lundi 23 avril 2012

Un rêve interminable

Sur le sol, cette large flaque de sang qui se dessine n'est pas là par ma faute. Quelqu'un d'autre que moi à éventrer la nuit ; je ne fais que me servir des restes... Je les sale avec l'ennui, je les sucre en me souvenant de sa beauté passée... et elle va, s'élargissant, emplissant les rainures du carrelage avant de bercer mes pieds, nus et grossiers. La densité et la couleur de ce sang-là diffèrent d'avec mes habitudes, il a beaucoup plus de fluidité, davantage de vitesse et son légendaire teint de viande semble s'être obscurci. Ce n'est plus qu'un vaste miroir d'encre à la surface duquel quelques étoiles nagent... Quant à la lune, elle est absente. Elle a sans doute été gardé par l'éventreur du soir, pour l'une de ses expériences, pour qu'il la gratte et l'étudie, à la recherche de cet Art... Interminable, de cette mélancolie... Pure et intense, possédée par toi seule.

dimanche 15 avril 2012

Suicide par étoile

Au tout début, il y avait eu le sang, un sang qui semblait suinter des murs ; puis, il y avait eu les cris, des cris d'écartelés ; et enfin, la sèche acclamation de la foule rassemblée. Tels étaient mes souvenirs, une grappe de fragments rien de plus, quelques vagues que la mer avait oublié depuis un bout de temps.

A vrai dire, je ne me souviens plus du commencement viable de cette histoire, il a dû se perdre comme un million de choses. Je ne me souviens pas non plus de la couleur du ciel ce matin-là, quand tout a tourné. Peut-être était-il bleu à reflets gris, peut-être était-il gris à reflets blancs, je ne sais pas. Je sais seulement que nous avions vingt ans, que tu étais belle et que dans tes yeux, j'avais l'air de l'être aussi. Quant à ton prénom, je l'ignore désormais, j'ai souvenance d'une Christelle mais elle n'est pas toi car cette fille-là est morte de mes mains. La peau claire, ça j'en suis sûr mais après...

J'avais pris l'habitude de me faire vomir, pour passer le temps et également, pour maigrir. Ce n'était pas mon idée au départ, maigrir, c'était l'idée d'une autre qui me trouvait trop en chair, pas assez transparent. Quand elle est partie, je n'ai pas cessé pour autant de recracher toute ma nourriture à la fin des repas, c'était une façon plutôt atroce de continuer à penser à quelqu'un.

Si je parle de cette manie, c'est parce que j'étais en train de dégobiller lors de la première alarme. J'ai d'abord cru à un exercice, on pense toujours que c'est un exercice, on l'espère fiévreusement, les peureux autant que les hommes d'action, comme on est tous autant débordés par l'angoisse. A la deuxième alarme, on se dit que c'est un canular, une bonne blague orchestrée par les pontes et qu'il n'y aura pas de troisième. A la troisième, on pleure et monte au front.

Enfin, quelques explosions se firent sentir au-dessus de nos têtes, dégageant une faible averse de flocons diablement aiguisés. Les plus jeunes en eurent les joues coupées, les plus vieux eux, eurent à tenir leurs paupières parmi leurs doigts chenus. Moi, je songeais à Dieu, cet astronaute qui, bien au chaud dans sa bulle, distribuait son Plaisir.

Soudain, ton visage sans prénom s'approcha du mien, il s'en approcha tellement qu'un rapide baiser s'écrasa sur mes lèvres, tellement que le métal qui te décapita me frôla la tempe gauche. Alors, le silence s'installa, tandis que succombaient et l'amour et la foi.

Ce silence, je ne l'ai pas quitté, j'écris avec mes yeux effondré sous mes draps.