes dans notre société d'illétrés heureux est la notion de tolérance. Notion que je n'ai jamais réellement comprise tant les têtes pensantes actuelles pensent plus à se tirer sur les rotules et sur les glandes séminales (qui a dit testicule ?) qu'à traiter en profondeur et avec du temps devant eux des sujets qu'ils survolent en essayant toujours de trouver la phrase qui fera mouche et qui ne pourra pas être détourné sur internet ou à la une de quelconque canard satirique. J'ai donc décidé de faire des recherches en amont de ma méconnaissance et avec l'aval de ma conscience. J'ai donc été sur wikipédia :

Selon le grand auteur Wikipédia, la tolérance est : la vertu qui porte à accepter ce que l'on n'accepterait pas spontanément. C'est aussi la vertu qui se porte à se montrer vigilant tant envers l'intolérance qu'envers l'intolérable.
L'article nous explique que cette notion "s'applique à de nombreux domaines"
A un moment, y'a même Locke (le vrai pas le chauve handicapé de Lost) qui intervient pour dire en bon mort qu'il est désormais : "tolérer, c'est cesser de combattre ce qu'on ne peut changer"...ou comment toute la vie perd son sens. Même si évidemment, toutes les mesures qui entourent cette phrase ne sont pas là et je suis certain que Johnny ne donnait raison à cette sentence que dans une région bien spécifique.

M'enfin...je n'en sais pas beaucoup plus...tolérer, cela serait plutôt que de courber l'échine...simplement faire le dos rond...bien

Mais mes recherches ne s'arrêtent pas là ! Pris dans une fièvre savante absolument extrême, je fouille dans mes vieux ouvrages et autres traités d'alchimie épargnés par l'incendie de 1931, je me rends ensuite à la bibliothèque nationale d'Exeter où je rencontre Marta que je sodomise avec préservatif quelques heures plus tard (elle m'avait pris pour le fils de Kévin Costner) et après avoir éteint la télé et mis le son moins fort, je baisse les yeux vers mon armoire branlante et m'empare d'un tome de la Nouvelle Encyclopédie B*****

Sur la couverture, on peut lire au-delà du titre, ces inscriptions que je trouve excessivement douces :

X

tigron
____
zithum

C'est le bon bouquin, je suis sur la bonne voie et la nuit tombe dans mon verre d'absinthe.
Tolérance : (voir : lâcheté) hm pardon : (putain, c'est blindé de photos de l'Eurotunnel...il fallait bien se faire un peu de pub à l'époque...d'autant que c'était un gouffre financier sans fond)(il y aussi des photos de nègres et de chefs d'Etat...et de chefs d'Etat nègres)(y'a aussi un portrait de Tolstoï par Kamskoï où il ressemble à Florent Pagny)(y'a aussi des japonais et une toile merdique de Tobey)hmmmmmmmmmm
Tolérance : au sens large, action d'admettre sans réaction ou représailles...voir prostitution. Maisons de tolérance...

Un jour alors que j'essayais par d'incessantes contractions du bassin d'élargir au maximum ma zone rectale afin d'en expier quelques pièces bien senties, j'ai feuilleté un recueil de mots croisés de ma mère (c'est une vraie championne à ce machin) et je suis tombé sur cette phrase d'Arletti à propos de la fermeture des maisons closes : "Ils veulent fermer les maisons closes ? Mais c'est plus qu'un crime, c'est un pléonasme !"

J'ai trouvé ça drôle, j'espère que vous aussi. Tout ça pour dire que l'encyclopédie ne m'a pas vraiment aidé même si cette définition va plus dans mon sens que dans le sens que veut en donner la société : action d'admettre sans réaction ou représailles...VERTU d'accepter ce que l'on accepterait pas spontanément. En gros, on peut tolérer le bagne. Et pourtant ma mère et à la télé on nous dit : "Il faut tolérer le Noir, l'Arabe, le Polonais et l'Italien, il faut être tolérant"...mais être tolérant, ça veut dire qu'au départ ils nous emmerdent...c'est horrible d'être tolérant, être tolérant c'est être raciste et se taire...je n'ai pas envie d'être tolérant, j'ai envie d'être humain. Il y a bien évidemment des éléments perturbateurs dans chacune de ces souches ethniques et c'est eux que je dois tolérer...pas le reste...enfin...je dois tolérer les cons aussi...mais je fais ça spontanément. J'aime mon prochain spontanément comme je peux m'en foutre quand il passe à côté. Tolérance zéro : Amour 1...

