C'était juste après les fêtes, un bourdonnement imperceptible. Il fallait prendre des bonnes et longues douches et soulever son ventre, une légère pointe dans le tympan. Comme un petit peu d'eau niché dans le canal auditif, rien de grave, pencher la tête cinq secondes et réentendre le monde tout à coup, ouvert et vrai et non plus étouffé. Chanter, the Shadow of your smile, entière, rien à dire. Walking with the deads into a night of silence.
pardonnez-moi. j'écris d'un monde qui n'existe pas. un monde qui, à cause de cette légère anomalie a perdu toute la somme de cohérences acquises pendant deux millénaires. d'ailleurs, moi-même je n'existe pas, un humain doté de telles nuances dans l'élocution est impossible maintenant. disons que je suis une idée, un espoir, un drapeau. je suis tout ce que ces gens dans cette affliction auraient aimé laisser aux générations futures. je suis le langage, la forme, le fond. je suis ce qui ne sera plus.
Avant qu'Il ne se déclare, j'avais toujours vécu la peur au ventre. A dire vrai, je vivais de rêves en rêves, je vivotais entre eux. Chaque jour je me mettais dans les bras d'une femme différente ou à la tête d'une nouvelle affaire florissante. Je me plaisais à revêtir toutes ces casquettes dans le secret de mes contemporains. Il ne devait rien savoir de moi. Les passantes devaient toujours penser que je n'étais qu'un être faible et dégoûtant pour que je puisse les deshabiller tranquillement. Si elles devinaient seulement les paradis que j'inventais pour elles, elles s'affoleraient c'est sûr. Je devais rester celui que je croyais devenir ou tout tomberait par terre. A ce moment là, je ne me rendais pas compte de mes faiblesses.
Si l'on devait résumer les choses basiquement et de manière ordonnée, n'importe laquelle de mes connaissances me décrirait ainsi : un jeune homme pas très bavard, au teint pâle et à l'air effacé. Son travail ? Je crois qu'il fait la nuit, je ne sais plus où, dans une usine peut-être dans un hôtel. Des petites amies ? Je ne sais pas, quand je le croise il est seul, il me dit souvent qu'il est sur des pistes mais on en sait jamais plus. Mon avis général sur lui ? Je l'aime bien mais il ne fera que passer, je n'ai pas l'impression de pouvoir lui dire grand chose ou qu'il pourra m'apporter quoi que ce soit.
J'étais en effet, un être parfaitement aimable. J'étais également une chimie des plus creuses. Je n'avais pas appris à parler. Mes parents dans toutes les époques que mon cerveau façonne maladroitement n'avaient jamais cessé d'être des amas de chairs beuglantes dénués de sens. Il est commun également qu'une seule image et qu'un seul souvenir nous vienne en tête quand on vient à nous questionner sur l'enfance. Certains se rappellent de leur balançoire, d'autres du sein de maman, d'autres encore de la pâte à sel ou des ruades entre frères. Moi, je n'avais aucun souvenir de rien. J'étais une carcasse émotionnelle formidablement vide qui comme dit précedemment se contentait de morceaux de désir dérobés on ne sait où. J'étais un mal de l'époque, une absence de volonté. Lorsque l'on me disait de me tenir correctement à l'école, je ne rechignais pas mais je ne percevais pas absolument pas la finalité de tout ceci. Quand mes examens furent acquis, ma position n'avait pas bougé d'un iota. Ce n'est pas tellement que j'hésitais mais il était alors strictement inadmissible d'agir autrement. L'action n'était pas pour moi. C'est avec l'âge et les premières sorties que la peur a commencé à grossir.
je signale que. bien que cette introduction soit un tantinet verbeuse. elle est nécessaire à la bonne compréhension de mon histoire et donc de l'histoire de l'homme tel qu'il n'existera plus. voilà pourquoi rien ne vous sera épargné.
