Dans les flammes, un cadavre semble dormir paisiblement.
A côté de cette scène, il y a la mémoire, le désir et l'extinction.
A côté de moi, la fille que j'aime étreint la Nuit.
A côté de moi, toujours, à côté de moi, les gens furent toujours.
Peut-être que ma peau dégage un parfum dégoûtant,
Peut-être est-ce mon âme aussi, qui sent mauvais...
Ou bien, c'est peut-être tout entier de ma faute,
Je suis peut-être celui demeurant à côté, à côté d'eux, à côté des beautés.
Je la sens bien cette haine qui me mordille, qui m'empêche de dormir
Et qui, pour le coup, veut un peu trop ma peau.
Dois-je la laisser courir le long de ma carcasse ?
Dois-je la laisser détruire les empires inquiets que j'ai su soulever
En compagnie de ceux sans qui je ne suis rien ?
Car je les aime tant, en vérité, et mes amis, et cette fille assoupie à côté.
C'est grâce à toi si je suis encore là,
Grâce à toi aussi si mon sourire persiste, miraculeux, sur ma face épuisée.
Je n'ai qu'une envie maintenant, devenir la nuit, être étreint par toi seule,
Remplacer dans ton coeur ces océans nocturnes, ne plus être à côté,
Mais élégant, et en dedans.
mercredi 16 mai 2012
lundi 23 avril 2012
Un rêve interminable
Sur le sol, cette large flaque de sang qui se dessine n'est pas là par ma faute. Quelqu'un d'autre que moi à éventrer la nuit ; je ne fais que me servir des restes...
Je les sale avec l'ennui, je les sucre en me souvenant de sa beauté passée...
et elle va, s'élargissant, emplissant les rainures du carrelage avant de bercer mes pieds, nus et grossiers.
La densité et la couleur de ce sang-là diffèrent d'avec mes habitudes, il a beaucoup plus de fluidité, davantage de vitesse et son légendaire teint de viande semble s'être obscurci. Ce n'est plus qu'un vaste miroir d'encre à la surface duquel quelques étoiles nagent...
Quant à la lune, elle est absente. Elle a sans doute été gardé par l'éventreur du soir, pour l'une de ses expériences, pour qu'il la gratte et l'étudie, à la recherche de cet Art...
Interminable, de cette mélancolie...
Pure et intense, possédée par toi seule.
dimanche 15 avril 2012
Suicide par étoile
Au tout début, il y avait eu le sang, un sang qui semblait suinter des murs ; puis, il y avait eu les cris, des cris d'écartelés ; et enfin, la sèche acclamation de la foule rassemblée. Tels étaient mes souvenirs, une grappe de fragments rien de plus, quelques vagues que la mer avait oublié depuis un bout de temps.
A vrai dire, je ne me souviens plus du commencement viable de cette histoire, il a dû se perdre comme un million de choses. Je ne me souviens pas non plus de la couleur du ciel ce matin-là, quand tout a tourné. Peut-être était-il bleu à reflets gris, peut-être était-il gris à reflets blancs, je ne sais pas. Je sais seulement que nous avions vingt ans, que tu étais belle et que dans tes yeux, j'avais l'air de l'être aussi. Quant à ton prénom, je l'ignore désormais, j'ai souvenance d'une Christelle mais elle n'est pas toi car cette fille-là est morte de mes mains. La peau claire, ça j'en suis sûr mais après...
J'avais pris l'habitude de me faire vomir, pour passer le temps et également, pour maigrir. Ce n'était pas mon idée au départ, maigrir, c'était l'idée d'une autre qui me trouvait trop en chair, pas assez transparent. Quand elle est partie, je n'ai pas cessé pour autant de recracher toute ma nourriture à la fin des repas, c'était une façon plutôt atroce de continuer à penser à quelqu'un.
Si je parle de cette manie, c'est parce que j'étais en train de dégobiller lors de la première alarme. J'ai d'abord cru à un exercice, on pense toujours que c'est un exercice, on l'espère fiévreusement, les peureux autant que les hommes d'action, comme on est tous autant débordés par l'angoisse. A la deuxième alarme, on se dit que c'est un canular, une bonne blague orchestrée par les pontes et qu'il n'y aura pas de troisième. A la troisième, on pleure et monte au front.