Enfin je ne sais plus ce que je tolère et ce que je ne tolère pas et je me dis que ça va bien à l'homme de tolérer...d'être ce criminel silencieux qui ne rend jamais de comptes, d'être cette bête au palais froid qui cesse le combat, d'être cette poupée désarticulée qui saute par la fenêtre sans emporter le patron avec...

L'Homme du 21ème siècle est un accomodant, il est petit bras, il veut faire la révolution en restant dans sa chambre...un peu comme moi vous me direz mais moi j'ai choisi de faire avant tout le ménage en moi-même avant de peut-être m'attaquer à quelque tour d'argent...l'Homme d'aujourd'hui est monstrueusement tolérant et c'est intolérable...il tolère son racisme, les guerres qui se font à l'autre bout du monde, les landaux que l'on pousse sur les rails, les armes bactériologiques, sa foi en Dieu se réactivant tous les dimanche et s'éteignant à la première goutte de bière, ces programmes télévisuels indigestes où Machin va manger avec Machine et/où Machine essaie de rencontrer des mâles en mal d'amour et bon Dieu que c'est magnifique, l'amour c'est beau et la vie est une expérience formidable, oui, ça fait du bien de vivre des choses vraies pour une fois, surtout avec une caméra DV tenu par un pervers limpide au CV taillé dans le cristal, surtout avec en fond sonore un Coldplay d'il y a cinq ans et la voix-off d'une femme qui fait tout pour vous ressembler mais qui vendrait un rein pour tourner dans le prochain film de je ne sais quel crétin tout juste capable de reproduire le plus mauvais des Truffaut...il tolère le décolleté de sa fille de dix ans, le réchauffement climatique, le pathétisme de Yann Moix, les propos débilisés de TOUT CE BEAU MONDE DANSANT DANS LE PETIT ECRAN...il tolère tout cela..."putain c'était grave bien ce moment passé avec toi"...on a perdu notre langue, elle nettoie les chiottes d'un hôtel de luxe de Bombay...pas loin des ruines appelées villages occupées par les Intouchables qui ne sont tout sauf tolérer, ils existent autant que des mouches sur un pare brise, à peine le temps de s'apercevoir qu'une aile bat encore que déjà un des balais de l'essuie glace l'envoie valser près des trottoirs déglingués à frapper des femmes qui n'en sont pas encore...

Je ne suis pas très tolérant. Je prie pour ne pas être le seul tout en sachant que Locke aura raison au soir de ma mort. Je prie pour que la prochaine main qui tambourinera à ma porte connaisse un jour un ouvrage de Pascal (je suis français moi monsieur) autant que le corps d'une virtuelle*

* l'on peut aussi, évidemment, miser sur la chance et se dire que ce minot symbole aura droit à sa part charnelle

La tolérance ?
C'est la lâcheté qui s'habille de vertu
Charlie B.
éthymologiquement parlant
tolérer vient de supporter

sans rien dire il supporte
la télé qui va trop forte
et ce truc qui souffre là-bas ...pourtant
c'est papa, le cancer de maman

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AVEZ-VOUS EU ASSEZ PEUR POUR CE SOIR AHAHAHAHAHAHAHAH !
Tout de suite, un bonus non autorisé mais fort joli :

