jeudi 4 décembre 2008

Island of memory

DOUZE HEURES DE SOMMEIL DANS LES TRIPES
AND
UN TITRE EN ANGLAIS
AS EVER
MAIS UN REVE SANS MOT
SANS SIGNIFICATION
A PART
LE MOUVEMENT DES CORPS
ET LES PORTES
DES MILLIARDS DE PETITES CELLULES
ET LES PORTES
ET UNE IMPRESSION DE SABLE
PLUTOT MEME
DE MARRON
ET LES PORTES
LES PORTES
UNE ACTIVITE BIEN SPECIFIQUE
DERRIERE CHACUNE D'ENTRE ELLES
DANS CES PIECES
J'AI VECU TOUTES LES ACTIONS "INIMAGINABLES" DE LA VIE
A GASP
JE SUIS
OR
I HAVE TO MAKE MY WAY QUICKLY
SO QUICKLY
SO QUICKLY
QUE JE LE FAIS DE PLUS EN PLUS LENTEMENT
LIKE AN INJURED PERSON
LIKE MYSELF
AND NO ONE CAN SAY THAT
JE NE SUIS PAS INNOCENT
JE DOIS FAIRE DISPARAITRE LES PORTES
TOUTES CES MANIERES DE DEVINER
TOUS LES TREMPLINS AU REVE
I HAVE TO BE THE ROOM


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L'ERREUR %


Les poètes de 7 ans, Lettre à Paul Demeny



1 Et la Mère, fermant le livre du devoir,S'en allait satisfaite et très fière, sans voir, Dans les yeux bleus et sous le front plein d'éminences,L'âme de son enfant livrée aux répugnances.
5 Tout le jour il suait d'obéissance ; trèsIntelligent ; pourtant des tics noirs, quelques traits Semblaient prouver en lui d'âcres hypocrisies. Dans l'ombre des couloirs aux tentures moisies, En passant il tirait la langue, les deux poings10 À l'aine, et dans ses yeux fermés voyait des points. Une porte s'ouvrait sur le soir : à la lampe,On le voyait, là-haut, qui râlait sur la rampe, Sous un golfe de jour pendant du toit. L'été Surtout, vaincu, stupide, il était entêté 15 À se renfermer dans la fraîcheur des latrines : Il pensait là, tranquille et livrant ses narines.
Quand, lavé des odeurs du jour, le jardinetDerrière la maison, en hiver, s'illunait, Gisant au pied d'un mur, enterré dans la marne 20 Et pour des visions écrasant son œil darne,Il écoutait grouiller les galeux espaliers. Pitié ! Ces enfants seuls étaient ses familiersQui, chétifs, fronts nus, œil déteignant sur la joue, Cachant de maigres doigts jaunes et noirs de boue25 Sous des habits puant la foire et tout vieillots, Conversaient avec la douceur des idiots ! Et si, l'ayant surpris à des pitiés immondes, Sa mère s'effrayait ; les tendresses, profondes, De l'enfant se jetaient sur cet étonnement. 30 C'était bon. Elle avait le bleu regard, — qui ment !
À sept ans, il faisait des romans, sur la vie Du grand désert, où luit la Liberté ravie, Forêts, soleils, rives, savanes ! — Il s'aidait De journaux illustrés où, rouge, il regardait 35 Des Espagnoles rire et des Italiennes. Quand venait, l'œil brun, folle, en robes d'indiennes,— Huit ans, — la fille des ouvriers d'à côté,La petite brutale, et qu'elle avait sauté, Dans un coin, sur son dos, en secouant ses tresses, 40 Et qu'il était sous elle, il lui mordait les fesses, Car elle ne portait jamais de pantalons ; — Et, par elle meurtri des poings et des talons, Remportait les saveurs de sa peau dans sa chambre.
Il craignait les blafards dimanches de décembre, 45 Où, pommadé, sur un guéridon d'acajou, Il lisait une Bible à la tranche vert-chou ; Des rêves l'oppressaient chaque nuit dans l'alcôve.Il n'aimait pas Dieu ; mais les hommes, qu'au soir fauve, Noirs, en blouse, il voyait rentrer dans le faubourg 50 Où les crieurs, en trois roulements de tambour, Font autour des édits rire et gronder les foules.— Il rêvait la prairie amoureuse, où des houles Lumineuses, parfums sains, pubescences d'or, Font leur remuement calme et prennent leur essor !
55 Et comme il savourait surtout les sombres choses, Quand, dans la chambre nue aux persiennes closes, Haute et bleue, âcrement prise d'humidité,Il lisait son roman sans cesse médité, Plein de lourds ciels ocreux et de forêts noyées, 60 De fleurs de chair aux bois sidérals déployées, Vertige, écroulements, déroutes et pitié !— Tandis que se faisait la rumeur du quartier, En bas, — seul, et couché sur des pièces de toile64 Écrue, et pressentant violemment la voile !26 mai 1871
*
Né le 8 février 1844 à Douai, Belge naturalisé Français, il avait vécu une enfance austère. Il avait été reçu au baccalauréat de philosophie en août 1863, puis avait décidé d'abandonner ses études et de vivre de sa plume. En 1867 il commence à composer un recueil nommé Les Glaneuses, qu'il publia, en autoédition, en 1870 à la Librairie artistique, dont il était copropriétaire. Ceci, bien que Rimbaud méprisât sa poésie, lui donna aux yeux du jeune poète ardennais à la recherche de publication, l'aura du poète édité et éditeur. Quel est d'ailleurs la réalité de ce mépris, et ne pourrait-on aller jusqu'à dire qu'il sert aussi au jeune poète à couvrir ses emprunts, même postérieurs : en effet ne voit-on pas les strophes d'un poème de ce recueil, « Anomalies » (p. 10, 11 et 12) commencer toutes par une anaphore en « J'ai vu » ; et un vers même peut évoquer « le Bateau ivre », en même temps d'ailleurs que d'autres poèmes de Rimbaud : « J'ai vu le flots porter ses baves amoureuses » ?
C'est à lui que Rimbaud adressera, non sans ironie peut-être, la «
seconde lettre du Voyant ». Il n'obtint apparemment aucune réponse à ce manifeste poétique.
Néanmoins Paul Demeny publia chez Alphonse Lemerre en 1873 un recueil qu'il nomma Les Visions, dont le premier poème est intitulé « Les Voyants », un autre « Vision d'Ophélie » et un troisième est dédié à Verlaine (cf. Pierre Petitfils, Rimbaud, Juillard, 1982, p. 407).
Son frère Georges, né à Douai en 1850, peut être considéré comme un des inventeurs du cinéma. Il fut le collaborateur de Marey et inventa le chronophotographe.
Je me demande d'où vient cette île de mémoire.

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