Enfin, quelques explosions se firent sentir au-dessus de nos têtes, dégageant une faible averse de flocons diablement aiguisés. Les plus jeunes en eurent les joues coupées, les plus vieux eux, eurent à tenir leurs paupières parmi leurs doigts chenus. Moi, je songeais à Dieu, cet astronaute qui, bien au chaud dans sa bulle, distribuait son Plaisir.
Soudain, ton visage sans prénom s'approcha du mien, il s'en approcha tellement qu'un rapide baiser s'écrasa sur mes lèvres, tellement que le métal qui te décapita me frôla la tempe gauche. Alors, le silence s'installa, tandis que succombaient et l'amour et la foi.
Ce silence, je ne l'ai pas quitté, j'écris avec mes yeux effondré sous mes draps.
A vrai dire, je ne me souviens plus du commencement viable de cette histoire, il a dû se perdre comme un million de choses. Je ne me souviens pas non plus de la couleur du ciel ce matin-là, quand tout a tourné. Peut-être était-il bleu à reflets gris, peut-être était-il gris à reflets blancs, je ne sais pas. Je sais seulement que nous avions vingt ans, que tu étais belle et que dans tes yeux, j'avais l'air de l'être aussi. Quant à ton prénom, je l'ignore désormais, j'ai souvenance d'une Christelle mais elle n'est pas toi car cette fille-là est morte de mes mains. La peau claire, ça j'en suis sûr mais après...
J'avais pris l'habitude de me faire vomir, pour passer le temps et également, pour maigrir. Ce n'était pas mon idée au départ, maigrir, c'était l'idée d'une autre qui me trouvait trop en chair, pas assez transparent. Quand elle est partie, je n'ai pas cessé pour autant de recracher toute ma nourriture à la fin des repas, c'était une façon plutôt atroce de continuer à penser à quelqu'un.
Si je parle de cette manie, c'est parce que j'étais en train de dégobiller lors de la première alarme. J'ai d'abord cru à un exercice, on pense toujours que c'est un exercice, on l'espère fiévreusement, les peureux autant que les hommes d'action, comme on est tous autant débordés par l'angoisse. A la deuxième alarme, on se dit que c'est un canular, une bonne blague orchestrée par les pontes et qu'il n'y aura pas de troisième. A la troisième, on pleure et monte au front.
Enfin, quelques explosions se firent sentir au-dessus de nos têtes, dégageant une faible averse de flocons diablement aiguisés. Les plus jeunes en eurent les joues coupées, les plus vieux eux, eurent à tenir leurs paupières parmi leurs doigts chenus. Moi, je songeais à Dieu, cet astronaute qui, bien au chaud dans sa bulle, distribuait son Plaisir.
Soudain, ton visage sans prénom s'approcha du mien, il s'en approcha tellement qu'un rapide baiser s'écrasa sur mes lèvres, tellement que le métal qui te décapita me frôla la tempe gauche. Alors, le silence s'installa, tandis que succombaient et l'amour et la foi.
Ce silence, je ne l'ai pas quitté, j'écris avec mes yeux effondré sous mes draps.
dimanche 25 mars 2012
Tiré d'une histoire vraie : "La Mosaïque mystérieuse"
Cela devait être une nuit laborieuse, dénuée d'espoir ou tout simplement peuplée de solitude. Une nuit où Paul avait du retard sur son travail et où il avait dû sortir plus de mots que d'habitude. Des mots et des définitions car le métier consistait à créer des "mots flèches", très souvent appelés "mots fléchés" par les amateurs, semaine après semaine. Et cette nuit-là, après avoir établi la première moitié de sa grille hebdomadaire, il pensa à Léona. ///
Tous les périls me vont...
Une grande partie du monde m'est pour sûr étrangère,
Des vieilles pyramides aux buildings bostoniens,
Pourtant lorsque j'observe ma meilleure viscère
Je vois parmi ma bile une foule de liens.