Une fortune de mer, Christophe Miossec

Une fortune de mer
Qui dérive dans les rouleaux
En fredonnant un air
Qui rappelle la douceur de tes mots
Une fortune de mer
Tout au large de Concarneau
Qui ne sait plus trop quoi faire
Pour que tu le remorques à nouveau
Une fortune de mer
Au beau milieu de l'Atlantique
Sur qui s'abat le tonnerre
La douleur est parfois magnifique
Une fortune de mer
Une épave sur les flots
Dis-moi à quoi ça sert
De m'être accroché à ta peau
Un homme qui récite des prières
Pour que tu reviennes à nouveau
J'aurais dû le faire avant-hier
Mais je n'ai pas su trouver les mots
Je t'ai perdue Esther
Et je me suis jeté dans les flots
Et j'ai rejoint la mer
Tout au large de Concarneau
Esther Esther Esther

mercredi 21 octobre 2009

Le temps n'attend personne

La rue est claire, électrique. A l'intérieur, d'inconcevables litanies de passants. Des enfants flippés et sous calmants, des femmes dépravée par l'absence d'amour, des hommes aux sourires effacés. Ils passent devant moi et je suis sûr de ne jamais les revoir. Je suis un pick-pocket, mon métier, si on peut appeler ça un métier, est de vous vider les poches en un éclair. J'officie à Montmartre depuis deux ans, c'est un bon coin, je dois à être le seul pick-pocket à exercer là-bas, la plupart se cantonant aux quais de métro et à d'autres points névralgiques de la capitale, comme les Champs ou le Trocadéro. Ne m'en voulez pas, il faut bien que je vive et je sais ça mieux que personne. Je ne garde toujours que l'argent liquide, laissant les cartes de crédit et autres pièces d'identité dans de grandes enveloppes cartonnées que je glisse dans la boîte aux lettres la plus proche. Ainsi, quelques jours plus tard, la "victime" récupère ses papiers les plus précieux et je garde bonne conscience.

lundi 19 octobre 2009

Tomber dans les feuilles par un soir d'octobre

Une journée morte et la nuit bleue acier pianote à ma fenêtre,
Les notes sont douces, savoureuses, comme j'aimerais que tu reviennes,
C'est un délit de passer l'hiver seul, cela rend trop amer,
Cela rend froid, même les lampadaires aux lourds globes de cristal
Ont froids ces soirs-là, ils espèrent éclairer les pas d'une jeune fille,
Celle qu'ils méneraient en rêve vers leur lit,
Celle dont il serrerait le sein jusqu'à ce que le jour crève.

mardi 13 octobre 2009

Elle m'a fait ce regard

Jennifer, une jolie blonde, élancée, mannequine ou presque, m'a un jour livré une prophétie :
La femme de ta vie aura les cheveux bouclés.

Et depuis ce jour, inconsciemment ou consciemment, je vis en me penchant un peu plus tendrement à chaque fois sur les porteuses de boucles brunes (car je n'aime que les brunes).
J'étais donc dans mon train, comme toujours, quand mes yeux croisèrent le visage délicat de cette fille aux teint doux et aux boucles parfaites. Je la trouvais jolie, très jolie et par instinct et pour ne pas la perdre des yeux, je décidai de m'installer à un siège d'elle à côté d'un vénérable homme de couleur. Le voyage perdura et malheureusement, une blonde s'était immiscée en prenant l'unique place qui nous séparait. Je l'avais donc un peu oublié, ne pouvant plus la voir et écoutant ma musique (Lisa Gerrard) et lisant mon livre (L'ombre venue de l'espace, nouvelle écrite à "quatre mains" par feu Lovecraft et feu August Derleth). On annonçait mon gare, je me levais, la cherchant définitivement. Elle ne jugea pas bon de lever les cils vers moi et je dus bon gré mal gré descendre sur le quai. Je marche et naïvement je regarde une dernière fois vers la fenêtre, autant dire vers elle. Et là, merde, elle me regardait, ses deux yeux pleins étaient plantés dans les miens alors que les portes se fermaient et que les différentes mécaniques assurant le mouvement se mettaient à nouveau en branle. Elle me regardait intensément, petits yeux chauds, comme une mère, une soeur, une amante, un amour de jeunesse, un amour tout court, la solution finale. C'était chose horrible, il faut le dire, que de me dévisager ainsi, sachant que j'allais l'aimer immédiatement. Je l'aimais, je l'aimais comme la vie, comme ce qu'est la vie, cette quête ridicule de ces mêmes yeux, de ce rêve de paix constante qu'il y a dans les yeux des femmes. Elle savait qu'elle incarnait cela, en partant vers l'infini, vers des destinations froides que je ne veux pas connaître, elle savait que j'allais tout faire désormais pour la retrouver. Elle savait que j'allais être obsédé, amoureux, possédé, détroussé de mes forces par la douceur de son regard. Elle savait tout cela et elle l'a fait car elle voulait ma mort, car elles veulent ma mort.

jeudi 1 octobre 2009

Parage.