Elle était là dans ces sous-sol où l'on dansait des grands bonheurs. Elle était là quand il fallait faire le premier pas et quand je ressentais non plus une absence de volonté mais le regret de celle-ci. Je regrettais de ne pas pouvoir chuchoter aux oreilles des jeunes filles car je me disais que ça devait être agréable. Le monde tournait autour de ces chuchotements et j'étais assis dans mon silence. Quelquefois, une audacieuse, une malade, une miraculeuse osait me tirait le bras pour le coudre autour d'elle. Là, j'évoluais dans un temps et un espace où terreurs et paniques rythmaient toute la scène. C'était l'arrivée de réalité dans le giron du rêve et comme toute fin de conte ça tenait de l'effrayant. Pourtant à cet âge-là et c'est dommage pour moi, les filles n'étaient pas encore toutes des sottes, esclaves à leur tour d'un tout autre système. Mais là n'est pas la manoeuvre donc revenons à moi, les mains crispées, et, suintant sur le ciel des robes. Car il faut le comprendre et ceci rapidement car la fin viendra vite mais ces petites filles aux doux airs piétinaient en valsant mes fameux châteaux de sable.
Des châteaux pourtant célèbres dans les quatre coins du monde, farcis de douves et de donjons aux solides charpentes, avec ses chapelles vives, ses guérites solides. Alors comment rien qu'un pied de fillette pour écraser ces constructions fortes de plusieurs millénaires ? C'est facile, à l'heure des bals, le pied de fillette et le château de sable appartenaient à la même famille, celle du néant. Cependant l'univers est complexe et avant d'être au parfum, il me fallait comprendre également que même le néant avait plusieurs étages. Cela n'est pas très clair je sais mais cela ne l'était pas pour moi. Il faut saisir aussi que cela ne fait pas longtemps que je sais si je travaille effectivement dans une usine ou bien dans un hôtel.
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We are puppets. Nous sommes des marionnettes. Certains disent du destin, d'autres disent du désir. Je dirais plutôt que nous sommes des marionnettes. Nous ne pouvons qu'avancer dans le noir. Nous n'avons pas grand chose à dire et parfois quand c'est fait, il n'y a personne pour nous écouter. Nous sommes des êtres de chairs, de sang, d'os, nous sommes faits pour nous reproduire. Pour engendrer convenablement et perpétuer la folie. Vivre est une folie, un mal de crâne épouvantable. Et puis il y a ces petits moments qui font que l'on supporte. Ces fois où, porté par la lumière du jour, on a envie de tout embrasser. Ces fois où, une tête se penche sur vous, une main est passée dans vos cheveux, des lèvres se mettent à traîner là où vous avez toujours cru que c'était infect. Ces fois là où un ami vous fait comprendre quelque chose de beau. Il n'y a rien de plus enrichissant et de plus fragile à la fois que de comprendre quelque chose de beau. Nous sommes des marionnettes, nous vivons le nez tendu vers le soleil en espérant qu'il fonde ou quelque chose s'en rapprochant. Nous n'irons jamais parler à la coiffeuse comme dans les films car c'est sûr, elle nous balancerait à la justice. Cet homme m'a parlé, il ne fait jamais ça d'habitude, parler à un inconnu, c'est au-dessus de ses forces. Quel acte monstrueux ! Il est sorti de son rôle. Vous a-t-il blessé ? Non, il m'a violé correctement. Cet homme. Vous êtes buveur ? Joueur ? Menteur ? Vous faites parti d'une secte ou d'une organisation parasataniste ? Avez-vous fait vos rappels ? Quelle question ! Je lui ai adressé la parole, j'avoue tout. J'avais les yeux qui partaient dans tous les sens, le front en sueur, les mains ramollis, le corps et l'âme tous entiers déchirés. Il fallait que je lui parle pour...vous voyez...nous sommes des êtres vivants...c'est dans nos qualifications de naissance...Pourquoi ne pas avoir attendu votre petite en tailleur gris comme tout le monde ? Pourquoi ne pas avoir guetté la vilaine secrétaire qui vous traiterait comme un rien ? Pourquoi ne pas avoir patienté le temps que les formes de votre demi-cousine s'apprennent ? Pourquoi pas monsieur ? Vous devez être un sacré pervers pour parlez avec une telle angoisse à une coiffeuse. Les coiffeuses sortent généralement avec des ouvriers incapables. Les hommes d'esprit tel que vous doivent eux s'en remettre à la paume et au sifflet comme on dit. Les hommes d'esprit tel que vous tombent sur des filles de bonne famille et se doivent de trouver un travail pour subvenir aux besoins conséquents de ces dernières. Les hommes d'esprit tel que vous monsieur, se doivent de mettre un tout petit peu l'esprit de côté s'ils ne veulent pas finir creux et catatoniques. Je me suis mis à penser que cette coiffeuse pouvait être quelqu'un de tout à fait charmant au-delà de sa fonction clairement débilisante. Je me suis mis à penser que derrière les franges parfaites et les bigoudis installés, une femme en émotion, sommeillait tendrement. Monsieur, une coiffeuse est une coiffeuse, elle coiffe, elle met en ordre les révolutions capillaires du quidam et ensuite elle s'en rentre chez elle, avec ou sans ouvrier. Elle n'en aurait rien à faire de vos histoires et de vos breloques déroulées à la plume et à l'encre. Les coiffeuses ne sont pas là pour vivre d'amour, de mots et d'eau fraîche. Les coiffeuses marchent à l'eau tiède. Je ne sais pas quoi faire de vous monsieur maintenant, vous êtes en tort mais je ne peux pas vous frapper sur la nuque, vous risqueriez de bâtir une grosse oeuvre sur cette maltraitance et de vous en féliciter par la suite, me faisant passer pour ridicule. Je ne suis pourtant pas ridicule, je dois seulement vous faire admettre qu'enfreindre le silence est un crime punissable. Des gens ont souffert plus que vous pour que ce silence existe. Des gens qu'on a mis en cage, qu'on a réduit à l'état de larves, pire même que les larves, pour que ce silence existe et soit respecté. Des gens ont eu la gorge tranchée pour ce silence, des femmes furent gazées à la chaîne pour ce silence. Des enfants, là pas si loin, à quelques kilomètres, en file indienne, fusillés, le chef de file, une balle dans le front, celui qui est tout à la fin voit tout le monde tomber. Tout ce monde pour ce silence et vous, sans considération aucune, vous vous permettez un romantisme avec cette coiffeuse au demeurant très peu jolie. Merci monsieur l'agent, vous savez, je me contente de faire mon travail, d'ailleurs sur vous, je verrais bien je sais pas moi, une houpette. Nous verrons cela plus tard, je dois d'abord m'occuper du monsieur. J'accepte, j'accepte, je deviens ouvrier. Vous ne pouvez pas monsieur, votre qualité est celle d'un homme de lettres, vous hantez les salons, vous mangez de la viande froide, vous rêvez plus que tout. Vous trempez votre doigt dans la misère et vous le ressortez et vous écrivez avec les larmes aux yeux, des larmes lumineuses. Vous faites la figure du siècle et nous derrière nous corrigeons selon nos méthodes. Ce qui fait que vous laissez derrière vous une impression douce et nostalgique d'une époque morte, proprement annihilée et que vous ne faites que réchauffer timidement le coeur de quelques aventuriers de la langue. Ils ne feront rien comme vous n'avez rien fait. Vous allez écrire des livres monsieur et des très intelligent mais vous ne ferez rien. Nous marcherons, nous construirons une Terre vue de l'espace encore plus juste qu'elle n'est aujourd'hui. La coiffeuse croisera son ouvrier et leurs machoîres s'uniront et sans même que l'acte ait ou non consistance, ils auront fait l'amour. Vous détaillerez les matins et nous les ferons jaillir. Vous périrez avec le sourire désastreux du savant et nous, nous continuerons. Destin, désir, non, juste un temps s'étirant jusqu'à sa limite. Disparition. Que l'on soit le premier ou le dernier dans la file, nous finirons le corps moite, gueulant et cherchant dans les draps.
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