Certains mènent aux étoiles et d'autres à la pénombre,
Mais ils conduisent surtout vers les constellations,
Vers les cités de feu, vers les villes sans ombre
Aux places consacrées à la délectation.
Ces liens...je les possède depuis un bout de temps
Et même si parfois je les perds de vue,
Je la retrouve vite cette lumière nue
Dans le fond de tes yeux couleur d'apaisement.
Tous les périls me vont...
Une grande partie du monde m'est pour sûr étrangère,
Des vieilles pyramides aux buildings bostoniens,
Pourtant lorsque j'observe ma meilleure viscère
Je vois parmi ma bile une foule de liens.
Certains mènent aux étoiles et d'autres à la pénombre,
Mais ils conduisent surtout vers les constellations,
Vers les cités de feu, vers les villes sans ombre
Aux places consacrées à la délectation.
Ces liens...je les possède depuis un bout de temps
Et même si parfois je les perds de vue,
Je la retrouve vite cette lumière nue
Dans le fond de tes yeux couleur d'apaisement.
lundi 21 juin 2010
College Blowjob Clip (aka Not Britney Spears)
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vendredi 30 avril 2010
Parage, Premier Mouvement / SUITE
Un petit enfant blond se tenait sur la rangée de marches qui coulait hors de l'entrée principale de la résidence qui, de par sa physionomie et ses hauts murs de craie, ressemblait plus à une grande villa ou un petit manoir qu'à une clinique pour malades mentaux. "Ses yeux étaient d'un bleu profond", c'est la phrase que je me répétais alors que remontant l'allée après avoir laissé ma voiture un peu plus bas, je m'avançais vers lui. Ses yeux étaient d'un bleu profond et la fumée passait sur mon visage comme une chevelure de femme, par bonté d'âme, j'écrasais la première clope de ce roman avant d'aller lui parler. Ses yeux étaient d'un bleu profond, il me défiait du regard comme l'on regardait autrefois les véritables étrangers, comme si je n'étais pas le bienvenu, comme si personne ne pouvait l'être. Ses yeux étaient d'un bleu profond, profond comme celui d'un lac où dormirait une bête furieuse, je lui demandais s'il pouvait me donner un renseignement.
- Que veux-tu savoir ?
Sa voix était franche, aride comme s'il passait son temps à mâcher des cailloux, sans vouvoiement mais avec une certaine politesse malgré tout parce que cet enfant était blond et qu'il avait des yeux d'un bleu profond. Je lui expliquais que je cherchais à savoir si un de mes amis était passé par là et s'il savait s'il y avait un registre des admissions à consulter quelque part.
- Tu es sûr de venir ici pour un ami et non pour toi ?
Tout en me disant cette phrase, son œil gauche se mit à grossir furtivement et expulsa au passage une fine tâche de sang. Sa question, quoi qu'il en soit, flanquait un grand coup de pied dans la planche sur laquelle mon mensonge s'était reposé et je me retrouvais à nouveau sur les clous, tremblant comme une feuille devant ces yeux d'un bleu profond. Je répondis toutefois et avec le peu de vantardise qu'il me restait, que je venais effectivement pour un ami et que je n'avais pour ma part, aucun problème à régler. Mais j'avais bizarrement la crainte que cet enfant n'avale pas mon histoire, j'étais devenu moi-même l'enfant et lui le père, j'avais fait une bêtise, il me pensait coupable et je devais jouer de ruse pour éviter la fessée.
- Suis-moi.