Je ne sais pas vraiment par où commencer cette histoire, tant elle est invraisemblable et tant il me semble qu'il y aurait besoin de s'attarder sur tous les moindres petits détails de mon existence pour espérer peut-être la comprendre un peu mieux. Toujours est-il qu'elle est horrible et que c'est au prix de fièvres et autres vomissements sûrement récurrents (ne vous en faites pas, ici, il n'y aura que le récit, les quelques désagréments liés à sa conception vous seront épargnés) que je m'en vais vous la retranscrire le plus fidèlement qui soit. Encore qu'il faille se méfier de moi également tant mon esprit a du mal à se fixer ces derniers temps, il faut dire que je suis dans un état de nerfs relativement instable depuis la fin de cette histoire et que si je l'écris, c'est uniquement avec l'espoir que ça puisse faire cesser mes migraines incessantes. Mais mes maux de tête sont sûrement des préoccupations mineures pour vous et je m'en vais de ce pas entrer dans le vif du sujet. Je crois être le dernier témoin encore en état d'exprimer ce qu'il ressent vis à vis de tout cela alors je suis désolé si à cause de moi et de ma piètre qualité de rédacteur, vous vous sentez perdu parfois ou pire, si vous vous ennuyez. Peut-être que plus tard un auteur courageux reprendra mon récit pour le tremper dans une sauce plus commerciale mais je doute que quelqu'un veuille reprendre quelque chose d'aussi sale, quelque chose d'aussi dérangé, à moins de vouloir avoir du sang sur les mains ou être désireux de s'attirer l'amitié de quelques mauvais esprits. Car on ne sort pas indemne de ce manège-là, non croyez-moi mais je sais que vous êtes suffisamment habitué à l'horreur pour ne pas vous sentir totalement ravagé par cette lecture. Et puis après tout et comme je vous l'ai déjà dit, je ne fais ça que pour moi, en espérant que ça puisse m'aider à me sentir mieux, en espérant que le crachat de toute cette folie macabre réparera quelque chose en moi. Les psychologues ne comprendraient pas, j'ai perdu mes amis et mon frère, alors le livre.

Je vais tout d'abord m'attarder sur le premier fait plutôt traumatisant de mon existence car je pense qu'il a sa place, si non dans l'intrigue, au moins dans une certaine prédestination chez moi à être témoin de l'impossible. J'avais seize ans à l'époque, gamin plutôt réservé mais pas exclu, et même si je savais à ce moment-là très peu de choses sur moi ou sur les autres, ce dont j'étais absolument sûr, c'était que j'étais amoureux de Lisa Garland. Une fille comme en fait plus, sorte d'amalgame parfait entre le chat et la femme, petit être qui au travers de toutes ses attitudes, transportait quelque chose d'irrésistible. C'était la fille qu'il me fallait, elle me mettait du soleil dans les yeux sans même avoir à me regarder, elle semblait fragile et forte à la fois, elle semblait n'être capable que du meilleur, elle semblait avoir été conçu pour me faire du bien et uniquement du bien. Tous les jours j'espérais qu'elle remarque cette chose qui brûlait en moi, qu'elle devine derrière ma peau mon coeur transformé en un morceau de roche en fusion. Qu'elle lise dans mes yeux les cascades de feu qu'elle faisait naître, bref, qu'elle comprenne comme dans un rêve et sans qu'un seul mot soit dit car j'en étais incapable. Mais comme cette histoire prend plus l'allure du cauchemar dans sa finalité, elle ne le comprit pas et c'est tout naturellement qu'elle se tourna vers l'un de mes amis, l'intello de la classe, Steven Nolan. Steven Nolan plutôt que moi, quelle déconfiture ! Il est pourtant normal qu'elle l'ai choisi lui car derrière ses bonnes notes obtenues sans même avoir eu l'air de réfléchir une seule fois, comme si tout était acquis, il était aussi assez bon orateur et avait la discussion facile. Bref, il parlait, il était tranquille, moi je ne parlais pas, j'étais tracassé. A cet âge-là, tout se résumait ainsi et il paraissait juste et ce malgré toute l'intensité et toute la lumière mise dans mon sentiment que Steven reparte avec Lisa à la fin de la foire. La foire en l'occurrence c'était l'année scolaire et sa fin approchait à grands pas, je ne devais pas avoir l'air très net à cette époque-là de cette année-ci. Je devais en vouloir énormément à Steven sans pour autant lui avoir avouer quoi que ce soit concernant Lisa parce que c'était à elle et à personne d'autres que je devais le dire, je devais être irascible avec tout le monde sauf avec elle, une véritable lavette, un nounours sans âme. Le seuil critique était depuis longtemps atteint et j'étais en train de réaliser qu'il allait falloir que j' agisse si je voulais que la situation tourne en ma faveur. Un soir d'avril donc, après une journée, le jeudi, je m'en souviens parce que le jeudi j'avais trois heures d'affilée juste à côté de Lisa. Je m'étais dit : « Embrasse-la, à la fin de cette heure, tu l'embrasses » la sueur me montait, la passion me brûlait les tympans, ma gorge était sèche alors je me disais : « Tu ne vas pas l'embrasser avec la gorge sèche, elle va t'en vouloir toute ta vie pour ce baiser tout sec » alors j'attendais que ma bouche se réhydrate, je léchais mes lèvres tout en faisant bien attention à ce qu'elle ne remarque rien, elle était si belle, ce n'était pas humain, à mon âge, c'était normal de ne pas tenir et de ne pas savoir quoi faire, c'était comme si une créature s'était échappée du paradis et qu'il fallait la traiter comme les autres, c'était impossible, ange elle était, ange elle restera. Et les anges n'ont pas de sexe, la sonnerie, violente et salvatrice, vrilla dans toutes les classes et couloirs. Ce ne serait pas pour aujourd'hui, j'étais confus, à la fois malheureux de ne pas avoir osé , à la fois content d'avoir encore toutes mes chances. Elle, elle ne voyait rien de tout cet atermoiement, de toute ces folles machinations qui se faisaient dans mon esprit avec comme point de mire, le rose de ses lèvres. Elle partit sans me dire au revoir, j'étais affligé, je ne pouvais plus, il fallait que je le dise, il fallait que j'avoue mon amour pour elle. Je pris donc la décision d'en parler à Steve après les cours, il finissait une heure après les cours, pas grave je l'attendrais.
Si toutes ces circonvolutions estudiantines à deux sous ne vous intéressent pas je n'y peux rien, j'ai besoin de souffler encore une dernière fois avant d'attaquer le dur et ces souvenirs, même cruels, me paraissent d'une douceur infinie comparée au reste.
Ma carcasse s'affala dans un couloir voisin. Tout n'était que bois et mauvais plâtre, enfin, ça n'était ni du bois ni du plâtre mais ça y ressemblait, des lattes au sol, aux murs, peut-être même au plafond, il n'y avait bien que des étudiants pour vivre là-dedans. Une demi-heure passa, mes émotions s'étaient au quatre coins de mon cerveau, j'avais un peu oublié ce qui s'était passé et pourquoi j'étais là, j'attendais Steve et mon walkman balançait la compote à la mode de je ne sais plus quel groupe dans je ne sais plus quel genre. Comme souvent, j'arrivais à me distraire assez rapidement de la réalité abrupte des choses, j'arrivais à me foutre du baume au coeur grâce à telle ou telle branche rattrapée, je me disais que j'avais mal interprété l'un de ses regards et qu'elle aussi sans doute ne pensait qu'à m'embrasser cet après-midi, je me disais que rien n'était joué, que demain il se passera quelque chose d'extrêmement et que toutes mes peurs seront dépassées. Je me trompais, il n'y aurait pas de demain, Lisa s'installa à quelques mètres de moi. Mon coeur a bondi comme singe en cage,