Il se leva tout en me fusillant du regard et au moment où le soleil était prêt à inonder le fruit de ses paupières, il baissait les yeux immédiatement, comme par crainte de la lumière. Il avait, pour un enfant, une démarche froide et mécanique, presque militaire, j'avais peut-être raison après tout : il mangeait peut-être des cailloux au petit-déjeuner. Le bureau de l'accueil était vide, un combiné téléphonique à cadran était posé dessus. Suivant un couloir et grimpant une petite série de marches en bois, nous arrivâmes dans une salle. C'est là que la nature même de cet établissement m'apparut clairement et comme s'il lisait dans mes pensées, l'enfant parla :
- Nous sommes ici dans un ancien internant pour jeunes filles qui a toujours appartenu à la famille Chachror. Il a été rénové en centre de rééducation peu avant ma naissance afin d'aider les gens en difficulté qui n'avaient pas les moyens d'aller en hôpital ou en asile. Quand c'était encore un internat, il recevait une centaine de filles chaque année, des filles qui pour la plupart avaient besoin de rigueur et de discipline avant d'entrer dans la vie active. Aujourd'hui, nous avons toujours au moins une dizaine de patients qui vivent et sont traités ici selon des méthodes traditionnelles. Cette dizaine de patients se renouvelant fréquemment, les guérisons partielles ou totales n'étant pas rares dans cet établissement. Parmi eux se trouvent peut-être la personne que tu cherches, quel est son nom ?
Il récitait comme une machine, comme s'il s'était transformé en une brochure parlante, le rose bonbon en moins, il me faisait peur ou plutôt, de par sa fébrilité physique, il me faisait de la peine. Il donnait l'impression d'être dominé par quelque chose ou quelqu'un et d'être une marionnette sans âme. Ses yeux étaient d'un bleu profond, d'un bleu profond et triste.
Le visiteur - Il s'appelle Kenneth...Kenneth Anderson
L'enfant - Non désolé, ça ne me dit rien, je vais vérifier dans le registre.
Il ouvrit le tiroir du bureau du professeur de cette ancienne salle de classe et en sortie un ouvrage lourd où dépassait ça et là des bouts de vieilles feuilles de papier.
L'enfant - Il serait ici depuis quand ?
Le Visiteur - Je ne sais pas, une semaine, dix jours...
L'enfant - Non, je ne vois rien, pas de Kenneth ni d'Anderson.
Femme inconnue - Mais si voyons, tu le connais, c'est cet homme qui était passé en coup de vent prendre une brochure et qui t'avait donné un chocolat qui traînait dans ses poches...excusez-moi, vous êtes ?
L'entrée de cette femme dans la salle de classe avait provoqué chez le garçon une réaction tout à fait étonnante, et à l'opposée de celle de l'écolier subissant l'arrivée de son maître, puisqu'au tout premier éclat de voix entendu, un sourire chaleureux vint remplir son visage. L'apparition de cette femme aux formes appréciables et à la quarantaine pas encore tout à fait sonnée réveilla en une fraction de seconde tout l'aspect enfantin présent chez cet enfant qui tout d'un coup ne me faisait plus peur et avait l'air beaucoup moins intelligent. Ses yeux étaient d'un bleu profond, d'un bleu d'une joie profonde.
John Swithen - John Swithen, enchanté, je suis venu ici dans l'espoir de retrouver mon collègue et ami, Kenneth, parce que cela fait une semaine qu'il ne vient plus au travail et qu'il a laissé la brochure de votre établissement sur son bureau...
Mes mots partaient sans conviction et sans aucun rythme, mes yeux et mon cerveau s'étant attardés malgré moi sur le décolleté plongeant de cette femme inconnue...
Wilhemina Chachror - Je vois...Mina Chachror, enchantée ! (elle me tendit une main blanche que je saisis avec moiteur et virilité, exactement comme si elle eut appartenu à quelque personnage important) Je suis...hm...la directrice de cet établissement et également, une très bonne amie de ce petit chenapan (elle lui adressa un léger clin d'œil, ce qui eut pour effet de changer le visage de cet enfant une seconde fois, cette fois-ci, il s'était transformé en un soleil pur et simple)...il ne vous a pas dérangé j'espère ? (son sourire était beau...vraiment très beau...je ne m'attendais pas à ça)
John Swithen - (pendant que je prenais ma respiration, je jetais un rapide regard vers l'enfant, ce dernier avait les yeux grand ouvert et ils les plantaient sur moi avec un air assassin qui laissait croire que ma bonne réponse à cette question allait décider de ma vie ou de ma mort) Non non pas du tout, c'est un garçon très sympathique et très intelligent (j'avais survécu, le soleil était de retour sur son visage)...