elle était là pour moi, pour sa déclaration. Cette idée s'effaça aussi rapidement qu'elle était apparue pour laisser place à l'amère vérité, elle attendait Steven elle aussi. Je n'avais donc plus aucune raison d'être dans ce couloir. Nous n'allions pas pouvoir être tous les trois ensemble. Je ne peux pas avouer mon amour pour Lisa si Lisa est juste à côté de moi. J'étais piégé, il me fallait maintenant un prétexte pour attendre Steven sans pour autant devoir rentrer avec lui. Je rêvais que j'étais doué de super-pouvoirs et que je pouvais me volatiliser en un instant. La sonnerie, encore plus violente qu'il y a une heure, se fit entendre, j'étais foutu. La porte de la classe s'ouvrit, inutile de dire que d'ici là ni Lisa ni moi ne nous étions adressé un seul regard. Frédéric Temple fut le premier à sortir le sourire jusqu'aux dents de me voir moi, son seul « ami » l'ayant attendu. En temps normal c'est à dire sans Lisa dans les parages, j'aurais tout fait pour qu'il disparaisse lui aussi et qu'on ne me voit pas à ses côtés mais l'occasion était trop belle. Il me sauvait la mise aux yeux de Lisa et j'étais sûr que Steven ne m'en voudrait pas. La joie et la décontraction de cet heureux hasard furent cependant de courte durée car c'est par un baiser long et profond que Lisa et Steven s'étaient rejoints. Ils s'embrassaient sous mes yeux, mon ami et la fille que j'aimais et je n'existais plus, ni pour eux, ni pour moi. Frédéric posa sa main sur mon épaule et dit : « Bon ben on va y aller non, faudrait pas déranger les amoureux ». Cette déclaration me fit encore plus mal que le spectacle salivaire auquel se livrait Monsieur et Madame car elle avait le tort de me sortir du choc, de la violence, de la putain d'impossibilité de tout cela en mettant des mots par dessus. C'était donc vrai, ma vie était foutue. Il faut malgré tout remercier Frédéric qui a toujours su alors que je le traitais comme un rien, que j'étais amoureux de Lisa et que j'en souffrirais et qui a veillé à ce qu'on fuit mon charnier passionnel le plus vite possible. Nous rentrâmes silencieux et ses rares tentatives d'apaisement échouèrent dans l'amertume, lourde mais anesthésiante, que je portais comme un manteau ce soir-là. Il n'y avait plus d'avril, tout était mort, j'en étais sûr. Il n'y avait plus que l'inéluctable fait que personne en ce bas-monde n'oserait jamais m'aimer même pas un peu. Je me disais : « C'était la seule et elle n'est plus, tu aurais dû l'embrasser cette après-midi, ça aurait tout changé, pauvre idiot ! ». Il n'y avait pas place en moi pour le bonheur ou la faute des autres, bonheur d'oser entre eux, faute de ne pas voir que je risquais d'en souffrir. Encore qu'ils ont dû le voir mais qui sont encore ces gens qui sacrifient un baiser presque acquis simplement parce qu'un troisième risque de mourir de ne jamais l'avoir. S'aimer, c'est forcément en faire souffrir un troisième. Que ce troisième soit connu ou non, juste ou non dans son amour.
D'ailleurs j'en profite ici pour dire et parce que ces histoires de coeur m'ont toujours attendries qu'un amour qui ne s'avoue pas n'est pas un amour juste, il est injuste vis à vis de l'amoureux et vis à vis de celle qu'il aime car si jamais cet amour est le vrai, pourquoi ne pas le donner directement à l'aimer, si elle n'attend que ça !
Trêve d'enfantillages ! J'arrive chez moi et mécaniquement, je prends le téléphone. « Je peux passer...tu es seul ? » « Oui pas de problème ». Après un dîner à peine considéré, je vais par la rue, observé par les dernières sursauts d'orgueil de ce soleil couchant, rue qui me sépare de la maison familiale des Nolan, maison avec tout ce qu'il faut de perron et de blanches façades, maison dupliquée pendant plusieurs kilomètres, nous sommes dans une cité résidentielle banale dans une ville banale où malgré tout les coeurs arrivent à chavirer et où même pour les plus jeunes des merveilles de tragique peuvent apparaître. Je sonne, pas de réponse, la chambre de Steven est allumée mais le reste est dans le noir, je sonne encore, pas de réponde, je frappe à la porte, même résultat, les parents de Steven doivent être sortis et cet idiot écoute encore la musique trop fort. Je pousse la porte, miracle, elle était déjà ouverte, j'appelle « Il y a quelqu'un ? Steven ? », toujours rien. Je sens tout de même une présence sur ma droite dans le coin cuisine. C'est difficile à dire mais je sens qu'il y a quelque chose de vivant dans ce coin-là mais il fait déjà trop sombre pour y voir quoi que ce soit, comme si la nuit d'avril s'était changée en nuit de janvier. J'aperçois une ombre à ma droite, peut-être le chat ou un gros fruit. A tâtons et alors que je ne sais plus vraiment ce que je fais là, mes doigts arrivent à renverser l'un des interrupteurs simulant le jour dans la pièce vide. Car il est sûr désormais qu'elle est vide, il n'y a personne dedans, il n'y a qu'une seule chose qui dénote c'est cette grosse masse sombre posée sur la table. Sans le vouloir vraiment mais curieux, voulant savoir, m'assurer que non ça ne peut pas être ça, je fais le tour de la table jusqu'à arriver en face de cette masse. Je regarde mes pieds tout d'abord, je viens de marcher dans une fine flaque de sang. Mes yeux remontent jusqu'à d'autres yeux, écarquillés et fous. Je me recule, la masse sombre et comme vivante n'était rien d'autre qu'une tête tranchée et pas n'importe quelle tête, celle du père de Steven. Je me dis : « Ce n'est pas possible, c'est sûrement une farce, ils ont dû confectionner ce masque eux-mêmes avec une citrouille et un peu de peinture », cette idée encore une fois ne tient pas devant la funeste découverte, on ne peut pas reproduire à l'identique toutes les rides, toutes les pliures, toutes les veines d'un visage humain, on ne peut pas. Après avoir bien détaillé ce visage épouvanté et détaché de son corps, mon sang froid s'éclipsa et je jugeais bon de faire de même. Je n'eus même pas le temps de reprendre mon souffle que j'étais chez moi en sueurs, mon père me fixant d'un drôle d'oeil.