Wilhemina Chachror - Bien...pour en revenir au sujet qui nous a réuni aujourd'hui, Kenneth est en effet passé à notre résidence mais il était là seulement en quête de documentation et n'a pas souhaité être interné ou quoi que ce soit de la sorte, il n'est donc passé qu'une petite demi-heure avant de retourner à ses occupations. Désolée de ne pas pouvoir vous aider davantage.
John Swithen - Ce n'est pas grave...je dois sans doute m'inquiéter un peu trop pour lui...il a dû partir en virée pour la semaine avec des amis ou peut-être même changer de vie...ça arrive plus souvent qu'on ne le croit non ?
Wilhemina Chachror - Les gens changent de vie tous les jours monsieur Swithen mais il leur faut parfois prendre des décisions importantes pour qu'ils puissent s'en rendre compte...des décisions comme venir ici, quitter leur foyer ou peut-être même simplement éteindre leur télévision pour aller voir ce qui se passe dehors.
John Swithen - Vous avez raison (mon malaise, quelque peu effacé par le sourire de cette femme, refit surface un instant pour me murmurer ceci : "ta vie n'a jamais changé et tu n'as jamais su prendre de décision importante")
Wilhemina Chachror - Que diriez-vous de ne pas nous abandonner tout de suite et de visiter encore un peu ?
J'avais envie de dire non mais j'avais surtout envie de ne pas être seul une journée de plus et j'avais là la possibilité d'avoir de la compagnie sans pour autant avoir à donner quelque chose en retour.
John Swithen - Pourquoi pas.
- Que veux-tu savoir ?
Sa voix était franche, aride comme s'il passait son temps à mâcher des cailloux, sans vouvoiement mais avec une certaine politesse malgré tout parce que cet enfant était blond et qu'il avait des yeux d'un bleu profond. Je lui expliquais que je cherchais à savoir si un de mes amis était passé par là et s'il savait s'il y avait un registre des admissions à consulter quelque part.
- Tu es sûr de venir ici pour un ami et non pour toi ?
Tout en me disant cette phrase, son œil gauche se mit à grossir furtivement et expulsa au passage une fine tâche de sang. Sa question, quoi qu'il en soit, flanquait un grand coup de pied dans la planche sur laquelle mon mensonge s'était reposé et je me retrouvais à nouveau sur les clous, tremblant comme une feuille devant ces yeux d'un bleu profond. Je répondis toutefois et avec le peu de vantardise qu'il me restait, que je venais effectivement pour un ami et que je n'avais pour ma part, aucun problème à régler. Mais j'avais bizarrement la crainte que cet enfant n'avale pas mon histoire, j'étais devenu moi-même l'enfant et lui le père, j'avais fait une bêtise, il me pensait coupable et je devais jouer de ruse pour éviter la fessée.
- Suis-moi.
Il se leva tout en me fusillant du regard et au moment où le soleil était prêt à inonder le fruit de ses paupières, il baissait les yeux immédiatement, comme par crainte de la lumière. Il avait, pour un enfant, une démarche froide et mécanique, presque militaire, j'avais peut-être raison après tout : il mangeait peut-être des cailloux au petit-déjeuner. Le bureau de l'accueil était vide, un combiné téléphonique à cadran était posé dessus. Suivant un couloir et grimpant une petite série de marches en bois, nous arrivâmes dans une salle. C'est là que la nature même de cet établissement m'apparut clairement et comme s'il lisait dans mes pensées, l'enfant parla :
- Nous sommes ici dans un ancien internant pour jeunes filles qui a toujours appartenu à la famille Chachror. Il a été rénové en centre de rééducation peu avant ma naissance afin d'aider les gens en difficulté qui n'avaient pas les moyens d'aller en hôpital ou en asile. Quand c'était encore un internat, il recevait une centaine de filles chaque année, des filles qui pour la plupart avaient besoin de rigueur et de discipline avant d'entrer dans la vie active. Aujourd'hui, nous avons toujours au moins une dizaine de patients qui vivent et sont traités ici selon des méthodes traditionnelles. Cette dizaine de patients se renouvelant fréquemment, les guérisons partielles ou totales n'étant pas rares dans cet établissement. Parmi eux se trouvent peut-être la personne que tu cherches, quel est son nom ?