La Pieuvre - Dans le monde subaquatique

Le monde avait changé. Le ciel avait pris la teinte de l'encre chinoise. Autour de nous, des parois translucides ondulant comme des miroirs mouvants. Devant nous, un interminable couloir. Sous nos pieds, un tapis rouge s'étalant à perte de vue.

* - Où sommes-nous ?

Adma - Nous sommes dans une partie de ton imaginaire, tu ne reconnais pas ?

Je creusais un petit peu, écarquillant tant bien que mal mes yeux au sein de ce paysage surnaturel et une nouvelle fois, la vérité m'heurta sans mettre de gants. Nous étions dans un pays que j'avais rêvé quelques années plus tôt, à l'époque où j'étais tout jeune et quand je m'inventais encore des histoires. J'avais imaginé ce royaume sous-marin de A à Z, sa longue et (presque) interminable route principale menant les plus courageux (et seulement les plus courageux) vers le royaume en lui-même, véritable pot-pourri des architectures grecques et bohémiennes, monde où toutes les femmes étaient brunes et où tous les hommes étaient bons. Un monde comme on s'en fait à sept ans. Un monde comme je m'en faisais, c'est vrai.

Adma - Tu t'en souviens maintenant ? Ca ne te fait pas plaisir de voir en vrai tout ce que tu as fantasmé ?

* - Si mais quelque part ça me gêne, ça me gêne parce que j'ai perdu tout ça, tout cet imaginaire, tout ce fantasme, toute cette création. Ca me gêne parce que je ne m'y reconnais plus.