Il récitait comme une machine, comme s'il s'était transformé en une brochure parlante, le rose bonbon en moins, il me faisait peur ou plutôt, de par sa fébrilité physique, il me faisait de la peine. Il donnait l'impression d'être dominé par quelque chose ou quelqu'un et d'être une marionnette sans âme. Ses yeux étaient d'un bleu profond, d'un bleu profond et triste.
Le visiteur - Il s'appelle Kenneth...Kenneth Anderson
L'enfant - Non désolé, ça ne me dit rien, je vais vérifier dans le registre.
Il ouvrit le tiroir du bureau du professeur de cette ancienne salle de classe et en sortie un ouvrage lourd où dépassait ça et là des bouts de vieilles feuilles de papier.
L'enfant - Il serait ici depuis quand ?
Le Visiteur - Je ne sais pas, une semaine, dix jours...
L'enfant - Non, je ne vois rien, pas de Kenneth ni d'Anderson.
Femme inconnue - Mais si voyons, tu le connais, c'est cet homme qui était passé en coup de vent prendre une brochure et qui t'avait donné un chocolat qui traînait dans ses poches...excusez-moi, vous êtes ?
L'entrée de cette femme dans la salle de classe avait provoqué chez le garçon une réaction tout à fait étonnante, et à l'opposée de celle de l'écolier subissant l'arrivée de son maître, puisqu'au tout premier éclat de voix entendu, un sourire chaleureux vint remplir son visage. L'apparition de cette femme aux formes appréciables et à la quarantaine pas encore tout à fait sonnée réveilla en une fraction de seconde tout l'aspect enfantin présent chez cet enfant qui tout d'un coup ne me faisait plus peur et avait l'air beaucoup moins intelligent. Ses yeux étaient d'un bleu profond, d'un bleu d'une joie profonde.
John Swithen - John Swithen, enchanté, je suis venu ici dans l'espoir de retrouver mon collègue et ami, Kenneth, parce que cela fait une semaine qu'il ne vient plus au travail et qu'il a laissé la brochure de votre établissement sur son bureau...
Mes mots partaient sans conviction et sans aucun rythme, mes yeux et mon cerveau s'étant attardés malgré moi sur le décolleté plongeant de cette femme inconnue...
Wilhemina Chachror - Je vois...Mina Chachror, enchantée ! (elle me tendit une main blanche que je saisis avec moiteur et virilité, exactement comme si elle eut appartenu à quelque personnage important) Je suis...hm...la directrice de cet établissement et également, une très bonne amie de ce petit chenapan (elle lui adressa un léger clin d'œil, ce qui eut pour effet de changer le visage de cet enfant une seconde fois, cette fois-ci, il s'était transformé en un soleil pur et simple)...il ne vous a pas dérangé j'espère ? (son sourire était beau...vraiment très beau...je ne m'attendais pas à ça)
John Swithen - (pendant que je prenais ma respiration, je jetais un rapide regard vers l'enfant, ce dernier avait les yeux grand ouvert et ils les plantaient sur moi avec un air assassin qui laissait croire que ma bonne réponse à cette question allait décider de ma vie ou de ma mort) Non non pas du tout, c'est un garçon très sympathique et très intelligent (j'avais survécu, le soleil était de retour sur son visage)...
Wilhemina Chachror - Bien...pour en revenir au sujet qui nous a réuni aujourd'hui, Kenneth est en effet passé à notre résidence mais il était là seulement en quête de documentation et n'a pas souhaité être interné ou quoi que ce soit de la sorte, il n'est donc passé qu'une petite demi-heure avant de retourner à ses occupations. Désolée de ne pas pouvoir vous aider davantage.
John Swithen - Ce n'est pas grave...je dois sans doute m'inquiéter un peu trop pour lui...il a dû partir en virée pour la semaine avec des amis ou peut-être même changer de vie...ça arrive plus souvent qu'on ne le croit non ?
Wilhemina Chachror - Les gens changent de vie tous les jours monsieur Swithen mais il leur faut parfois prendre des décisions importantes pour qu'ils puissent s'en rendre compte...des décisions comme venir ici, quitter leur foyer ou peut-être même simplement éteindre leur télévision pour aller voir ce qui se passe dehors.
John Swithen - Vous avez raison (mon malaise, quelque peu effacé par le sourire de cette femme, refit surface un instant pour me murmurer ceci : "ta vie n'a jamais changé et tu n'as jamais su prendre de décision importante")
Wilhemina Chachror - Que diriez-vous de ne pas nous abandonner tout de suite et de visiter encore un peu ?
J'avais envie de dire non mais j'avais surtout envie de ne pas être seul une journée de plus et j'avais là la possibilité d'avoir de la compagnie sans pour autant avoir à donner quelque chose en retour.
John Swithen - Pourquoi pas.
jeudi 29 avril 2010
Parage, Premier Mouvement
Parage était une ville comme les autres, un nid fait de maisons toutes ressemblantes autour desquelles le gazon avait été parfaitement déroulé. Je n'avais pas l'impression d'avoir voyagé une seule seconde et c'est presque par hasard que j'ai compris que j'étais arrivé à bon port, lorsque j'ai vu un panneau indiquant la fameuse résidence. Néanmoins, le peu de temps avait fait son œuvre et ma concentration à propos de la brochure s'était complètement dissipée, si bien que je ne savais plus vraiment pourquoi je m'y rendais. J'avais seulement en mémoire l'allure de la résidence et le fait qu'elle accueillait tout type de malades afin de les soigner à l'aide de méthodes "traditionnelles". La typographie et le ton de cette brochure insistait beaucoup sur ce côté "traditionnel", comme s'il eut été plus sain de se soigner de nos jours à l'eau froide et aux sangsues plutôt qu'en se servant de ces machines ultra-perfectionnées pourtant idoines. A dire vrai, en remontant l'étroite allée qui devait me mener jusqu'à la résidence, je me persuadais que c'était non pas pour moi que j'y venais mais pour Kenneth uniquement. Je remplaçais mon sentiment de faiblesse par une volonté inspectrice tout à fait hors de propos étant donné le peu d'attachement que j'avais pour Kenneth (principalement à cause de cette histoire de toilettes). Il faut croire que la révélation de la nuit dernière n'en avait pas été une et que le besoin de supériorité factice de mon esprit avait repris le dessus. Je ne pouvais pas m'avouer vaincu, jamais, mais paradoxalement comme un Tantale moderne, je ne pouvais jamais vaincre. J'étais condamné à osciller entre la vérité et le mensonge et à donner toujours plus de poids au mensonge pour éviter que la vérité ne me blesse davantage. J'étais un lâche avec moi-même et avec les autres et je ne devais pas m'étonner de rouler dans un véhicule privé de toute personnalité, qui roule mais qu'on ne voit pas. Une voiture tellement inintéressante à l'œil que si des passants en ligne le voyaient, l'un jurerait que c'est une vieille berline, l'autre que c'est un nouveau break tandis que le dernier serait déjà parti, ennuyé par tant d'inanité. Il en allait de même pour moi en tant que personne, on ne me remarquait pas et c'est toujours avec grand peine que je suis servi quand je vais seul au restaurant. Tout à l'heure par exemple, le diner était presque désert et pourtant j'ai vu la serveuse passer et repasser, passer et repasser, passer et repasser avant d'enfin m'apercevoir. Cet horrible malaise en moi devait être si fort qu'il en colorait mon sang jusqu'à me rendre invisible et si l'on rajoute à ça, la grimace d'absence d'Ilda s'étalant sur mon visage, je n'ai pas à m'étonner non plus de ne pas être une star hollywoodienne ni même du fait qu'aucun homme ne soit tombé amoureux de moi.
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