Et à vrai dire, j'étais également gêné par le fait de me livrer à l'intérieur d'un appendice fictif à une créature elle aussi tout à fait fictive. J'étais gêné par ma démence, par l'aspect presque ridicule de cette histoire.

Adma - C'était pourtant bien toi l'architecte d'une telle chose, c'est pourtant bien ton esprit qui en est l'origine. Comment se fait-il que tu ne t'y reconnaisses plus ?


Il avait pris un ton particulièrement prévenant et amical, sa question était tout à fait soucieuse et tournée vers moi.

* - Je ne sais pas, je ne sais pas vraiment ce qui a cloché et ce qui a fait que je n'ai plus imaginé grand chose. Peut-être ai-je grandi tout simplement.

Adma – Quand tu dis ça, je sais et je sens bien que tu n'y crois pas un seul instant et que tu sais et que tu sens bien que c'est une chose bien précise qui a causé ta perte ou du moins celle de ton imagination, de ta curiosité. Maintenant et comme c'est ma mission, il va falloir que tu me dises ce que c'est et ce qu'il s'est passé.

* - Tu as raison mais tu as tort, je sais en effet qu'il doit y avoir un truc mais je ne sais pas quoi. Je ne sais pas comment j'ai pu autant me désenchanter. Comment j'ai pu perdre autant de force.

Adma – Ton problème est assez grave mais il est aussi assez facile à débrouiller. Déjà, à t'écouter, il y aurait « désenchantement », « perte de force » comme si cette déréliction était la faute d'éléments supérieurs, d'énergies magiques et autres coups du sort alors qu'en vérité, tout est entièrement de ta faute. Je n'ai pas peur de te le dire car je ne connais pas la peur, tu t'es laissé perdre. Il devait y avoir dans cette manière de sombrer, un certain confort, une certaine facilité, un millier de petites bonnes raisons et tu t'y es attaché.

* - ...
* - Ce n'est pas ça, ce n'est pas ça...

Adma – N'essaie pas de garder la face à tous prix avec moi, ce n'est pas la peine, je ne t'abandonnerai pas si j'étais déçu par toi car je préfère un homme décevant mais réaliste à un homme enthousiasmant mais sans assise dans le réel. Encore qu'il faille que je parle d'idées plus que d'homme étant donné que tu es le seul que je connaisse.

Avez-vous vu passer un clown ?

Le dernier pour la route d'un mec dont ou d'une nana dont je ne veux pas nécessairemment connaître le nom

Le sujet (l'alcoolisme et ses conséquences) fort et peu traité (on se souvient quand même du glauquissime Leaving Las Vegas), méritait mieux que ce film creux et qui ne creuse jamais profond, on s'ennuie, on aurait aimé que François Cluzet, l'un des acteurs les plus forts du cinéma français, nous en foute plein la gueule mais on en pas trop l'occasion...le film est plat, la souffrance presque inexistante...comme si l'on pouvait guérir de l'alcool facilement alors que l'une des idées du film est de dire tout le contraire...la présence de la SURESTIMEE Mélanie Thierry n'y changera rien tant l'esquisse de relation présentée dans le film semble nulle et sans vigueur...un film à oublier, aussi marquant qu'une cuite au panaché.

Cook me a smile

How to Lose Friends & Alienate People de Robert Weide

Ce film au titre français réducteur (un anglais à New-York)
A le mérite de faire partie de ces petites comédies romantiques sans prétention
Avec des acteurs et des actrices tout à fait charmants
Et des situations attachantes,
En bref, ce n'est pas un chef d'oeuvre mais je ne demande pas ça à une comédie romantique
Consommée un après-midi d'octobre
Non, je demande simplement à ce genre de films d'avoir une âme, d'avoir un peu de coeur,
Car pour l'amour c'est essentiel !
Et il en a c'est sûr (ainsi que pas mal de clichés mais aussi pas mal de scènes qui donnent envie d'être IN LOVE ou qui font rire "ahahah")
(et puis Kirsten Dunst est trop)
Fin